08/02/2014

Aujour'hui

Saint Benoît écoute, Terre cuite de Fr. Antoine Gélineau (Tamié)

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Voici une histoire juive qui nous est parvenue en plusieurs variantes. Elle présuppose l’existence du Psaume 95, qui fait partie des prières du bréviaire, récitées chaque matin dans l’Eglise catholique. Le récit se réfère au verset suivant : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre coeur...

Un jour, le Rabbin Josué, fils de Lévi (1re moitié du IIIe siècle), demanda au prophète Elie :

-       Quand le Messie viendra-t-il enfin ?

 Elie lui répondit :

-       Va le voir et pose-lui la question directement.

Alors le Rabbin Josué lui dit :

-       Mais où est-il ?

 Elie lui répondit :

-       Aux portes de Rome.

-       Et comment vais-je le reconnaître ?

-       Il est assis parmi les mendiants lépreux. Quand ces derniers enlèvent tous leurs bandages d’un seul geste pour les changer en une fois, le Messie les retire séparément pour les changer l’un après l’autre. Il se dit que Dieu peut l’appeler à chaque instant pour apporter la rédemption, et ainsi il se tient prêt en permanence.

Le Rabbin Josué se mit en route, il reconnut le Messie et le salua :

-       La paix soit avec toi, mon maître.

-       La paix soit avec toi, fils de Lévi.

-       Quand viendras-tu mon maître ?

-       Aujourd’hui.

Plus tard, le Rabbin Josué, fils de Lévi, se plaignit auprès d’Elie.

-       Le Messie m’a menti. Il a dit qu’il viendrait aujourd’hui, mais il n’est pas venu.

Elie lui répondit :

-        Tu n’as pas écouté attentivement.  Il t’a cité le psaume 95 : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix.

 

Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

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25/01/2014

Le ‚oui et amen’ de Dieu

 

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 Dans le premier livre de la Genèse (Gn 1,1-2,4a) on trouve la phrase suivante: Et Dieu vit que cela était bon. C’est comme l’exclamation de l’artiste : OUI ! qui après avoir longtemps planifié et créé, admire son œuvre, il s’y identifie. Ou alors le AMEN à l’issue d’un chant de louanges, où tous les registres sont tirés. OUI, c’est bien, c’est exactement ainsi que je pensais. AMEN, qu’il en soit ainsi, et que cela s’épanouisse jusqu’à la perfection.

 Malheureusement les humains ne se sont pas toujours intégrés de manière optimale dans cette création, ils n’approuvèrent pas toujours le OUI de Dieu et son AMEN ne suscita aucun écho en eux. Il a fallut donc faire intervenir des prophètes pour exhorter sans cesse les hommes. Mais cela ne suffit pas ; les prophètes proclamèrent sans cesse que Dieu ne renoncerait jamais à son OUI. Dieu est fidèle – ils interprétèrent ainsi le nom secret de Dieu, celui que Moïse a reçu à travers le buisson ardent : Je suis avec vous et je marche avec vous.

images.jpg Il est faux de prétendre que la fidélité est un concept démodé. La fidélité n’a rien à voir avec l’immobilisme. La fidélité est axée vers l’avant. Seul celui qui est fidèle avance dans la vie les yeux grand ouverts pour aller à la rencontre de l’autre  et faire ainsi toujours de nouvelles découvertes. Julie Andrews aurait affirmé : „Quand être fidèle rend heureux, alors c’est l’amour".

 Est-ce que Paul a pensé à cette ‚fidélité qui rend heureux’ quand il écrivait à la communauté de Corinthe : Dans Jésus le Messie le OUI de Dieu, la fidélité de Dieu s’est réalisée malgré tout ?  

 Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gaeumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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18/01/2014

Une autre forme de paix

 

croix-ceramique-enfant-et-mouton.jpg Lorsque l’apôtre Luc rédigeait les deux premiers chapitres de son évangile, celui que nous lisons durant la période de Noël, il  ne pensait pas à notre Réveillon en famille avec ses cadeaux, ni non plus à la crèche et au sapin de Noël, ni aux décorations scintillantes et autres bougies magiques. Le récit de l’enfance de Jésus – comme on l’appelle – , est l’un des textes les plus courageux et les plus audacieux que l’on ait jamais écrits.

La „Pax romana“

L’époque où Luc écrivait, c’était celle de l’Empire romain. L’empereur Auguste est mentionné par son nom dans l’histoire de Noël. Il est suivi de Tibère, Caligula, Claude, Néron, etc. Des historiens reconnus qualifièrent cette époque, 01220122121169-c2-photo-oYToxOntzOjU6ImNvbG9yIjtzOjU6IndoaXRlIjt9-fiche-jeux-pax-romana.jpgle temps des empereurs, comme les années les plus heureuses de Rome. En effet, l’Empire romain était alors à son apogée. Le peuple mangeait à sa faim. Celui qui se montrait efficace avait un travail et pouvait faire carrière. Les écoles fournissaient une bonne éducation. Des villes nouvelles sortaient de terre, on construisait des fabriques, des banques et des boutiques fleurissaient. La puissante armée romaine était partout présente et annexait régulièrement à l’Empire de nouveaux territoires et de nouveaux peuples.

Au-dessus de tout, l’empereur trônait à Rome, symbole d’unité et de paix. Du temps de Luc, on le qualifiait de Seigneur, de Sauveur, de Majesté suprême et de divin. Ce n’est pas seulement l’empereur qui portait ces qualificatifs, mais tout le système, l’État avec tout ce qu’il contrôlait brillait d’un éclat divin. Et celui qui osait s’opposer au système bravait le divin même.

Pour l’individu, cela signifiait qu’il devait s’adapter s’il voulait survivre. Il s’en tenait donc à certaines maximes, comme :

 - Aide-toi et le ciel t’aidera.

 - Chacun est son prochain le plus proche.

 - Qui paie commande.

 - Qui ne travaille pas n’a pas à manger.

 - Le droit est du côté du plus fort.

 - Qui veut la paix prépare la guerre.

 On a donné à cet empire le nom magnifique de „Pax romana“. La paix est l’ordre des riches, des puissants. Celui qui refusait de se soumettre à cet ordre était considéré comme traître à la patrie, il était incarcéré comme athée et même mis à mort.

L’Évangile subversif

 Sur un fond de Pax romana, l’Évangile de Luc résonne comme particulièrement courageux et même subversif. L’Évangile de Noël oppose une tout autre paix à la Pax romana:

- Ce n’est pas la paix d’une puissance militaire, mais celle de l’amour inconditionnel.

pax-christi.jpg- Ce n’est pas la paix d’une répression économique, mais celle d’un partenariat.

- Ce n’est pas la paix de la richesse et du luxe, mais celle de la solidarité et du partage.

- Ce n’est pas la paix du souverain, mais celle de la justice.

- Ce n’est pas la paix du commandement et de l’obéissance aveugle, mais celle de l’échange dans la discussion.

- Ce n’est pas l’empereur de Rome qui est le Sauveur et le Seigneur, mais...

L’Évangile de Noël transmettait à cette époque un message très dangereux. Il n’est donc pas étonnant que celui qui en était l’instigateur, Jésus de Nazareth, ait été exécuté comme fauteur de trouble à l’ordre public et que ses disciples aient été poursuivis.

Les chrétiens d’aujourd’hui devraient se poser la question de savoir de quel côté ils sont : du côté de la paix, du pouvoir et de la richesse ou alors de la paix signifiant la justice pour tous. Ceux et celles qui croient en Jésus-Christ  doivent se demander s’ils veulent sacrifier leur vie à Mammon et à leur carrière ou alors la laisser s’épanouir dans la miséricorde divine et accepter l’ impuissance  de l’amour.

Noël n’est pas synonyme de richesse ou croissance économique à tout prix, pas non plus de paix assurée militairement, mais bien de partage et d’engagement envers les nécessiteux et aussi de confiance mutuelle.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

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11/01/2014

Le Doigt de Dieu

 

Dieu nous pointe-t-il du doigt ?

 doigt-dieu-~-jpg.jpgQuand il nous arrive quelque chose de désagréable, nous nous demandons quelle leçon Dieu veut-il nous donner. Est-ce qu’il pointe son doigt sur nous ? Il y a des gens qui ont toujours cette impression :

 -   J’ai perdu quelqu’un de proche : Dieu pointe son doigt sur moi : tu aurais dû mieux l’entourer.

-   Aujourd’hui j’étais de mauvaise humeur toute la journée : la leçon de Dieu : tu devrais te coucher plus tôt le soir.

-   L’un de mes amis a été conduit à l’hôpital avec un infarctus : leçon de Dieu : c’est ce qu’on risque quand on ne respecte pas ses propres limites.

-   La promenade du soir dans la forêt me fait beaucoup de bien : leçon de Dieu : autorise-toi ces promenades.

-   Aujourd’hui j’ai évité d’un cheveu un sérieux accident de voiture. C’est Dieu qui m’avertit : faut-il que tu utilises la voiture pour un oui ou pour un non ?

 -   

On pourrait citer encore des tas d’exemples similaires. Faut-il y voir partout le doigt de Dieu ou une leçon de Dieu ? Regardons-y de plus près.

 Ce sont autant de réflexions qui auraient aussi pu facilement me venir à l’esprit. Elles n’affirment rien d’autre que ce que je savais depuis longtemps. Cela signifie donc que je projette sur Dieu ces ‚leçons’ que j’aurais aussi bien pu me donner directement sans son intermédiaire.

 Si j’examine ces ‚leçons’ de plus près, je m’aperçois qu’elles sont très ‚moralisatrices’. Mais cela signifie également : puisque que je projette sur Dieu ce ‚pointer du doigt’, je fais de lui un ,apôtre moralisateur’ qui me rappelle ce que je savais déjà:

-   que je devrais m’intéresser plus souvent aux autres

-   que je devrais mieux prendre soin de ma santé

-    que je devrais plus souvent renoncer à utiliser ma voiture pour chaque petit trajet

images.jpgQuand il nous arrive quelque chose, ce n’est donc pas Dieu qui nous donne une ‚leçon’?  En aucun cas dans le sens mentionné ci-dessus. Et Dieu ne pointe pas un doigt accusateur sur nous. Dans tout ce qui nous arrive, de positif ou de négatif, Dieu nous exprime : Je suis avec toi, avec vous. C’est le nom que je porte de toute éternité : Je suis celui qui est là. (Exode 3,14)

(Rodin)

Dieu ne donne pas de leçon. Dans tout ce qui m’arrive, mais vraiment tout, Dieu se rappelle à moi : Je veux que tu sois, que tu sois toi-même, je chemine avec toi.

Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gäumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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04/01/2014

Dieu l’esclave

 

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maximino cerezo barredo

 Dans les commentaires bibliques juifs, pour appuyer le propos de l’auteur on cite souvent un autre passage de la Bible.

 Dans l’un de ces commentaires on compare Dieu à un homme qui va acquérir un esclave. C’est ainsi que Dieu conquit le peuple d’Israël, comme Il dit dans le livre du Lévitique : c’est de moi que les Israélites sont esclaves (25,55). Mais au lieu qu’ils servent Dieu, c’est Dieu qui les sert. Bien des exemples le démontrent.

 - Chez les hommes, c’est l’esclave qui lave les pieds du maître, mais Dieu ne se comporte pas ainsi ; dans le livre d’Ézéchiel (16,9) Dieu dit à son peuple : je t’ai lavé dans l’eau.

 - Chez les hommes, c’est l’esclave qui habille le maître, mais Dieu ne se comporte pas ainsi ; dans le livre d’Ézéchiel (16,10) Dieu dit à son peuple : je t’ai habillé avec des vêtements brodés.

 - Chez les hommes, c’est l’esclave qui chausse le maître, mais Dieu ne se comporte pas ainsi ; dans le livre d’Ézéchiel (16,10) Dieu dit à son peuple :  ... je t’ai chaussé avec du cuir fin.

 - Chez les hommes, c’est l’esclave qui porte son maître, mais Dieu ne se comporte pas ainsi ; dans le livre de l’Exode (19,4) Dieu dit à son peuple : je vous ai portés sur des ailes d’aigle.

 - Chez les hommes, c’est le maître qui dort et l’esclave qui veille, mais Dieu ne se comporte pas ainsi ; le Psalmiste (121,4) chante : il ne somnole ni ne dort, le gardien d’Israël.

 Ne devrions-nous pas revoir notre relation à Dieu ?

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction: Christiane Gäumann

 Avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

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28/12/2013

Importants: le boeuf et l'âne

 

Dans la crèche

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 On dit que, dans les familles, on ne se dispute jamais autant qu’à la veillée de Noël. J’y crois volontiers en partie. C’est justement quand nous voudrions que tout aille particulièrement bien et harmonieusement que cela échoue le plus souvent.

 Ce ne sont pas les personnages de la crèche – du moins nous le pensons, qui pourront nous aider à surmonter ce malaise. L’Enfant Jésus, Marie et Joseph sont trop inaccessibles pour nous, nous ne voulons pas particulièrement nous mesurer à leur grandeur. Les autres personnages ne peuvent pas non plus nous servir de modèles, les anges, les bergers, les rois mages dans leur splendeur. Désespérés, nous nous demandons alors : N’y a-t-il personne dans la crèche qui pourrait nous représenter ? avec qui s’identifier ? Personne pour correspondre à notre comportement obstiné ?

 Eh bien oui, nous sommes représentés dans la crèche. On ne les trouve pas dans l’histoire de Noël de la Bible, mais ils ne manquent dans aucune crèche de Noël : le bœuf et l’âne. Je me dis alors : si ces deux-là sont présents, donc j’y ai donc aussi ma place. A leur côté je me sens moins perdu qu’à côté des anges, de Joseph ou de Marie. Je me fais moins remarquer. Je peux rester silencieux et regarder, personne n’attend de moi que je dise quelque chose d’intelligent ou de spirituel. Je n’ai qu’à rester là et n’ai besoin de rien d’autre.

 Comment sont arrivés le bœuf et l’âne dans la crèche ? Lorsqu’il y a bien des siècles des chrétiennes et chrétiens zélés écoutaient le message de Noël, ils pensaient au prophète Isaïe. Sa vision prophétique de Noël débutait en mentionnant la crèche:

 Cieux écoutez, terre prête l’oreille, car Yahvé parle:

 J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir,

mais ils se sont révoltés contre moi.

Le bœuf connaît son possesseur,

 et l’âne la crèche de son maître,

Israël ne connaît pas,

mon peuple ne comprend pas. (Esaïe 1,2-3)

 

Il n’y a qu’un prophète ou le Bon Dieu pour parler aussi explicitement et naturellement. Et je le prends pour moi: C’est moi qui suis encore plus bête que le bœuf ou l’âne, plus obstiné, plus stupide. C’est moi qui me dis adulte, mais qui ne veux pas entendre raison. C’est moi qui ne veux pas comprendre à quelle place j’appartiens.

Quand, dans la crèche, je vois le bœuf et l’âne, c’est une bonne nouvelle pour moi. Si le bœuf et l’âne trouvent leur place dans la crèche, cela devrait aussi être possible pour moi. Je ne dois pas être un ange, ni un berger, ni saint Joseph et pas non plus un Mage. Je me sens toutefois toujours bête et stupide à ‚zieuter’ ainsi, et touché, mais je suis là et prêt à écouter le message de Noël quand l’Enfant me parle à peu près dans ces termes :

Tu es peut-être un âne stupide et un bœuf trop bête. Mais dans le fond tu m’appartiens. Et moi je veux malgré tout être ton Dieu, votre Dieu à tous et vous donner comme tâche de rendre la paix, la justice et la joie visibles sur la terre.

Hermann-Josef Venetz

Traduction: Christiane Gaeumann

Avec l’aimable permission de l`auteur

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21/12/2013

Soyez attentifs aux signes

 

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crédit: maximino cerezo barredo

 Des bergers veillaient la nuit dans les champs. L’Ange de l’Éternel s’approcha d’eux et les enveloppa de sa clarté (v. Luc 2,1-20). L’Ange annonça une grande joie : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David.

Mais que pouvaient comprendre des bergers de ce temps-là d’un messager peu convaincant et de son annonce ? Mais l’Ange ne se laisse pas perturber par leur stupéfaction. Il tient à ce qu’ils se mettent en route et leur donne un signe pour reconnaître le Messie et Sauveur, si longtemps espéré : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.

Ils durent quitter la clarté qui les enveloppait, liturgie céleste, pour aller découvrir de quoi il s’agit : un enfant emmailloté et couché dans une crèche, parce qu’il manquait de place dans l’auberge. Un enfant sans domicile fixe, en somme.

Cet enfant comme signe de la venue de Dieu, n’est pas là pour lui seul. Il représente également tous les hommes et les femmes dont Jésus est solidaire.  Il est là pour l’homme à la main paralysée, pour la femme au dos courbé, pour l’aveugle Bartimée, pour la femme adultère qui n’a pas due être lapidée, pour le lépreux pas tenu à l’écart.

La lumière de Noël, l’annonce de l’Ange, la liturgie que nous fêtons, nous avons besoin de tout ceci pour apprendre à porter attention aux signes importants. Des signes qui se présentent quotidiennement sur notre chemin si nous y prêtons attention : familles sans domicile fixe, réfugiés, malades, chômeurs, des personnes sans valeur dans notre société.....

Se pencher sur l’enfant sans domicile fixe pourrait être la chance d’un nouveau départ : Paix et Justice pour tous et pour toujours.

Hermann-Josef Venetz

Traduction : Christiane Gaeumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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07/12/2013

La Plainte de Dieu et le temps de l'Avent

 On raconte :

 

ef4307c8a9214bf3c9a64416990eb03f.jpgLe petit-fils du Rabbin Baruch, le jeune Jechiel, jouait à cache-cache avec un autre garçon. Il trouva une bonne cachette et attendit son camarade qui devait le trouver. Après avoir attendu longtemps, il sortit de sa cachette, mais son camarade avait disparu. Jechiel comprit alors qu’il ne l’avait jamais cherché. Il ressentit de la tristesse. Il courut en pleurant dans la maison de son grand-père pour se plaindre de son méchant camarade. Le Rabbin Baruch leva les yeux au ciel et dit : C’est ainsi que parle Dieu : ‘je me cache, mais personne ne veut me chercher’.

 Durant le temps de l’Avent on le constate à nouveau : nous sommes de mauvais joueurs. Au lieu de chercher, nous fuyons. Nous feuilletons fébrilement les catalogues des magasins de vente par correspondance, nous courons les commerces pour comparer les prix et passer nos commandes. Empêtrés dans tout ce stress, nous oublions l’enjeu, la signification de ce temps particulier. Un profond désarroi s’abat alors sur notre temps de l’Avent. C’est la plainte de Dieu : ‘personne ne veut me chercher’.

 Qu’y aurait-il à trouver ? C’est sûr qu’à côté des chaînes stéréo, des trains électriques, des bijoux précieux ou autre voyage aux Caraïbes, la concurrence est rude. Un nouveau-né emmailloté couché dans une crèche, fragile, discret. Il y a de par le monde des dizaines de milliers de personnes dont le sort au quotidien est bien pire. Ils meurent parce que nous ne voulons pas jouer le jeu. Nous avons mieux à faire que de nous occuper de ‚bagatelles’.

 Bagatelles ? En fait, Il est passé au rang de bagatelle et même pire, à celui de quantité négligeable. Un esclave mort en esclave. Comme le dit le prophète  (Esaïe 53,2): ‚... son aspect n’avait rien pour nous plaire...’ C’est le cas de millions de suppliciés et d’affamés.

 Et nous, nous chanterons de tout coeur les chants de Noël et fêterons joyeusement, c’est notre façon d’occulter la plainte de Dieu : ‘Je me cache, mais personne ne veut me chercher.’

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gäumann

 Avec l'aimable traduction de l'auteur

 

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01/12/2013

La voie est tracée

 

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 Michelle Dastier pour l'image

Le Messie est-il arrivé oui ou non ? Ou alors revient-il chaque année à Noël ?

Il semble que pour les chrétiennes et les chrétiens ce soit clair: le Messie est bel et bien arrivé. Toutes les promesses de l’Ancien Testament se sont réalisées en Jésus-Christ; par conséquent ils fêtent sa naissance tous les ans à Noël en chantant : ‘Le Christ nous est donné’. Pourtant une question très embarrassante se pose, et au plus tard lorsque que les lumières de la fête se sont éteintes : Si le Sauveur est là, si le Messie est arrivé, pourquoi encore tant d’adversité après 2000 ans ?

Par rapport au Nouveau Testament, Noël est une fête tardive. Lorsque les premiers chrétiens et chrétiennes se réunissaient, ils ne fêtaient pas Noël. Ils annonçaient la mort de Jésus, ils louaient sa résurrection, ils exprimaient leurs aspirations ainsi : Maranatha (viens Seigneur Jésus), ils s’encourageaient mutuellement en invoquant : Notre  Messie arrive.

Nous ne devrions jamais perdre de vue cet élément. Ce qui est particulier aux chrétiens n’est pas qu’ils croient que le Messie est arrivé, mais bien la croyance que Jésus est le Messie, ce Jésus de Nazareth qui annonçait,  il y a près de 2000 ans l’arrivée de l’Eternel, qui a été crucifié et que Dieu a reconnu. Il ne le laissa pas dans la mort, mais le ressuscita d’entre les morts. La résurrection de Jésus est pour ainsi dire à l’origine de sa venue parmi nous.

En parlant des particularismes des chrétiennes et des chrétiens: ils se trouvent à la fracture entre le déjà (arrivé) et le pas encore. Ils sont tournés vers le passé de Jésus de Nazareth, ils racontent sa vie, ses paraboles, ses miracles, mais ils parlent aussi de ses souffrances et de sa mort; enfin ils annoncent sa résurrection. En même temps, ils aspirent à sa venue: le Messie viendra et il n’est autre que Jésus de Nazareth. C’est ainsi que, jusqu’à la fin des temps, Jésus de Nazareth est l’archétype décisif  pour ceux qui croient en lui. Il est la voie à suivre; suivons ce chemin et nous pouvons être assurés de le rencontrer. C’est d’ailleurs le contenu du message de Pâques, que les femmes ont été chargées de transmettre aux apôtres et à Pierre : ... il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez. (Marc 16,7)

Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gäumann

 Avec l'aimable permission de l'auteur

 

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30/11/2013

Stand up and be counted

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Le figuier stérile et François

 «Une pensée faible, une pensée uniforme, une pensée prêt-à-porter».

 « Je ne veux pas de télévision, car je veux penser par moi-même »  c’était la réponse de Gilbert Salem lors d’une interview à la Radio il y a bien des années.

 François, pape, disait hier matin à Sainte Marthe : «Une pensée faible, une pensée uniforme, une pensée prêt-à-porter s’infiltre toujours davantage ! »

 Et François, comme un bon journaliste met cette Joyeuse Nouvelle – aussi vieille que le figuier – en situation : c’est-à-dire dans notre contexte d’aujourd’hui. Essayons de comprendre «ce que signifie ce qui arrive à présent» et, en nous donnant le temps de réfléchir par nous-mêmes, librement, nous pouvons identifier les « signes des temps » !

 Mais l’esprit du monde nous guette et « ne veut pas que nous soyons « un peuple, mais une masse sans pensée, sans liberté », il ne veut pas que nous soyons une personne avec un nom, mais un chiffre et une statistique en tant qu’objet!  Et cela nous pousse sur une route « d’uniformité » par les manipulations mensongères de la publicité dont nous sommes bombardés. Par exemple : toujours plus riche, plus confortable, plus malin ... plus beaux… plus de mobilité, plus de crédits… et toujours plus « suisse » plus « catholique » plus gruyériens, plus zougois, plus sécurisés… plus économiquement rusés et roublards, plus politiquement (selon les gouvernements et partis) impudents (voir UDC et ses posters) plus désarçonnés me semble-t-il en écoutant la radio !

 Ainsi le dialogue, le partage, la méthode dialectique tournent au combat, au dialogue de sourd où seule compte l’idée – unique -  que l’on veut imposer et pas discuter! Car la «la tendance à l’uniformité nous pousse sur la route paresseuse de «la pensée uniforme, la pensée égale, la pensée faible»; une pensée hélas «tellement répandue».

 « Stand and be counted » disions-nous au temps d’une noble lutte contre l’injustice raciale ! Le courage pour ramer à contre-courant de «la pensée uniforme, la pensée égale, la pensée faible et hélas tellement répandue» se paye cher comme l'a dit et vécu Dietrich Bonhoeffer!

 Mais «l’esprit du monde » - capitaliste et bourgeois – « ne veut pas que nous nous demandions devant Dieu : mais pourquoi ? … et pour nous distraire des questions essentielles, il nous propose une pensée prêt-à-porter, selon nos goûts: je pense comme j’en ai envie».

 Bien sûr, dit François «Tout seuls nous ne pouvons pas tout faire: nous avons besoin de l’aide du Seigneur, nous avons besoin de l’Esprit Saint pour comprendre les signes des temps».

 C'était quelques bribes des mots de François hier pour commenter Luc 21 : 29 – 33 à la chapelle Sainte Marthe : il s’agit du figuier et des autres arbres, mais lisez !

Je vous donne le lien :

 Cependant, si j’étais vraiment disciple de Jésus, je n’aurais pas besoin des réflexions si pertinentes de François, il me suffirait d’ouvrir ce petit livre « L’Évangile de la Joie » et d’y trouver par exemple :

 Jésus de Nazareth qui a l’audace du « Stand up and be counted » en affirmant face à la Torah et aux Docteurs de la Loi:

 Mt 5,21 « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal... Et moi, je vous le dis ... Ainsi tout au long de Mathieu chapitre 5

 Jésus a affirmé cela dans la réalité de son temps et François le dit à sa manière dans notre actualité mondiale.

 Cela ne m’étonne pas qu’il demande sans cesse : « priez pour moi ! »

 

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 D'accord!

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09/11/2013

Carrière à rebours

 

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Faire carrière, cela signifie grimper toujours plus haut, même au risque d’écraser les autres. On se veut meilleur et plus important. On sacrifie beaucoup de choses à sa carrière, pour elle on investit et on fait tout pour réussir. Notre formation vise notre carrière. Les matières offertes dans le cadre de l’enseignement scolaire ont pour but la carrière future des élèves. Sans anglais, pas de carrière. Sans diplôme universitaire, pas de carrière. Sans relations, pas de carrière. L’une des perspectives importantes de la carrière, c’est le ‚toujours plus’ : plus d’argent, plus d’influence, plus de prestige, statut social plus élevé.

Dans les années cinquante du premier siècle, Philippes, dans l’est de la Grèce, était une importante colonie militaire romaine; elle était la ville idéale pour faire carrière au sens où l’entendaient les Romains. Dans cette ville, Paul fonda une communauté chrétienne, la première sur sol européen. Quelques années plus tard, il a dû constater qu’il n’en allait, dans cette communauté, pas autrement que dans la polis – la ville. La vie communautaire suivait les mêmes  mécanismes que là où on n’avait rien d’autre en tête que sa carrière : les gens se battaient pour tout emploi ou fonction, important ou non. Cliques et népotisme allaient de pair avec le manque d’égard, les jalousies, les convoitises et autres suspicions.

Dans sa lettre à la communauté de Philippes, Paul rappelle aux chrétiens un ancien hymne au Christ, qui d’une certaine façon pose les bases de la foi et le modèle de vie chrétienne en prenant Jésus le Messie comme archétype :

Il possédait depuis toujours la condition divine,

mais il n’a pas voulu demeurer de force l’égal de Dieu.

Au contraire, il a de lui-même renoncé

à tout ce qu’il avait

et il a pris la condition de serviteur.

Il est devenu homme parmi les hommes,

il a été reconnu comme homme;

il a choisi de vivre dans l’humilité

et s’est montré obéissant jusqu’à la mort,

la mort sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place

et lui a donné le nom supérieur à tout autre nom.

Il a voulu que, pour honorer le nom de Jésus,

tous les être vivants, dans les cieux,

sur la terre et sous la terre,

se mettent à genoux,

et que tous proclament, à la gloire de Dieu le Père:

Jésus-Christ est le SEIGNEUR!“

 (Phil 2,6-11 : Bonne nouvelle... pour toi ! Société biblique – Alliance biblique universelle)

A l’époque, „Seigneur“ était le titre de  l’empereur romain. Pour les chrétiennes et les chrétiens, „Seigneur“ est le nom – imprononçable – de DIEU, comme dans l’Ancien Testament en grec.

Finalement, ce qui est chanté dans cet hymne, c’est la carrière de Dieu.

 

Hermann-Josef Venetz

Traduction : traduit par Christiane Gäumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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02/11/2013

Pardonner à Dieu

 

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 J’ai lu dernièrement cette phrase étonnante quelque part :

 Pour vivre avec style, il faut savoir pardonner :

 à son prochain,

 à soi-même,

 à Dieu.

 

 

 

Au premier regard, ça paraît bien. Mais.....

Le mot ‚pardonner’ nous rappelle immédiatement combien le pardon nous est nécessaire, et qu’il faut en permanence nous pardonner les uns les autres. Dieu, dans la Bible, se présente comme le grand Miséricordieux, le dieu compatissant et bienveillant, patient, d’une immense et fidèle bonté (Ex 34,6-7).

C’est ce Dieu que Jésus donne en exemple à ses disciples : Soyez pleins de bonté comme votre Père est plein de bonté (Lc 6,36). Il nous donne ainsi la mesure de l’attitude miséricordieuse avec laquelle nous devrions nous comporter les uns avec les autres.

Selon la phrase étonnante ci-dessus, nous devrions aussi pratiquer l’art de se pardonner à soi-même. N’est-ce pas, en fait, encore plus difficile ? On ne parle pas là des chicaneries pour des broutilles qui nous rendent juste un peu ridicules aux yeux des autres, et pas non plus des déceptions que nous ressentons lorsque nous n’avons pas réussi à réaliser ce que nous voulions. Il s’agit plutôt de notre miséricorde envers nous-même: c’est-à-dire de nous  accepter tels que nous sommes, de nous donner la chance de tourner la page et de repartir du bon pied; de nous traiter nous-même comme Dieu nous traite: avec compassion et bienveillance, avec patience et fidèle bonté.

Mais – est-ce possible, ou sensé, ou même imaginable de pardonner à Dieu? C’est vrai que, de plus en plus souvent, à tort ou à raison, en parole ou en pensée, nous rendons Dieu responsable de toute la misère du monde, comme si c’était lui le coupable. Il faut bien que quelqu’un endosse la responsabilité pour ces tremblements de terre ou ces famines, qui causent de telles souffrances à tant d’humains ! Et qui donc sinon Dieu ? Les hommes ne seraient pas capables de tant d’injustices et de telles destructions – du moins c’est ce que nous pensons.

Il est sans doute aberrant de penser ainsi, comme tant d’autres pensées aberrantes qui nous viennent en évoquant Dieu. Mais jouons jusqu’au bout ce raisonnement : pardonner à Dieu. Cela ne signifierait-il pas que nous l’acceptions comme il est, malgré toute ses ‚fautes’ et ses ‚faiblesses’; que nous lui accordions la chance d’un nouveau départ, que nous le traitions comme il nous traite: avec compassion et bienveillance, avec patience et fidèle bonté ?

Hermann-Josef Venetz

Traduction: Christiane Gäumann

Avec l'aimable permission de l'auteur

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26/10/2013

Sur le thème : Partager le pain :

 

Le pain est nécessaire à l’homme, il est le fruit de la terre

 et du travail de l’humain

 il apaise la faim et entretient la vie

 

 La vie dépend du rendement du capital,

 sans égards pour la mort d’enfants par dizaines de milliers,

 jour après jour

 

Victimes de famine structurelle,

 meurtres légalisés pour satisfaire aux lois du marché,

 source d’enrichissement pour certains

 et anéantissement pour beaucoup

 

Victimes de maléfiques joueurs capitalistes

Lançant la roulette au hasard,

Sacrifiant ainsi la vie sur l’autel de la Bourse

 

Nous partageons le pain et autres productions pour vivre

 selon l’exemple du Galiléen qui nous incite à partager

les pains et les poissons

 

L’eucharistie

Une fête en mémoire du Crucifié ressuscité

Pour nous rappeler, aujourd’hui encore

lors du partage du pain,

le royaume de Dieu et sa justice

 

Et comme Emmanuel

Dieu est avec nous“ en Jésus son fils,

car il est le frère des déshérités et des affamés

 

 La vie est opprimée par les calculs intéressés du marché,

 de l’ordre mondial et de la société

 Gardons à l’esprit le verdict de Jésus ben Sirac dans Siracide

 Celui qui prive de pain l’homme démuni est tel un

 meurtrier sanguinaire

 

Suivons le Nazaréen dans son partage du pain

 et témoignons de sa foi capable de rassasier les affamés.

 

Source : Urs Eigenmann, Brot teilen, in: Ferment 54 (2/2013), 28.

 Traduction : Christiane Gaeumann

 Avec permission de l'auteur

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12/10/2013

Prendre au mot ?

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 Quand, à la lecture de la Bible, on ne comprend pas tel mot ou telle phrase, ou même qu’on les trouve absurdes, on se dit volontiers : ‚il ne faut pas les prendre au mot’. Mais ce procédé ne nous mène pas loin, il ne nous aide pas à les comprendre.

 D’ailleurs nous lisons chaque jour, et nous les employons aussi, des mots et des phrases qui ne sont pas à ‚prendre textuellement’. Voici quelques exemples :

En apprenant cette nouvelle, j’en ai eu les cheveux qui se sont dressés sur la tête’

 Je suis tombé des nues en voyant arriver l’ami que je croyais décédé’

 Lors de la visite du pays, on cuisait littéralement sous la chaleur’, on parle du ,lever’ ou du ,coucher du soleil’ etc.

 Personne ne prendra ces expressions au pied de la lettre. Est-ce à dire que nous n’avons pas à les prendre au sérieux?

 On dira plutôt que le vocabulaire au sens propre ne suffit pas toujours à exprimer certaines expériences ou autre point de vue. Il faut parfois user d’images ou de paraboles, ou alors utiliser les mots et les phrases au sens figuré. On a fait ainsi de tout temps et dans toute culture.

 Ceci vaut également pour les époques et les cultures où la Bible a été rédigée. La Bible veut nous communiquer des messages importants et son intérêt est d’être prise au sérieux. On pourrait même presque dire que plus le texte est imagé mieux on est appelé à le prendre au sérieux et à le laisser agir en nous.

 Encore un petit exemple: Dans le psaume 18, le psalmiste s’écrie: ‚avec  mon Dieu je franchis une muraille’. Bien évidemment, ce n’est pas à prendre à la lettre ! Quel serait l’intérêt à grimper des murailles avec Dieu ! Le psalmiste est convaincu, dans sa foi et sa confiance, qu’ ‚avec Dieu’, rien n’est impossible, il aura le courage de s’engager sans crainte en faveur de son prochain défavorisé, il ne dira plus ‚c’est inutile, on ne peut rien faire’. Avec ‚son Dieu’, il peut affronter les difficultés telles qu’il n’aurait jamais cru en être capable.

 Ainsi le psalmiste s’encourage et offre même son aide à Dieu pour contribuer à un monde de paix et de justice. On ne prendra pas à la lettre ce que le psalmiste exprime ici. L’important c’est de le prendre au sérieux et de nous laisser toucher par sa confiance, cette confiance qui nous rend libre et qui donne de l’entrain à notre vie.

 

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gaeumann

 Avec l'aimable autorisation de l'auteur

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05/10/2013

Ne fais pas de miracle pour me faire plaisir

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Ces mots proviennent d’un poème de Rainer Maria Rilke, qui est presque une prière et qui débute ainsi : ‚Tous ceux qui Te cherchent te soumettent à la tentation.’

Au nombre de ces « tentations »  se trouve: l'attente et même la sollicitation de miracles de la part de Dieu. Le pire c’est quand nous identifions Dieu à ses miracles. Dieu ‚le faiseur de miracles’, Dieu le Tout-Puissant. C’est une notion largement répandue. L’idée est que Dieu plane au-dessus de tout et qu’Il peut intervenir à tout moment dans l’histoire du monde, dans les lois de la nature et aussi dans nos existences. Sommes-nous certains, après tout, que Dieu tient à être le ‚Tout-Puissant’ ?

Le poème de Rilke continue : ‚… et ceux qui Te trouvent Te lient à une image, à un geste...’

 C’est depuis toujours le cas de personnes – et justement aussi de personnes à la recherche de Dieu – qui se font de Lui une image à laquelle Il est prié de correspondre ! On l’associe également aux miracles que l’on a invoqués.  On veut Le tenir sous contrôle et Le confiner dans les temples et les églises. Il doit être le plus fort et supérieur en tout. Avec de telles attentes, nous mettons Dieu sous pression. De même que nous mettons les autres - et nous-même - sous pression avec nos attentes.

 Et Rilke dit encore : ‚Je ne veux pas de tes coquetteries pour te révéler’

 Nous savons par expérience qu’il ne peut rien en sortir de bon quand on pense devoir prouver quelque chose pour faire impression. Il en est de même avec Dieu. Il n’a nul besoin de prouver quoi que ce soit ou d’en imposer. Il n’a qu’à se présenter à nous tel qu’Il est.

 Dans le fond il s’agit là de la première et de la plus importante supplique du ‚Notre Père’:

 "Que ton nom soit sanctifié’

 Que Tu sois et que Tu restes Toi-même

 Et non celui que nous souhaiterions que Tu sois et que nous nous représentons.

  Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gaeumann

 Avec l'aimable autorisation de l'auteur

(un immense merci à Christiane Gaeumann pour sa précieuse collaboration)

 

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13/09/2013

Le Notre Père et la praxis de Jésus

 

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Le Notre Père nous rapproche d’une manière spéciale de Jésus, parce que nous prions sa prière et parce que nous la prions avec lui. Cette prière nous unit les uns aux autres d’une manière toute particulière et très profonde. Nous partageons les vues et les intentions, les déceptions et les  espoirs de Jésus. Nous partageons également sa pratique. Nous cheminons avec lui. Comme Jésus, nous voulons nous rencontrer, nous encourager, nous pardonner et nous aider mutuellement.

Avec Jésus nous voulons résister à tout ce qui est injuste et avec lui nous voulons apprendre à vivre les uns pour les autres, à mourir les uns pour les autres et à ressusciter tous ensemble.

Lorsque nous prions, n’ayons pas peur d’évoquer certains épisodes de la vie de Jésus, car partout sur son chemin, il annonçait le royaume de Dieu dont nous implorons la venue dans le Notre Père. Et ce royaume arrive si, comme lui, nous allons les uns vers les autres. Il prend la main de la belle-mère de Simon et la guérit ; Il embrasse le lépreux ; il ne rejette pas la pécheresse ; il place l’homme à la main desséchée au centre de la liturgie ; il restitue la dignité et l’usage de la parole à la femme affligée d’une hémorragie. Par sa proximité, il libère ceux et celles qui sont tourmentés par les mauvais esprits et ils reviennent à une vie nouvelle.

Le Notre Père fait éclater nos étroites frontières pour rejoindre l’Autre.

Hermann-Josef Venetz

Traduction : Claire-Marie Jeannotat

Avec l’aimable permission de l’auteur

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08/09/2013

Parce qu’ils sont pauvres

 

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Le pape François nous a rappelé, d’une manière impressionnante, ce que la Bible nous a enseigné et que savons depuis longtemps déjà : Jésus se tient aux côtés des pauvres. Les Évangiles racontent inlassablement ce que vivent les chômeurs, les aveugles, les lépreux, les prostituées traînant dans les rues poussés par la faim, les petits paysans pour qui les impôts sont trop lourds.

 Ironiquement, c’est pour ces gens-là que battait le cœur du Nazaréen. Et ce n’était pas un caprice. Il pouvait toujours, en lisant la Bible, apprendre comment l’Éternel était le Dieu des pauvres, des affamés,  des souffrants et des opprimés ; comment Dieu, par exemple, envoya Moïse avec la tâche de libérer son peuple.

Je suis le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte et j’ai entendu leurs cris sous le fouet maîtres ; oui, je connais sa souffrance. C’est pourquoi je suis descendu jusqu’à eux… (Ex 3)

Le Dieu de Jésus est un Dieu qui voit la misère, qui entend les plaintes, un Dieu qui ne peut se contenir quand il voit les besoins des hommes. Il nous est cependant difficile de faire face à ce constat. Et notre réaction – pour ne pas dire notre objection – est toujours la même : les pauvres ne sont pas meilleurs que les riches. On n’a qu’à demander aux travailleurs sociaux qui s’occupent quotidiennement des pauvres : il y a pas mal de pauvres qui sont tricheurs et voleurs, qui sont jaloux  et menteurs, il n’y a pas moins d’intrigants et de violents parmi les pauvres qu’ailleurs.

 Mais il s’agit précisément de se confronter à cette difficulté. On s’imagine donc toujours que Dieu doit aimer comme nous aimons ; et nous aimons parce que les autres sont aimables envers nous, parce qu’ils ne nous ennuient pas, parce qu’ils nous respectent, parce qu’ils ont les mêmes idées que nous, parce qu’ils laissent la cage d’escalier en ordre comme il se doit…Et ainsi nous pensons et nous attendons de Dieu qu’il n’aime que les gens bien, les gens qui ne font pas de difficultés, qui vont à l’église le dimanche, qui payent leurs taxes et qui portent une veste blanche…

Une parole de Jésus me vient tout d’un coup à l’esprit : Lorsque vous n’aimez que eux qui vous aiment… les pécheurs le font aussi ! Et lorsque vous ne faites du bien qu’à ceux qui vous font du bien… les païens ne font-ils pas de même ? Et lorsque vous ne saluez que ceux qui vous saluent… Que faites-vus de spécial ? (Mt 5,46-47)

L’Amour de Dieu ne fonctionne pas comme notre Amour : il n’y a pas de comparaison, l’Amour de Dieu a une « logique » totalement autre. Ce n’est pas parce qu’ils sont bons ou même meilleurs que les riches que Dieu les aime et les respecte! Dieu aime les pauvres parce qu’ils sont pauvres.

 Il s’agit de cet Amour-là.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : claire-Marie Jeannotat

 Avec l'aimable permission de l'auteur

20:01 Publié dans théologie | Lien permanent | Commentaires (0)

03/09/2013

Jeûnons et prions

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 Nous pouvons et devons jeûner et prier pour la Paix en Syrie, que le pape François le dise ou pas. L’injustice est intolérable et lorsqu’elle règne : le  dialogue est dangereux, donc impossible ! Résultat : les victimes de la violence et du non dialogue sont muettes dans la mort. La Syrie en est l’exemple actuel sanglant qui « crie vengeance au ciel ».

 Nos discours sur Dieu paraissent dérisoires face à «l'insondable souffrance du monde, de "son" monde», Dieu est-il encore pensable? »Jean Baptiste Metz

 Oui, Dieu se révèle peut-être si nous avons le courage de le reconnaître au cœur du carnage syrien et bien au-delà.

 Jeûner et prier nous permet de prendre conscience de notre corps qui devient solidaire de celui des autres, en l’occurrence des victimes de la violence systématisée ! Le bruit des armes étouffe les cris des blessés, des mourants. Et ce sont eux, pourtant dont l’autorité doit être reconnue et qui jugeront les bourreaux. Si le jeûne et la prière devenaient planétaire un jour seulement : les armes disparaîtraient, ne serait-ce que l’espace d’un jour 

 Le Pape François décrète le 7 septembre, jour de jeûne et de prière pour la paix en Syrie, au Moyen-Orient et dans le monde.

 Jeûnons et prions là où nous travaillons, seuls ou ensembles et n’ayons pas peur de notre proximité de simples êtres humains comme nous. En Syrie, au Moyen-Orient. Notre espèce humaine tourmentée par la violence brutale et qui nous détruit tous à moins de nous réveiller...

 On ne jeûne, on ne prie pas pour faire « comme si ».

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 Notre jeûne et notre prière est une lutte, un acte de solidarité, une option pour une politique de justice active… en compagnie des peuples de Syrie, du Moyen Orient, sans oublier notre pays ni le reste du monde.

 « …la culture du dialogue : c’est l’unique voie pour la paix… un vrai dialogue demande que l'on aie confiance aux interlocuteurs.

 

« Le 7 septembre, sur la Place Saint-Pierre – ici – de 19h00 à 24h00, nous nous réunirons en prière et dans un esprit de pénitence pour invoquer de Dieu ce grand don pour la bien-aimée Nation syrienne et pour toutes les situations de conflit et de violence dans le monde. L’humanité a besoin de voir des gestes de paix et d’entendre des paroles d’espérance et de paix ! Je demande à toutes les Églises particulières qui, outre le fait de vivre cette journée de jeûne, d’organiser des actions liturgiques à cette intention. »François, pape.

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31/08/2013

Est-il possible d’aimer Dieu ?

 

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 Il y a peu de temps, j’ai écrit ma réflexion au sujet de l’embarras que nous cause le verbe « aimer » surtout lorsque l’on veut partager ce sentiment avec quelqu’un à qui l’on tient. C’est une déclaration trop intime, trop sentimentale et romantique. J’ai proposé une variante qui est moins ambigüe, et plus réaliste : ti voglio bene. Ce qui peut aussi dire : « je te veux du bien »  « je voudrais que tu ailles bien » « je souhaite que tu puisses être toi » « je voudrais être à tes côtés quoi qu’il arrive ». Au contraire de l’expression floue et vague « je t’aime », l’expression « ti voglio bene » est plus concrète, plus pratique, plus stable et on peut même apprendre sa pratique.

  Aujourd’hui, je me demande si nous pouvons utiliser ces termes dans notre dialogue avec Dieu. Je n’ai pas le plus petit doute que Dieu me veut du bien, même si je dois chercher et trouver ce que cela signifie concrètement : qu’il ne me laisse pas tomber lorsque j’ai des difficultés, qu’il tient à moi, même quand je suis blessant pour les autres, qu’il m’assiste dans mes peurs, qu’il est présent à mes côtés lorsque j’ai l’occasion d’aider un étranger à sortir du pétrin, qu’Il me console dans la peine ou la frustration.  « Ti voglio bene » : ne serait-ce pas son nom comme il l’a fait connaître à Moïse devant le buisson ardent : Je suis celui qui est, qui chemine avec toi et qui ne te laisse pas tomber ?

  Ecoutons-le dans la profondeur du silence et nous allons percevoir sa voix : « Je suis là pour toi et je ne t’abandonne pas. Je suis avec toi. Ti voglio bene ».

  Le revers de la médaille  existe aussi : il nous est difficile de dire à Dieu qu’on l’aime quand ces mots sonnent comme de belle phrases qui ne nous impliquent pas vraiment et qui finalement ne signifient pas grand-chose. « Aimer » peut vouloir tout dire ou alors rien du tout. Mais quand je dis à Dieu « ti voglio bene », je lui offre mon aide afin que son règne vienne. Je pense à la création, à notre environnement. Mais surtout à tous nos frères et sœurs souffrants, affamés, rejetés, et qui lui tiennent spécialement à cœur. Dieu veut le bien de toute l’humanité – avec notre aide.

 Lorsque nous disons à Dieu « ti voglio bene » nous sommes au cœur de sa bonté et de sa miséricorde  comme nous-mêmes en faisons l’expérience au cours de notre existence.

 Hermann- Josef Venetz

 Traduction : Claire-Marie Jeannotat

Avec l’aimable permission de l’auteur

 

24/08/2013

Ti voglio bene

 Le mot « aimer » nous met parfois dans l’embarras. Il est rare que nous disions à quelqu’un « je t’aime ». Cette déclaration est trop intime, trop personnelle, trop émotive, trop romantique. L’allemand du Valais ne connaît pas cette

expression; à la rigueur on dit « je t’aime bien » ich ha di gäre. Dernièrement, un homme à qui j’avais rendu un petit service me dit, en conclusion d’un appel téléphonique : « Hermann, toi, je t’aime bien ». Je fus pris de court et je ne savais que répondre! Et je dis: «Oui, salut Marco ». Jamais dans ma vie, un homme ne m’avait dit une chose pareille, cela explique mon embarras et je ne comprenais pas ce qu’il avait voulu dire. L’expression : « je t’aime » ou « je t’aime bien » sonne trop imprécis,  trop vague, trop théorique, trop léger.

Il doit cependant être possible  de trouver des mots pour exprimer notre sympathie à quelqu’un qui nous est cher.  « Je t’aime » ou je t’aime bien » dit tout – et rien.

Au fil du temps, j'ai trouvé un moyen de dire à quelqu’un qui ne m’est pas nécessairement sympathique, que suis solidaire de lui et qu’il peut compter sur moi quoi qu’il arrive: par exemple avec une bonne poignée de main. Et j’ajoute sans peur de me gêner: « Ti voglio bene» en italien que tout le monde comprend! Je te veux du bien, je veux que tu ailles bien et que tu puisses être toi. Dire ceci n’a rien de vague ni d’indéfinissable, au contraire, cette expression signifie  la volonté ferme de ne pas laisser tomber mon prochain, de le soutenir dans les difficultés et d’avancer avec lui.

 « Je te veux du bien » , ce souhait peut être intégré à chaque poignée de mains, même au plus petit geste. Et je peux l’apprendre… au contraire d’être amoureux, ceci ne doit pas s’apprendre: c’est tout simplement là, présent et après quelque temps ça disparait.

« Ti voglio bene », c’est permanent, c’est durable et c’est concret.

Hermann-Josef Venetz

Traduction: Claire-Marie Jeannotat

Avec l'aimablepermission de l'auteur

 

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