13/02/2010

MEDITATION DOMINICALE

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Demain cette Bonne Nouvelle

de Jésus selon saint Luc 6,17.20-26, sera lue et commentée dans nos églises. Depuis des dizaines d’années, j’entends les commentaires souvent plus longs que le texte de l’évangile entendu. Je remarque que les commentaires varient selon le contexte, selon l’auditoire et selon le commentateur.

 

Pour les fidèles, dans un contexte économique confortable, le prédicateur aura tendance à spiritualiser « la parole du Seigneur » jusqu’à lui ôter saveur et punch !

Il est même tentant de ne pas s’attarder sur les quatre malédictions du même évangile car elles sont une « Mauvaise, et pas une Bonne Nouvelle » pour les riches, les repus, les frivoles,

les « gens bien » Cette espèce d’échappatoire trahirait « la Parole du Seigneur ».

 

Je me souviens d’avoir lu ce même évangile de Luc dans les taudis d’un township à Cape Town, en vue du Repas eucharistique du dimanche. Lecture faite, on se taisait, la tête entre nos mains plus ou moins calleuses, puis on se redressait et on se regardait, parfois les rires fusaient… jusqu’aux larmes : « It fits ! Exactement, ça colle ! »  Le dimanche, le P. Kevin se taisait,  rassemblait ce pain noir et dur des pauvres et l’offrait au Seigneur afin qu’il soit vraiment « Pain de Vie ». Source d’énergie pour une survie humaine !

 

Au temps de Jésus comme aujourd’hui, les pauvres comprenaient la pensée de Jésus : Non, la pauvreté, la faim, les larmes, la haine, les insultes, le rejet, le mépris ne rendent personne « heureux », à moins que, par la force des choses, les dérélictions ne soient une énergie qui nous met en marche (comme dit Chouraqui)  pour lutter et construire une famille humaine ! Cela, c’est une chance, « Heureux êtes-vous ». Prendre conscience de nos larmes et d’où elles viennent, c’est une chance cela nous met debout.

 

Mais quelle audace ! Travailler au « plus grand bien pour le plus grand nombre ». Les prophètes l’ont fait, Jésus étaient en train de le faire : tous sont exécutés ! Lui y compris.

 

Les systèmes enracinés dans les structures d’injustice n’endurent pas la critique ni le rêve d’un autre type de société !

Si on va au bout de la pensée de Jésus, non, il n’était pas ironique, Il prenait les conséquences de l’injustice au sérieux comme Il prenait les conséquences de l’action pour la justice au sérieux ! Les Écritures lues à la Synagogue étaient claires à ce sujet, comme l'Évangile l’est aujourd’hui pour nous !

 

Il dit quoi, l’évangile de demain en fait ?

« Les Béatitudes » racontées par Mathieu peuvent être « spiritualisées » jusqu’à les rendre inoffensives, consolantes mêmes !

 

Mais Luc est un médecin par profession : il perçoit la souffrance des exploités, leur dignité humaine piétinée. Il perçoit les causes fondamentales de la pauvreté. « Et la pauvreté ne doit pas avoir le dernier mot ! » Force est d’en connaître les causes pour s’en guérir. La guérison réside dans la solidarité collective des exploités.

 

Mais pas seulement car les riches ne sont pas méchants. Ils sont prisonniers d’un système. Alors Jésus s’adresse à eux et leur dit qu’ils n’ont pas de chance. Être repus, riche, frivole, n’est pas un mal en soi. Mais si vous avez des « gens bien », des autorités ecclésiastiques abritées dans des palais épiscopaux, des présidents de gouvernement aux salaires exorbitants, des directeurs de banques aux bonus « honteux » et qui sont vantés pour leur savoir-faire, eh ! Bien, ceux-là n’ont pas de chance. Ils sont les faux prophètes qui mènent  à la ruine, dans les temps anciens comme aujourd’hui.

 

Jésus dit les choses telles qu’il les vit et les ressent  au cœur de sa société. Au fond, il parle au nom des pauvres qui n’ont droit ni à la parole ni à l’action. Les pauvres réalisent qu’ils doivent regagner leur dignité humaine, avec la force que Jésus leur inspire.

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 6,17.20-26.


J
ésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s'arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tir et de Bidon.
Regardant alors ses disciples, Jésus dit : « Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous !
Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés ! Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez !
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l'homme.
Ce jour-là, soyez heureux et sautez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel : c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.


Mais malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation !
Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim ! Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous : c'est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes.

 

22:35 Publié dans Spiritualités | Tags : beatitudes | Lien permanent | Commentaires (1)