26/08/2011

Qui donc est Kramskoy?

 

« Mais qui donc est Kramskoy ?

J’ai envie de poursuivre un peu l’exploration de cet homme. »

 

images.jpgEmbarrassée: comment faire justice à « cet homme » dans un petit billet? Et je connais si peu, et mal, la vraie Russie, celle des Tsars et des moujiks, celle des milliardaires russes et celle des esclaves modernes? La Russie qu'a connu Kramskoy et celle que connaissent des artistes contemporains, selon

Amnesty International!

 

J'essaie malgré tout: Ivan Kramskoy, est né dans une famille de petite bourgeoisie. Il étudia de 1857 à 1863 à l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Il réagit contre l'art académique – son contrôle sur les artistes – et fut l'initiateur de la "révolte des quatorze" qui se termina par l'expulsion des élèves qui y avaient participé, lesquels se réunirent plus tard en un groupe appelé l' Artel des Artistes.

 

Je trouve : Musée d'Orsay: « Kramskoy a été l’un des fondateurs du groupe des peintres dit "les ambulants" qui, après l’abolition du servage (1861) et dans le bouillonnement intellectuel de la 2e moitié du XIXe siècle, s’intéressent à la société, à la nature, sortent leurs chevalets et inventent les expositions nomades. La peinture religieuse russe montrée dans les églises était flamboyante, joyeuse, presque naïve! »

 

L'évangile est une source importante d'inspiration pour les artistes « ambulants » russe, et c'est surtout une force morale qui s'exprime dans l'action pour la justice.

 

Voilà, Kramskoy veut partager ses talents, sa passion pour ce qui est vrai et beau et juste avec ses compatriotes talentueux et sans ressources. Une espèce d'université des « grassroots » comme Nelson Mandela avait créé l'université pour les prisonniers politiques à Robben Island. Avec les résultats que l'ont sait!

Réaliser un idéal en conflit avec l'Establishment, favorise la prise de conscience de notre responsabilité personnelle et nous permet de poursuivre l'œuvre du Créateur comme Jésus de Nazareth le fit et le fait dans le chaos actuel, si nous ne sommes pas trop paresseux!

 

Kramskoy connaissait les multiples oppressions de la plèbe russe, et il reconnut (je l'ai raconté dans mon précédent billet) au cœur de cette populace, l'HOMME dont il fit « Christ au désert »! Personnellement, je le contemple sans me poser de questions telle est l'évidence d'un vécu qui semble s'allonger inutilement! Cependant selon Jean-Pierre Porcher, le portrait du Christ suscite plein de questions:

Pourquoi cette tristesse du Christ? Quel est ce désert? Le permafrost? La glace, la pierre? Les Russes connaissent mieux que nous les espaces vides et infinis, les grandes plaines, mais aussi les forêts, les "montagnes russes" de Sibérie, les fleuves gigantesques.

A sa première exposition, ce Christ a provoqué des discussions sans fin (les interminables discussions morales dans Dostoïevski autour du bien, du mal, du permis, de l’interdit, de la transgression, de l’être social et de l’individu). On appelait ce Christ "le Hamlet russe".

Pourquoi les Russes méditent-ils pareillement devant ce tableau ? » Pourquoi? « Kramskoy, écrit encore Porcher, met le sujet face au spectateur. Ce dernier devient alors un témoin direct. Que se passe-t-il dans le secret de ce dernier ? Comment le sujet du tableau imprègne-t-il alors celui qui le regarde ? » Jean-Pierre Porcher plonge le visiteur de Claustra de Saint-Merry (exposition 2010) dans une expérience étrange et permet de tisser des éléments de réponse, en interrogeant la sensibilité de l’homme contemporain à partir de celle de l’homme du XIXe.

Ma réflexion: « L'homme contemporain », c'est moi, c'est nous, plongés dans le chaos de notre actualité mondiale. Mais notre contemplation serait oiseuse, stérile, au pire un refuge dans une sorte de religiosité débile et égoïste, alors qu'elle ne peut être qu'une source d'énergie qui mène à l'action avec la ténacité de Jésus, l'adorable « entêtement » de son amour pour l'Homme de son temps et du nôtre!

Kramskoy aussi fut tenace: il mourut le 24 mars 1887 pinceau en main en créant le portrait de Rauhphus.

 

11:33 Publié dans Général | Tags : kramskoy | Lien permanent | Commentaires (0)

23/08/2011

JESUS ET IVAN KRAMSKOY

 

 

"En hommage à Gilbert Salem qui me donna il y a bien longtemps, une simple feuille A4 avec le "Christ au désert".

 

Kramskoi_Christ_dans_le_désert.jpg



Portraits du Christ : les grands artistes, Raphaël, Rembrandt et bien d’autres, étaient influencés par leur milieu, leur époque  et surtout leurs mécènes et protecteurs ecclésiastiques qui, trop souvent, imposaient leur contrôle et paralysaient l’inspiration de l’artiste !

L’art,  pour ces mécènes, devaient exalter la force, la richesse, le paraître, le prestige, en utilisant le divin pour souder le tout !

L’artiste est un homme au regard centré sur la vérité humaine, et c’est à celui qui regarde et contemple de reconnaître le divin, les traits du Christ dans ses œuvres !

Il serait fascinant de découvrir combien de chef-d’œuvres - nés de l’inévitable tension entre le pouvoir religieux et financier et la passion de la vérité – restent inachevés !

« En Russie,  le Tsar Nicholas I avait décrété officiel, le style néo-classique. Il exigea le contrôle des artistes et de leurs œuvres, allant jusqu’à surveiller les étudiants durant leurs travaux, surveillant par-dessus leurs épaules ! »

Extraire la vérité libératrice ne peut se faire à partir de modèles et de moules imposés ! Kramskoy fut l’un de ces artistes au génie libérateur ! Et se libérer lui-même  en rompant avec l’Académie !

Et j’en reviens à  au choc de Robert Hossein évoqué dans mon précédent billet.

Ivan Kramskoy, le grand peintre russe a fait l’expérience de ce « moment » unique qu’il a accueilli et il a su ce qu’il pouvait et devait peindre « le Christ  au  désert » qui m’accompagne au quotidien dans mes efforts.

Écoutez Ivan Kramskoy : « Un jour alors que je réfléchissais profondément, j'ai vu une forme assise dans une position de d’intense réflexion.  J'ai commencé par la regarder, la scruter attentivement, je contournais la forme en marchant à pas lents et durant tout le temps de mon observation, elle n'eut pas le moindre mouvement, elle ne m'a pas remarqué. Ses pensées étaient profondément intérieures et concentrées. Elle ne me remarqua pas, restant toujours dans la même position...

J'ai réalisé alors que je n'avais rien à inventer, je devais copier ce que j’avais vu.  Ce que je fis. Lorsque ce fut accompli,  je lui ai donné un nom audacieux.  Etait-il le Christ? Je ne sais pas. Le lendemain, à l'heure du soleil levant, la forme avait disparu. »

(D'une lettre de Kramskoy à V.M. Garshin, le 16 février 1878) (ma traduction cm) (C’était en 1872)


« En 1873, l’Académie des Beaux Arts voulu honorer Kramskoy, en lui offrant un "Professorat"! Il refusa disant qu’il voulait rester fidèle à son engagement d’indépendance de l’Académie ! »  (idem cm)


Mais qui donc est Kramskoy ? J’ai envie de poursuivre un peu l’exploration de ce type d’homme dont nous avons un besoin urgent aujourd’hui.

 

11:09 Publié dans Spiritualités | Tags : kramskoy | Lien permanent | Commentaires (3)