29/03/2010

SEMAINE SAINTE

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« J’ai l’impression de grandir dans ma vie et de rester enfant dans la série » Miley Cyrus (17 ans)

Je pense ce soir à des milliers de prêtres qui se sentent individuellement et collectivement humiliés face aux paroissiens participant aux liturgies de la Semaine sainte 2010. Je les respecte et prie pour eux.

Combien d’entre eux « ont eu l’impression de grandir dans la vie et de rester enfant dans la série » c’est-à-dire dans l’Institution où ils fonctionnent dans l’humiliation

de rumeurs malsaines et généralisées alors qu’ils sont au service des gens en qui Jésus vit.

 

Que d’énergie gaspillée. Le langage diplomatique épiscopale reste quelque chose comme ni Oui ni Non !

Je me souviens d’un prêtre qui s’est suicidé après que l’évêque lui ait interdit tout activité sacramentelle.

La question brûlante : y avait-il eu une rencontre fraternelle entre l’évêque-juge et le prêtre présumé coupable? L’évêque a-t-il des oreilles pour écouter et pour entendre avec un cœur fraternel ?

 

En Afrique un cher ami, prêtre écossais mort dans un accident de voiture, nous disait : « Pour annoncer l’évangile aux gens, je dois apprendre à désapprendre toute les théories qu’on m’a enseignées au Séminaire ». Les jargons régionaux et doctrinaux étaient incompatibles : du latinage occidentale pour des oreilles africaines ! Le sens de la vie, la dynamique de l’évangile ?

On en avait faim et soif.

Oui cela a changé après Vatican II pour certains, affamés de Vie en abondance ! Nous étions prêts pour le changement ! On percevait le renouveau des prêtres et de nous tous, proches des gens, proches de tous. Engagés dans des groupes solidaires et fraternels, œcuméniques,  inter religieux,  et au-delà. Nous avions à construire un avenir commun en déracinant l’apartheid. Nous avions une foi commune en nous-mêmes, en les autres, finalement en Jésus. Les évêques restaient d’abord en retrait (sauf un ou deux oui), mais les prêtres avaient l’esprit prophétique, sans signes extérieurs les identifiant, nous les aimions et les respections dans l’action. Dans la vie. La prière et l’Eucharistie étaient nourries,  et célébraient la réalité vécue ! Pas d’ornements d’or et d’argent pour les cultes ! C’était « l’offrande de la nature humaine celle de tout l'univers » selon Maurice Zundel que nous ne connaissions pas en ce temps-là !

 

Aujourd’hui, alors que les abcès crèvent à travers le monde, j’ai de l’empathie pour ces milliers de prêtres prophétiques qui sont

· Humiliés par les soupçons

· Les regards et les rumeurs

· Par l’attitude, les déclarations des fonctionnaires hiérarchiques qui clament à distance :

· Tolérance zéro, transparence absolue

· Pour l’avenir : prévention, tests de toutes sortes à faire sur d’éventuels candidats au sacerdoce…et j’en passe

A part quelques prêtres qui, face aux médias essayent d’aller aux racines des problèmes, et qui n’ont pas souvent la parole, le reste ressemble aux Gardes suisses du Vatican.

 

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Et les enfants ? Comment ne pas sentir avec eux ? C’est l’empathie spontanée. Peut-on s’imaginer un enfant de 9 ou 10 ans, jadis, aller dire son problème à l’évêque ou même à la maison ? Entre février 1837 et avril 1839, Charles Dickens racontait l’histoire d’un orphelin à Londres. Un petit londonien et qui aurait fraternisé avec les enfants africains des townships et des institutions catholiques ou autres. Un enfant qui confronte une autorité pour exprimer une demande juste : la faim par exemple, du pain : Please Sir, I want some more ! More Truth, more Bread ! La Justice pour tous comme ce 16 juin 1976 à Diepkloof, Soweto, Johannesburg : 700 écoliers abattus parce qu’ils demandaient le droit de parler ! Les survivants sont marqués à vie comme les témoins ! Les leaders, prêtres de toutes dénominations, les imams, les instituteurs étaient parmi eux. La Hiérarchie restait en retrait. On a accusé ces prêtres d’être des agitateurs pour un certain temps du moins ! Que d’énergie inutilement gaspillée !

 

Aujourd’hui, ce n’est pas « tolérance zéro » pour les prêtres et autres « pécheurs » c’est d’abord un changement du fonctionnement relationnel entre le haut et le bas des systèmes, un changement du contenu et des cadres de la formation peut-être. C’est la rencontre, l’empathie, les mises au point certainement, et la compassion qui ne dérive pas en déclarations moralisatrices, culpabilisantes, mais la compassion d’une présence humaine.  Le regard de Jésus vers Pierre après le chant du coq. Lui qui jouait avec les enfants et les prenait sur ses genoux.

 

Voir le blog Katutura du 27.03.2009 :

JESUS: SON ATTITUDE ENVERS LES FEMMES ET LES ENFANTS

 

Prions avec et pour nos frères prêtres, ils sont nos frères serviteurs, les serviteurs des plus pauvres et des plus petits, ils se laissent évangéliser par les plus pauvres. Soyons heureux avec eux, des frères et des sœurs joyeux en partageant un jeu, une réflexion, une étude, un repas, une rencontre qui nous révèle ce Fils de l’homme, tellement humain qu’Il est Dieu. Enfant de Dieu comme nous.

 

Et nous prions pour que les autorités se détachent des échelons hiérarchiques, jusqu’en bas. Qu’ils deviennent comme du sel dans la Soupe de la Bonne Nouvelle ! Nous monterons ensemble vers Pâques en remerciant d’avoir passé la nuit de la mort. Invincibles en Jésus. INVICTUS !

 

 

23:30 Publié dans Spiritualités | Tags : prêtres | Lien permanent | Commentaires (2)

18/06/2009

Radio Vatican: réflexion

 

Le billet de David Laufer au sujet de « Radio Vatican »

 

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http://dlaufer.blog.24heures.ch/archive/2009/06/14/radio-...

 

Aborder ce sujet c'est faire bourdonner la ruche. J'y ajoute un petit bourdonnement avec un grand merci à David Laufer pour ce texte honnête, pour ses réponses aux interpellations.

 

Ma référence est Jésus et mon repère aussi. En avril 2008, Philippe Baud, que je respecte beaucoup, réfléchissait sur un « autre le profil du prêtre » dans son blog:

http://baud.blog.24heures.ch/archive/2008/04/01/un-autre-...

 

Mon commentaire à son texte parmi les autres était: « un peu partout, il y a des prêtres qui portent en eux l'évangile de Jésus, sa Mission. Je pense à Albert Nolan: "Jésus aujourd'hui, Jésus avant le christianisme", totalement un avec les exploités de chez lui et d'ailleurs. Je connais un ou deux prêtres qui révèlent par leur comportement, Jésus. "Prêtres ouvriers", chance perdue pour l'Église et les ouvriers. Mais le service, le sacerdoce n'est-il pas au cœur de chaque ouvrier...qui procure à ses enfants du pain: fruit de la terre et de son labeur.

Cmj | 10.04.2008 »

David Laufer mentionne Alberto Cutié, qu'un Tabloid mexicain montre avec des femmes. C'est rentable pour le Tabloid! Alberto est licencié, il demande pardon. « Personne en effet n’a forcé Alberto Cutié à prendre soutane et à prononcer ses vœux, une rupture de promesse solennelle, donc une trahison. » C'est juste! La question: y a-t-il eu dialogue entre les autorités religieuses et lui? On sait que tenir les promesses solennelles n'est pas facile. Jésus a fait l'expérience de tentations par apport à sa « Mission »! Pierre, le 1er Pape dont Jésus avait guéri la belle-mère, a renié son maître 3 fois. Matthieu 26, 58, 69-75 ; Marc 14,54, 66-72 ; Luc 22,55-62 ; Jean 18, 17, 18, 25-27 le rapportent:

  • " Puis le regardant bien en face : "Oui, tu étais avec Jésus de Galilée !" Pierre le nia devant tout le monde : "Femme, je ne le connais pas !...Je ne sais...Je ne puis comprendre ce que tu dis."

  • un serviteur le rencontra :"Et toi aussi, lui dit-il, tu es de ces gens-là !" Une seconde fois, il le nie avec serment: --- "Non! vous dis-je, non! Je ne connais aucunement cet homme!"

  • "Assurément tu es de la bande, car tu es de Galilée, ton langage te trahit. L'un des valets du Pontife, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, l'accusa à son tour : "Ne t'ai-je pas vu dans le jardin avec lui ?" Pierre le nia encore, et il se mit à faire des imprécations, à multiplier les serments et les protestations : "Non ! répétait-il, je ne le connais pas cet homme-là. Je ne sais ce que vous voulez dire !"

 

Le coq a chanté. Pierre a pleuré, Jésus a été exécuté ... il est mort, il est ressuscité et c'est en tant que ressuscité que Jésus a pardonné... et lui a dit d'être un « Pastor Bonus ». Jésus prend des risques en faisant confiance à des hommes du type de Pierre et les répercussions jalonnent l'Histoire de cette Église jusqu'à aujourd'hui. Pour le meilleur et pour le pire.

Nous sommes en 2009, Le mouvement que Jésus désirait est devenu une institution déployée, prestigieuse, puissante repliée sur elle-même aujourd'hui. « Cette institution verticale fut pour une large part empruntée à l'Empire ....Cette centralisation verticale fonctionne sur la déité de sa caste supérieure, comme les nobles, comme les membres du soviet, comme les ministres et les parlementaires » écrit David Laufer. Cela résonne en nous (et nous sommes nombreux) comme le son joyeux d'une cloche qui appelle à réfléchir, à prier, à continuer la lutte par loyauté critique et respectueuse des autorités. Il n'en reste pas moins que, dans des expériences de mort, les défis de la Bonne Nouvelle sont relevés par des gens très simples, des laïcs, des prêtres aussi, des femmes, des hommes de toutes races. La liste est longue. La priorité de Jésus « Aime ton prochain comme toi-même » est commun a ces semeurs d'espérance, de toutes croyances et religions et sans religions même. Beaucoup, les vrais saints ne sont pas conscients d'avoir fait du bien! « Quand est-ce que nous t'avons secouru, guéri, habillé, visité ... Jésus répond: c'est quand vous avez aidé le « plus petit » que vous l'avez fait à moi. »

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/bu/index.p...

  • David Laufer, bien placé pour le savoir, puisqu'il a fréquenté l'école Champittet sous la direction de prêtres, se penche sur les vœux: chasteté (ou célibat...c'est la même chose?), obéissance, pauvreté. Des prêtres amis (en Afrique du Sud et aussi un très vieil ami décédé dernièrement à Lausanne) m'en ont parlé ouvertement, candidement. Je suis sœur, j'ai fait ces promesses et j'ai, comme d'autres, découvert les systèmes institutionnels ecclésiastiques, politiques, économiques et nous avons questionné: « Quel est le sens de ces vœux dans un contexte d'apartheid en Afrique du Sud où le système ecclésiastique était lié à un système injuste et inhumain? » (« Une hérésie et un crime contre l'humanité » Déclaration de l'Alliance réformée mondiale (ARM) et l'ONU définit l'apartheid comme un crime contre l'humanité »). Qu'en pensait Jésus? L’orthopraxis (la pratique) est-elle cohérente avec l’orthodoxie?

    Alors notre prise de conscience commune de l'ambiguïté incontournable de ce contre-témoignage, nous a mis en face a) de l'Église peuple de Dieu et b) de l'Église-institution: deux entités séparées, voire opposées. Nous sommes bien placés pour le savoir! Aujourd'hui, et pas en Afrique du Sud seulement, les répercussions filtrent dans la mémoire vive des peuples. L'institution semble repliée sur elle-même, effrayée, statique jusqu'à ce jour malgré les extraordinaires moyens de communication! Pourquoi?

  • Pour nous, c'est le petit prophète Michée (6:8) qui nous a éclairés: « On t`a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; ce que Dieu demande de toi: « C'est que tu pratiques la justice, (pauvreté); que tu aimes tendrement (chasteté) et que tu marches humblement avec ton Dieu (obéissance) ». Cela correspond à la pratique des vœux. « La volonté de Dieu: c'est travailler au bien commun ». (Albert Nolan, Jesus Today, page 189). En débattre avec les autorités est laborieux mais pas impossible. Ce qui fait dire à Albert Nolan: « Les prophètes sont des gens qui élèvent la voix lorsque les autres gardent le silence. Ils critiquent la société dans laquelle ils vivent, ils critiquent leur pays où ils sont nés, ils critiquent les institutions religieuses dont ils sont membres. » (Jesus Today, page 63). C'est une loyauté critique, pas servile.

  • Comme le dit François Houtart: « Le Vatican empêche des messages de passer. Les gens en recherche d'une spiritualité, d'une autre parole, se trouvent dans une Église en contradiction avec le réel et avec un langage compréhensible. Ils se cabrent donc contre l'institution ecclésiale alors qu'ils partagent les valeurs de base que l'Église doit défendre. » (François Houtart, prêtre chanoine, expert lors de Vatican II, est directeur de l'ONG Le centre Tri-Continental. Ce sociologue, professeur émérite de l'université catholique de Louvain, a écrit plus de trente livres, dont "L'Église et le monde" (Cerf).)

  • http://www.temoignagechretien.fr/journal/ar_article.php?num=3154&categ=FranceEurope

    En novembre 2008, François Houtart était l'invité de la COTMEC, Commission tiers monde de l'Église catholique à Genève: http://www.cotmec.ch/ Numéro 310 de Cotmec-info rapporte la prestation de François Houtart.

Et pour conclure la phrase d'un sage: « Et c’est l’un des défauts de notre époque de croire qu’il est plus important d’avoir un orgasme que de penser librement. » (elle est de David Laufer, avec reconnaissance!)

 

 

21:57 Publié dans Église(s) | Tags : prêtres | Lien permanent | Commentaires (15)