30/01/2010

Tony Blair s'explique

 

La Commission d'enquête Chilco

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Ce 29 janvier 2010, Blair répondait aux questions de la Commission d'enquête Chilcot au sujet de la guerre en Irak et de son rôle et de celui des USA dans cette invasion. C’était hier. J’ai passé 6 longues heures à regarder cette émission à la BBC, jusqu’au vertige, lorsque Tony Blair déclare en guise de conclusion : « Responsability, yes, regret, NO. » Une voix à l'arrière clame : « Menteur, Assassin ! » Etouffée aussitôt par Chilcot. Au dehors la colère gronde.

Durant l'échange, les membres de la Commission avaient l’air de « lamb ducks » (impuissants) à qui Blair faisait la leçon ! Seule Mme la baronne Usha Prashar pose quelques questions pertinentes. Les autres membres et Blair semblaient être des « gentlemen » du même bord. Jusqu’à gratifier Blair de « Vous avez parfaitement raison » par deux fois ! Jusqu’à s’attendrir lorsque Blair s’attarde sur la mortalité diminuée de bébés irakiens à l'heure qu'il est. Blair assure que le monde est meilleur aujourd’hui qu’il ne l’était hier. Bref, le résumé de la TSR est bon :

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&chan...

Blair a ponctué ses phrases par « It's clear, it's very very clear! » C'est clair, c'est tout-à-fait clair. Une bonne cinquantaine de fois!

Il dévie, Blair et déplore l’impossibilité d’avancer dans le dossier Israël Palestine, sans mentionner des arsenaux d'armes des deux côtés du mur! La faute aux Palestiniens sans doute ! Plus clairement il insinue que l’Iran , selon lui est, plus que jamais, un des pays voyous…avec lesquels les relations diplomatiques sont illusoires. On a l'impression de percevoir ce qu’il ne dit pas: c'est pour quand, l'invasion de l'Iran?

On revient en 2002 lors de la visite de Blair au Ranch de Bush et de leur soit disant accord de partir ensemble en guerre. Oui, il a promis « sinon avec, du moins avec » son ami Bush de la nécessité de décider de l’invasion imminente ! C'est très clair, Bush a compris "exactement ce qu'il devait comprendre, à savoir que si on en venait à l'action militaire parce qu'il n'y avait aucun moyen de régler ça diplomatiquement, nous serions avec lui". Dès lors, l’opinion publique, ce n’est plus leur affaire ! La légalité, ce n’est pas leur affaire.

« Les armes de destruction massive inexistantes et l’Irak qui n’était pas impliquée dans le 9/11 » c'est déterminant! Il le faut! Blair dira aux Irakiens, « Tu as des WMD (Weapons of massive destruction), prouve que tu n'en as pas! » Exactement la manière de faire des fonctionnaires de l'office fédéral des Étrangers à Berne pour le renvois des demandeurs d'asile: « Tu es un menteur, prouve que tu ne l'es pas! »

Pour Blair, idem: personne, même les experts ne le convaincront qu'il n'y a pas de WMD en Irak. Il faut qu'il y en aie. Ses collaborateurs au gouvernement qui cherchent à le dissuader : ce n’est pas l’affaire de Blair, ni celle de Bush qui lui, est sous les ailes de ses vautours  que l’on connaît! Les deux dictateurs en sont à un point de non retour "no matter what!"

Pas si facile cette guerre pourtant! Blair le reconnaît quasi dit naïvement cette fois : « Ils avaient pensé que l’invasion, le copié coller d’une démocratie express à Bagdad » se ferait en un tour de main, comme prévu. Après les attaques aériennes, la résistance terrestre fut une surprise. Un choc peut-être! Al Quaeda  fut une surprise! C’était pas prévu ! Il faut combattre.

La violence devient bestiale et débouche sur « l’horreur sans fin d’Abou Ghraïb »

http://www.vox-populi.net/article.php3?id_article=246

Blair dit qu’il fut choqué et en colère par « l'incident »car « cela nuirait à la cause » (sic). Quelle cause ? Et les torturés et les tortionnaires ? Pas un mot sur eux.

Oui, bredouille Blair, il n’avait pas anticipé « les risques », ni même une éventuelle résistance! Mais il n’a jamais dit : « J’aurais dû ».  Et Blair d'accuser les autres: « Si quelqu'un était venu à moi et m'avait dit que ce n'était pas sûr en raison du manque de préparation militaire, je l'aurais 1398596441.jpgsérieusement pris en considération. Mais ils ne sont pas venus. »

Vers 17h15, heure suisse, la fin de l'interview avec une dernière offre de Chilcot à Blair: « Aimeriez ajouter quelque chose ? » Blair répond : « No. ».

Il sort. Les parents de soldats morts prennent conscience de l'affront que Blair vient de faire à leurs fils abattus, mutilés ou pour toujours psychologiquement affectés! Une des mères présentes dit: « Il est parti avec un rictus, il ne nous a pas regardé, il a refusé de nous parler, c'est typique de l'homme! » Et Blair a complètement ignoré les victimes irakiennes, civiles, militaires, les oeuvres d'Art rasées. En est-il conscient? Il y pense chaque jour a-t-il dit.

Lire l'excellent dossier du Monde Diplomatique 2003, Ignatio Ramonet et en particulier:

«  Ivres de pouvoir, M. Bush et son entourage ont trompé les citoyens américains et l’opinion publique mondiale. Leurs mensonges constituent, selon le professeur Paul Krugman, « le pire scandale de l’histoire politique des Etats-Unis, pire que le Watergate, pire que l’Irangate (19) ».

« Je préférerais mourir plutôt que proférer une inexactitude. »
GEORGE WASHINGTON.

 

The New York Times, 3 juin 2003.

 

 

 

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