12/04/2012

Un précieux journal

Quand j’étais petite, chaque jour le facteur apportait « La feuille », c’était à l’époque « Le Pays ». Papa et Maman lisaient les pages politiques, les nouvelles régionales, les avis mortuaires, et le « feuilleton. » On était avide de lecture, c’est là que j’ai appris à lire.


Les journaux soigneusement pliés étaient coupés en petits rectangles de 10x8 centimètres environs placés dans une boîte aux toilettes… il arrivait que nous lisions encore quelques lignes avant usage. Pas de gaspillage.


En Afrique du sud, Noviciat, pas de journaux. « What you need to know », « ce que tu dois savoir » était épinglé à un tableau en papier mâché au réfectoire. Le choix des coupures de journaux, « the Southern Cross » hebdomadaire catholique y compris révélait le racisme latent.


Enfin à l’école secondaire au Townhip, un journal (anglo-saxon) était disponible,  et puis les restes rapportés par les étudiants et qui traînaient partout. Le précieux « Drum ». Mon éducation commençait.
Les Essais des étudiants prégnants du vécu des sans-voix, la parole émergeante !


Puis, avec Michael Traber SMB, Albert Nolan OP, la formation de jeunes journalistes africains ! Méthode de base : voir et mettre en situation, analyse et action… méthode de conscientisation. C’était passionnant !
Le précieux papier consciencieusement remplis, les plus primitives machines ronéo, le partage après lecture en groupe et bien sûr, la « mise en mémoire » de l’essentiel !


La radio vint plus tard, puis la TV malheureusement instruments de propagande souvent destructeurs. C’était géré, contrôlés par des européens.
C’était dans les années 50 à 80 et c’était dans les zones noires !

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Retour en Suisse, j’ai eu l’impression de me noyer dans un « champs de feuilles mortes ». Factuels, avec images parfois truquées rapetissant les textes, contradictions, affirmations, politiques, religions,  sports… il fallait choisir : J’allais dans les bibliothèques publiques (à Zurich où j’apprenais l’allemand) et là j’ai trouvé une presse solide, internationale, intercontinentale et suisse aussi bien sûr.


Pourquoi raconter cela aujourd’hui, cela n’a rien à faire avec l’actualité ! Pourtant ces souvenirs sont un lien avec ce qui se vit aujourd’hui dans de nombreux pays : la revendication de communiquer, de partager, de former des réseaux de relations et d’inventer un avenir commun. Et j’espère, demain ou après demain, présenter à ma manière Solange Lusiku au Sud-Kivu, et comment une feuille A4 devient une feuille A3.

21:53 Publié dans Femmes | Tags : sud-kivu | Lien permanent | Commentaires (0)