28/09/2010

DES HOMMES ET DES DIEUX

 

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« Des hommes et des dieux ». Ma réflexion

Je me souviens bien de ces années-là, je travaillais à SOS ASILE JURA, Delémont. En 1989, 90, 91, l'avenir en Afrique du Sud était comme un unijambiste sur une corde raide. Tout pouvait arriver…et rien! Et la lutte continuait avec notre Mandela à l’arrière plan.

L’Algérie nous était proche par la présence de Ahmed Ben Bella, qui vécut 23 ans en prison (Mandela 27 ans !), et qui avait acquit une vision lucide et profonde de l'ordre mondial et des relations Nord-Sud. Il était solidaire de l'ANC, de sa vision d'une société « où le plus grand bien serait pour le plus grand nombre ».

 

Après les « indépendances », en Algérie, les soubresauts économiques, des nouvelles émeutes, des changements de régimes politiques, étaient inévitables. La victoire du FIS (Front Islamiste du Salut) en 1991 n’était pas acceptable aux intérêts des « protagonistes des anciens régimes » et la grande peur de l’islamisation paralysa les meilleures volontés, de telle sorte que, avec le pouvoir de l'armée, le F.I.S fut interdit le 4 mars 1992. La révolte était inévitable.

C'est alors que le sang rougit cette terre d’Algérie alors que la population n’avait qu’un désir, c’était de vivre ensemble en paix, en reconstruisant une nouvelle Algérie à partir de ses racines inter religieuses, inter culturelles.

« Mais quand on a des armes, on les utilise » me disait une fois un demandeur d’asile angolais ! »

J’ai mis ces quelques brèves lignes du contexte historique pour expliquer le fait que, malgré l’horreur de l’assassinat des Moines, annoncé en mai 1996, ce témoignage de martyrs, donc de témoins prophétiques sans oublier celui de Pierre Claverie évêque à Oran assassiné en août 1996, me paraissait aussi inévitable que les témoignages nombreux au El Salvador, en Afrique du Sud, en Chine, en Asie sans oublier l'Irak et ailleurs. En Palestine par exemple.

Dimanche passé j’ai eu la chance d’aller voir le film :  « Des hommes et des dieux ».

Le titre vient du Psaume 81 (82) :

"Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous ! Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme les princes, tous, vous tomberez".

 Et je ne peux m’empêcher d’ajouter qu’il s’agit, dans ce psaume, de

« Rendre justice au faible, à l'orphelin ; de faire droit à l'indigent, au malheureux.

De libérer le faible et le pauvre, d’arracher les pauvres aux mains des impies… »

 

Ce film magnifique, profond, m’interpelle directement : jusqu’où va ma passion pour les petites gens, pour la justice, la réconciliation, la vie donnée, dans des réalités de mort rampante et imminente ? Comme celles qu'ont vécu les moines?

Car la vérité poignante du film ne peut être qu'un pâle reflet de la réalité des moines de Tibhirine, de leur agonie face à la décision à prendre, à la peur récurrente de leur propre faiblesse, dans ce Jardin des Oliviers d’un si long Vendredi Saint. L'agonie et la peur sont peut-être pires que l'exécution: on y sue des gouttes de sang, comme Jésus.

Je crois que seul l’Amour les uns envers les autres a soudé leur courage, les a rendu forts et invincibles. Les sept.

Ce témoignage communautaire est extrêment rare. Dans la liberté respectée de chacun, permettre à l'Esprit d'Amour de nous unir dans le respect total des individus, quel défi, sans pression ni calcul. Conscients de notre raison d'être dans une société, une Eglise déchirée, pour moi, c'est Jésus aujourd'hui. Le film nous le rapelle. Le méditer nous fortifie.

Les Moines n'ont pas recherché la mort, ni le martyre pas plus que la communauté massacrée non loin de leur maison quelques temps auparavant. C'était une affaire d'otages interchageables! Les otages des deux bords servaient au marchandage de deux Pouvoirs ennemis et le vrai responsable reste à se présenter comme tel!!!

Pour ce qui est des moines, savoir ensemble que, « donner sa vie, c’est la gagner » pas pour soi, mais pour Dieu en soi, mais pour ce petit peuple musulman, chrétien et tout autre de par le monde. Pâques, c'est ça, aussi.

 

22:17 Publié dans Spiritualités | Tags : tibhirine | Lien permanent | Commentaires (4)