07/08/2010

LA BOMBE

 

La BOMBE

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Il y a 65 ans qu’une bombe a réduit en cendres la terre et les humains de Hiroshima et Nagazaki, 250 000 morts selon wikipedia. C’était le 6 et le 9 août 1945.

http://www.24heures.ch/depeches/monde/etats-unis-representes-premiere-fois-hiroshima

« Par tous les rêves piétinés,
Par l'espérance abandonnée,
À Hiroshima, ou plus loin,
Peut-être viendra-t-elle demain,
La Paix! »

D’une chanson « méconnue de Moustaki » qu’on trouve à l’adresse : http://salem.blog.24heures.ch/

Que dire alors qu’on n’a pas vécu ce carnage ? On aimerait se taire, prier. Et « s’ils se taisent, les pierres crieront » (Lc 19,40).

En fait je suis surprise qu’à l’époque en Suisse – j’étais aux études dans une institution catholique – on n'ait pas ou peu entendu parler de ce « crime contre l’humanité ».

155230_13887355_460x306.jpgAujourd’hui, j’entends : « La bombe avait fait cesser la guerre ». Alors on comprend que les États Unis, les alliés, la France, la Grande-Bretagne tardent à demander pardon. Pour la première fois, (voir 24 heures plus haut) John Roos, ambassadeur des USA au Japon et d’autres diplomates ont « assisté vendredi, aux cérémonies marquant la destruction, il y a 65 ans, de la ville de Hiroshima par une bombe atomique américaine ».

« L'ambassadeur américain, John Roos, a déposé  une gerbe en mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit là d'une première reconnaissance des souffrances japonaises.  Mais les États-Unis n'ont jamais présenté d'excuses pour avoir pris pour cibles des populations civiles à Hiroshima et à Nagasaki. »

Et je pense à « l’espérance abandonnée » de Moustaki. Les morts ne racontent pas leur vécu et il reste peu de survivants témoins.

Trois témoins « étrangers » pourtant, accomplissant leur tâche : un médecin, un  journaliste, et un missionnaire. Aucun n’avait l’appui des médias ni la cote des américains et des occidentaux pour publier leurs témoignages.

  • Le médecin, Marcel Junod, médecin suisse de la Croix-Rouge au Japon sera le premier médecin étranger de l'histoire à visiter Hiroshima où il atterrit, vers midi, le 8 septembre 1945, plus d'un mois après la funeste explosion. « Les bombardements aériens ont tout dévoré [...] Vers douze heures, nous survolons Hiroshima. Moi et mes collègues regardons avec anxiété par les hublots et découvrons une vision que personne n'a jamais vue auparavant. Le centre-ville a été aplati comme le creux de la main. Plus rien. C'est une vision d'effroi.» Le silence est brisé. Marcel Junod, et à travers lui le CICR, porte à ce moment précis le premier regard du monde extérieur sur la tragédie. Dans ce qui reste d’un hôpital il dit «les patients se blottissent dans des coins. Les autres, allongés par terre, meurent…  Il n'y a ni eau, ni sanitaire, ni cuisine. Des milliers de mouches volent au-dessus des blessures et des brûlures. Tout est incroyablement sale… de multiples hémorragies provoquées par la radioactivité… pas de traitement.» «Après ce que je viens de voir comme témoin de cette nouvelle arme, je n'ai aucun doute: le monde, aujourd'hui, est confronté avec le choix de continuer à exister ou d'être annihilé si cette bombe est à nouveau utilisée.»

  • Le journaliste Wilfred Burchett, premier journaliste à être entré à Hiroshima. Sans lui, le monde aurait sans doute longtemps ignoré les ravages des radiations. Ravages immédiatement niés par l'état-major américain. Lorsqu’il arrive, après vingt heures de voyage de Tokio, il saute du train, en pleine nuit, dans ce qu'il reste de la gare d'Hiroshima. la ville n'est pas encore sous contrôle américain ... il ne découvre la cité qu'au petit matin. Il est le premier journaliste occidental à contempler ce champ de ruines mais surtout à visiter les hôpitaux où des gens meurent d'une façon inconnue: "A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n'avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd'hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d'un mal inconnu pour lequel je n'ai pas d'autre nom que celui de peste atomique [ ... ]. Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l'appétit. Leur cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leur corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche.

  • Le Missionnaire : Pedro Arrupe, le Jésuite, désireux d'être missionnaire, il part en 1938 pour le Japon. En 1945, il est à Hiroshima quand explose la première bombe atomique, il se dévoue sans compter auprès des blessés. Plus tard, il est supérieur des jésuites du Japon, d'où il est appelé pour être élu supérieur général des jésuites en 1965. Mais Pedro Arrupe n'aura pas la cote du Vatican, lui. http://www.jesuites.com/histoire/arrupe/itineraire.html

 (Je vais revenir sur le Padre Arrupe SJ dans un prochain billet)

Mais si j’enseignais l’Histoire, je m’y prendrais comment pour faire justice à l’Histoire des Grassroots, celle des victimes qui, elles, jamais ne parleront ? Il est parfois plus commode de se passer de témoins et de faire confiance aux livres officiels et aux statistiques. Et satisfaire ainsi à l’exigence de rechercher la vérité ? J’essaierai de revenir sur cette Histoire difficile.

 

22:00 Publié dans Histoire | Tags : hiroshima | Lien permanent | Commentaires (5)