05/06/2015

La Lumière et le Pain

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Eberhard Münch

 Contrairement aux autres évangiles où le centre du message de Jésus, c’est le Royaume de Dieu, dans celui de Jean, Jésus parle principalement de lui-même. Nulle part ailleurs nous ne rencontrons autant de ‘Je suis….’ que dans l’Évangile de Jean : Je suis le pain de vie ; je suis la lumière du monde ; je suis le bon berger ; je suis la résurrection ; je suis la vraie vigne ; je suis le chemin, la vérité et la vie. C’est avec de telles affirmations que les chrétiennes et les chrétiens soutenant l’Évangile de Jean exprimaient leur foi en Jésus le Messie.

 

Mais, en usant de telles affirmations, est-ce que Jésus voulait réellement se placer au centre, pour ainsi dire en lieu et place de Dieu ? Regardons ces énoncés de plus près :

 

- Je suis la lumière du monde. Quand nous nous trouvons dans une pièce sombre, nous n’allumons pas la lumière pour la regarder briller, cela nous éblouirait. Nous allumons la lumière pour éclairer les gens et les objets afin de mieux les voir.

 

- Je suis le pain de vie. Le pain ne nous est pas donné pour le conserver ou l’exposer, mais bien pour le manger et le partager, et veiller à ce que tous reçoivent ainsi la vie.

 

- Je suis le chemin. Le chemin n’est pas fait pour y rester immobilisé ni même pour l’admirer mais pour avancer, pour marcher en direction de son prochain, en particulier vers celui qui souffre et vers l’étranger.

 

Ce n’est pas lui-même que Jésus met en avant avec ces affirmations ‘Je suis…’ Il nous offre son aide pour que nous comprenions mieux le désespoir de notre prochain et que nous lui montrions la lumière, le pain et le chemin.

 

Dans l’Evangile de Jean, Jésus dit de lui-même : Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance (Jean 10,10). Et cette vie en abondance doit profiter à tous – avec notre soutien.

 

Hermann-Josef Venetz

 

Traduction Christiane Gaeumann

 

 

 

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30/05/2015

Unir le monde à Dieu


 

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Jésus parle de la venue de Dieu en paraboles. Il crée des images et raconte des histoires qui pourraient être directement tirées de nos vies. Ce qui nous surprend, c’est que lorsque Jésus associe Dieu à notre monde si concret, il ne se donne jamais la peine de l’embellir, de l’idéaliser, de le montrer meilleur qu’il est.

 

- Un homme s’en va semer son champ. Une partie des grains tombent parmi les ronces, d’autres sur le chemin et d’autres encore dans les cailloux. Et parfois c’est la mauvaise herbe qui pousse le mieux (Matthieu 13,4-9.24-30). Ainsi va le monde.

 

- Un homme avait deux fils. Le plus jeune laisse tomber son père, il réclame son héritage, s’en va et dépense tout ce qu’il possède en menant une vie dissipée (Luc 15,11-32). Ainsi va le  monde.

 

- Un prêtre et un lévite croisant sur leur route un homme qui avait été battu et laissé pour mort passent leur chemin sans lui porter aide (Luc 10,30-37). Voilà le monde où nous vivons.

 

Nulle trace d’un monde idéal en union avec Dieu et son royaume. De toutes parts mauvaise herbe, pertes douloureuses, familles déchirées, employés fourbes, cœurs endurcis; voilà le monde tel qu’on le vit, sans grimage, sans le moindre embellissement. Jésus était réaliste.

 

Mais ce n’est pas encore tout. Ce que Jésus a de particulier c’est qu’au coeur de ce monde dissolu, il ‚joue des cartes’ qui surprennent, qui dérangent. Il parle de possibilités démontrant clairement qu’on pourrait faire autrement. Dans ce monde sans pitié, il trouve des alternatives pour le présenter sous un tout autre jour.

 

- Lorsque le ‚fils perdu’ revient vers son père, il fait toujours partie de ce monde traditionnel. Il dira à son père : „Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne  que tu me regardes comme ton fils. Traite-moi donc comme l’un de tes ouvriers.“ De manière surprenante, le père saisit une toute nouvelle chance : il ne laisse pas son fils s’exprimer plus longtemps, il court à sa rencontre, le serre contre lui et l’embrasse. Il le réinstalle dans ses droits filiaux. La question décisive est de savoir si le fils est capable de profiter de cette nouvelle chance offerte ou s’il aurait plutôt voulu exprimer ses regrets jusqu’au bout, témoignant ainsi de son appartenance à l’ordre ancien. La question se pose également pour le fils aîné resté à la maison : a-t-il compris cette nouvelle chance offerte par son père ? Nous avons toutes et tous la possibilité de répondre à la question ou même de prendre une décision. Voulons-nous nous replier sur l’acquis de nos vies ou alors nous ouvrir et participer à la fête ?

 

- Le semeur, lui, ne se résigne pas. Il s’obstine et persévère dans la confiance inébranlable que la plupart de ses grains tomberont dans la bonne terre et lui rapporteront des fruits au centuple. Car c’est Dieu qui est à l’oeuvre.

 

- Le Samaritain, lui, contrairement au prêtre et au lévite, ne se préoccupe pas de loi ou d’ordre, d’interdit ou de tabou, il laisse parler son cœur et met tout en œuvre pour porter secours à l’homme blessé.

 

Et c’est ainsi que Jésus unit Dieu et le monde. Il voit le monde tel qu’il est, sans l’idéaliser, sans l’embellir. Mais il voit dans ce monde, parce qu’il veut justement l’unir à Dieu, de nouvelles opportunités, insoupçonnées jusque-là : les chances données par Dieu. Nul n’est obligé de rester sur place dans ce monde, on doit pouvoir tous s’extirper de structures invalidantes ou fatales, le père comme ses deux fils, le semeur comme le Samaritain, comme aussi le prêtre et le lévite.

 

Ou alors disons-le ainsi : Jésus  découvre dans ce monde, où pratiquement plus rien n’est en ordre, le pouvoir de l’amour et Il nous invite à avoir confiance en l’amour, précisément dans notre monde concret si imparfait.

 

Hermann-Josef Venetz

 

Traduction Christiane Gaeumann

 

 

 

 

 

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28/05/2015

La Bible – terrain de jeux de la prière


october-22.jpgDepuis plus de 40 ans, je me consacre à la Bible professionnellement. On y trouve d’innombrables possibilités de parler de Dieu, sur Dieu et avec Dieu. Lorsque j’ouvre la Bible, il arrive que je tombe sur un prophète tenant un discours commandé par  Dieu. On y chante aussi des cantiques ici ou là. Souvent on lit des récits qui n’ont, au premier abord, rien à voir avec Dieu. Ils racontent la vie de gens qui, comme nous, sont en recherche; ils avancent dans le doute et l’espérance. Puis je tombe sur les proverbes, paroles de sagesse qui renvoient aux expériences pluriséculaires des hommes avec Dieu, et donc aussi à nos propres existences. On y trouve également d’authentiques prières. Elles sont comme des réponses à certaines demandes. Ce pourrait être d’ailleurs des appels de Dieu. Mais ce pourrait être aussi des requêtes face à certaines destinées : sollicitations de malades, de persécutés ou d’autres personnes victimes d’injustice; exhortations pour accompagner de formidables événements comme l’amour, le pardon et la solidarité. En croyant et en priant, on peut percevoir l’appel de Dieu.

 

Dans toute la Bible, que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, on tombe toujours sur les deux : la demande et la réponse. Lorsque dans la Bible, la parole est donnée à Dieu, jamais il ne s’agit d’une communication unilatérale ou même monotone. Il ne se présente pas comme un Commandeur ou un Législateur. Tout au contraire, il est souvent celui qui prie et qui persuade avec amour, qui encourage et qui soutient, qui libère et qui invite, qui questionne, qui accuse et menace… comment la Bible pourrait-elle parler de Dieu autrement qu’avec nos mots humains ou en images et paraboles?

 

Et tout aussi souvent dans la Bible, c’est aux hommes qu’on donne la parole. Ils répondent aux demandes et aux plaintes, aux invitations et aux menaces de Dieu. Et rien de plus varié que ces réponses : ils exultent et louent, ils glorifient et remercient, ils se lamentent, pestent, grondent, maudissent, ils jurent et rient, interrogent, pleurent et se taisent.

 

Effectivement, dès qu’on ouvre la Bible, on tombe sur un dialogue permanent entre Dieu et les hommes. Et quand on commence à lire, on entre dans le dialogue et on constate que Dieu nous interpelle, nous remet en question, nous taquine avec doigté, il s’enveloppe dans le silence ou il boude, il nous sourit.... Mais nous ne sommes pas seuls ; avec nous nos pères et nos mères dans la foi, notre père Abraham, notre mère Sara, Moïse l’intercesseur, Myriam et ses timbales, David dansant, Jérémie qui menace, Job qui se lamente, Marie qui exulte et la pécheresse et ses parfums.... c’est avec eux tous que nous sommes à l’écoute de Dieu et tentons de lui répondre.

 

Prier avec la Bible, c’est être présent, écouter, discuter, participer aux jeux…

 

 

 

Hermann-Josef Venetz

 

Traduction Christiane Gaeumann

 

 

 

 

 

 

 

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17/05/2015

examen de conscience

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Dernièrement sur Internet je suis tombé par hasard sur un cours de maîtrise donné par le célèbre pianiste Menahem Pressler. Il fêtera cette année ses 92 ans et il est toujours émerveillé et passionné. Il était entouré de jeunes gens venus perfectionner leur technique et leur capacité d’expression. Il leur disait : „J’aime la musique, j’aime le compositeur, j’aime le public, j’aime ce que je fais.“

 

La jeune pianiste qui jouait à ce moment m’a ému par son jeu. En observant le visage du maître, j’en conclus qu’il appréciait aussi ce qu’il entendait, puis je remarquai que ses traits se tendaient de plus en plus. Subitement il s’écria : „ Non,  non et  non ! ça ne va pas comme ça !“ Je trouvai son intervention plutôt sévère et même injuste.

 

Puis il continua : „Jusqu’à présent, tu aimais ce que tu faisais, et j’ai bien aimé aussi ce que j’entendais. Mais maintenant tu cherches à impressionner. Quand on aime, on veut donner quelque chose, donner de sa personne, tu donnes de ta personne. Mais maintenant tu ne veux que recevoir : des applaudissements, le succès, l’admiration. C’est nul.“

 

Ce cours du grand maître nous pousse à l’examen de conscience – moi-même et aussi d’ailleurs ceux qui sont engagés d’une façon ou d’une autre envers un public, tels les musiciens, les enseignants, les prêtres ou les politiciens par exemple.

 

Quelle est ma motivation quant à mes paroles et mes gestes ? Est-ce l’amour ? l’amour du prochain ? l’amour de ma mission ? Ou alors suis-je en quête d’applaudissements ? ou à la recherche d’éventuels compliments ?

 

Et voici que me vint à l’esprit le texte de Paul, dans 1 Corinthiens 13:

 

Si je parle les langues des  hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit.

 

Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance...., mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.

 

Hermann-Josef Venetz

 

Traduction Christiane Gaeumann

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26/04/2015

La Galilée

 

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Pour les grands-prêtres et les Pharisiens, aucun prophète ne peut sortir de Galilée et d’ailleurs rien de bon ne peut venir de Galilée.

 Pourtant la Galilée était un pays richement doté: un sol fertile, une agriculture saine et variée, une pêche fructueuse et d’habiles artisans très appréciés...

 Mais à quoi servent toutes ces richesses et ces infrastructures bien pensées si les biens sont mal répartis ? Seules quelques familles pouvaient vivre dans l’opulence : les grands propriétaires terriens, les hauts fonctionnaires, les commerçants de gros. Au sein de la classe moyenne, on comptait des artisans, des gérants de modestes commerces, des pêcheurs et des petits paysans, pour autant qu’ils  n’aient pas été dépossédés de leurs terres. Mais la grande majorité du peuple vivait dans la pauvreté. Dans les évangiles, il est souvent question de mendiants, d’esclaves, de personnes endettées, de chômeurs, d’aveugles, de paralysés, de lépreux, de malades mentaux.

 Là où le fossé se creuse entre riches et pauvres, la résignation est répandue. Beaucoup de gens quittaient le pays ou passaient dans l’illégalité. La Galilée était aussi une terre de rébellion et d’insurrection...

 Mais c’est justement en Galilée que Jésus paraît. Maintenant le temps est venu: maintenant c’est Dieu qui tient les rênes; nous pouvons nous mettre en route en confiance. Et c’est justement en Galilée que cet appel se concrétise. La femme courbée se redresse, le paralysé se lève et marche, les pêcheurs et les prostituées retrouvent une place dans la société, et tout ça, c’est la Galilée.

 Mais bientôt tous ces gens n’écoutent plus Jésus. Ils ne font que l’épier pour tenter de découvrir quelque chose leur permettant de le dénoncer aux Romains. Sa famille le prenait pour un fou. Ses propres apôtres ne le comprenaient plus. Pierre, son plus proche collaborateur, le renie.... ça aussi, c’est la Galilée.

 Jésus est mis à mort à Jérusalem, la ‘ville sainte’, parce que là on ne le supporte plus. Il dérange les puissants, les prêtres et les Romains, en contrariant leurs intérêts.

 A la fin de l’Évangile de Marc, le messager de Dieu se tient devant le tombeau vide. Il transmet aux femmes le message pascal : Allez maintenant dire ceci à ses disciples, y compris à Pierre: Il va vous attendre en Galilée; c’est là que vous le verrez. Il ne les envoie pas à travers le monde et pas au Temple non plus. C’est en Galilée qu’ils Le verront, là où tout a commencé et où ils reprendront le chemin avec Lui.

 Galilée. Peut-on associer la Galilée à notre monde actuel ? à notre époque ? à notre quotidien fait de contradictions et de tracas ? Le message pascal pourrait aussi nous concerner : ici, dans notre Galilée, nous Le verront – dans chacune des personnes avec laquelle Il s’identifie, aujourd’hui encore : avec les malades, les chômeurs, les étrangers, les détenus. Le voir, Le suivre, signifie s’approcher sans crainte des démunis, partager le pain avec eux, les prendre dans nos bras, rester un peu avec eux, marcher avec eux vers la croix...

 

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 Galilée – ici, maintenant, chez nous?

 

Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

 

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23/04/2015

Le pain partagé

 

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Dans notre tradition religieuse, le pain joue un rôle substantiel.

 Rappelons-nous les origines de notre histoire avec Dieu. Il a pitié de son peuple affamé dans le désert et lui envoie la manne (Exode 16).

 Au cours de l’histoire, on voit que Dieu ne se met jamais tant en colère que contre l’inflexible rigidité des nantis quand il s’agit de partager avec les plus démunis (Siracide 34).

 Lorsque Jésus enseigne la prière aux siens, il y place la demande pour le pain quotidien au centre. Il leur enseigne: Toutes les fois que vous l’avez fait  à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait; car j’ai eu faim  et vous m’avez donné à manger… (Matthieu 25).

 Avant sa passion et sa mort – pour ainsi dire en guise de testament – Jésus participa au repas de la Pâque. Il prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le rompit et le donna à ses disciples (Marc 14). Et depuis, rompre le pain et le partager est le geste le plus significatif des disciples du Messie Jésus.

 Dieu n’a pas donné le pain aux hommes pour qu’ils l’honorent mais pour qu’ils s’en nourrissent et le partagent avec ceux qui ont faim. Chaque jour, 25 000 personnes meurent de sous-alimentation.

 Ces prochains dimanches, dans nos régions, nous fêterons les premiers communiants. On leur apprend – en compagnie des adultes – à partager le pain ensemble et aussi avec les plus pauvres de ce monde.  Dommage que ce repas messianique tourne en rite un peu insipide, accompagné de théories compliquées sur la transsubstantiation et de rubriques discutables sur la façon de recevoir la communion, dans la bouche ou sur la main, en formant une queue comme devant un guichet de gare.

 Mais personne ne pense à la faim dans le monde.  C’est comme si on identifiait le Dieu de l’Exode et son Messie Jésus à une hostie et non aux hommes souffrant de famine.

 Ce n’est pas dans l’hostie que Dieu apparaît, mais bien dans le partage.

 Hermann-Josef Venetz

Traduction Christiane Gaeumann

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14/04/2015

Le cadeau de Pâques

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 Une fois, Jésus s’adressa à un paralytique en lui disant : Tes péchés te sont pardonnés! Les théologiens protestèrent : Qui donc peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? Et ils avaient raison.

 Le péché – lorsqu’il est bien compris – touche de trop près à l’essence de la Création et à la substance de l’humain pour qu’il puisse tout simplement être absous. Pardonner les péchés n’est pas un acte administratif mais un processus créateur ... et dans ce sens, Dieu seul est créateur.

 Voici ce que l’apôtre Jean a retenu de la première rencontre du Ressuscité avec les disciples  venant à lui (20,19-23) : Jésus, debout au milieu d’eux, leur dit : La paix soit avec vous ! Puis il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés obtiendront le pardon; ceux  à qui vous refuserez le pardon ne l’obtiendront pas.

 Ces mots ne sont pas une procuration donnée aux prêtres ou aux évêques, mais ils signifient plutôt : cela vous concerne tous. Si vous n’accordez pas votre pardon, qui pardonnera ? Les successeurs des apôtres et des disciples sont toute la communauté ecclésiale et, par extension, tous les hommes de bonne volonté.

 Il est ressuscité ! Ce sont les mots que le pape proclame à Pâques, ubi et orbi, et qui signifient encore : l’ancien est dépassé, le nouveau est arrivé. Un nouveau comportement envers notre prochain est devenu possible, plus créatif et fraternel. Les temps de violence et de représailles sont dépassés. Fini le temps des rancunes et des comptes à régler. Il n’est plus nécessaire de stigmatiser quelqu’un à cause de son passé, de sa culpabilité, de ses erreurs. On peut se rapprocher les uns des autres dans le pardon libérateur. Vous pouvez vous aider les uns les autres à mieux vivre tout en vous laissant respirer – d’ailleurs même dans le premier sens du terme, en prenant soin de la propreté de l’air que vous respirez, mais aussi en oubliant vos préjugés. De plus, en vous engageant  auprès des malades, des enfants et des requérants d’asile.

 Si ce n’est pas vous, alors qui le fera ?

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gaeumann

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05/04/2015

Proclamer la mort de Jésus!

... comme une bonne nouvelle, comme un heureux événement ? C’est ce que font les chrétiens et les chrétiennes dans chacune des célébrations de l’eucharistie quand ils chantent : Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus ... Seule une telle proclamation est en mesure, en quelque sorte, de percer le mystère de Jésus – et le mystère de nos vies. Comme les chrétiennes et les chrétiens qui croient que quand il se met à table avec les publicains et les prostituées ou qu’il embrasse les lépreux, pour Jésus c’est Dieu même qui est à l’oeuvre. Ils croient également que Dieu est totalement concerné par la mort de Jésus. Dans la mort de Jésus Dieu lui-même s’est livré aux hommes jusque dans les abysses de leurs souffrances et leur mort. C’est la mort de Jésus qui a fait de Dieu totalement notre Dieu. En réalité c’est cela la bonne nouvelle du Vendredi Saint.

 

Proclamer la mort du Seigneur signifie également que nous osons regarder la mort en face, notre propre mort et celle de tous ceux que nous avons perdus autour de nous. Les croyants ont le droit d’être réalistes. Ils n’ont pas besoin d’enjoliver les choses. Ils peuvent appeler un chat un chat. Les chrétiens, les croyants en Jésus-Christ en annonçant la mort de leur Seigneur font ainsi comprendre qu’ils sont conscients de l’injustice répandue dans le monde, que cela les concerne et qu’ils ne sont pas prêts à enjoliver les choses. Pour les croyants, la famine n’est pas une fatalité mais une injustice. L’armement n’est pas une contrainte, mais un aveuglement face aux tourments de ce monde. Les règlements pour les requérants d’asile ne témoignent pas d’une intelligence politique mais plutôt d’un égoïsme national.

 

Nous proclamons la mort du Seigneur les yeux grand ouverts et persuadés qu’aucune souffrance, aucune peur, aucune malédiction et aucune mort n’arrive sans que l’Eternel y manifeste sa présence aimante et passionnée.

 

Dans le fond, c’est ça la foi en la résurrection.

 

Hermann-Josef Venetz

 

Traduction : Christiane Gaeumann

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18/03/2015

Prends - moi

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 Il y a quelque temps j’ai découvert un cantique dont je ne connaissais – à ma grande honte - ni le texte ni la mélodie, et pourtant c’est un cantique de notre recueil ordinaire de cantiques.

 La première strophe commence ainsi :

 Prends-moi, souffle divin, allume le feu,

 montre-moi le chemin, donne-moi les réponses qui me guideront dans ma vie.

 Il s’agit là d’un cantique au Saint Esprit. La signification première du mot hébreu pour Esprit, ruach, peut se traduire par ‚souffle’, ‚respiration’, ‚vent’, ‚tempête’. Une chose est certaine, ce mot hébreu est du genre féminin. On a aussi déjà associé ce mot ruach au côté féminin de Dieu. Il n’est donc pas trop audacieux d’y voir une touche d’érotisme.

 Cette touche d’érotisme se retrouve dans la seconde strophe qui débute ainsi :

 Viens, Esprit Saint, me toucher...

 On trouve également d’autre invitations de ce genre dans le cantique :

 Réveille-moi, caresse-moi, entraîne-moi....

 Le cantique en appelle au saint souffle:

 Allume ton feu.

 Cela pourrait nous inquiéter, car un souffle enflammé risque de nous brûler. Mais je repense aux paroles de Jésus en Luc 12,49 :

 

Je suis venu jeter un feu sur la terre,

 et comme je voudrais qu’il fût déjà allumé.

 

C’est le feu de la passion que le théologien et pasteur Kurt Marti nomme la passion de Dieu pour le monde (Weltleidenschaft Gottes).

 Par ce cantique j’implore le souffle saint de m’accorder le feu de la passion:

 Montre-moi le chemin, donne-moi les réponses qui me guideront dans ma vie.

 Le souffle saint, la passion de Dieu pour le monde, c’est ce qui montre le chemin et qui donne les réponses pour la vie. Cela me rappelle le Deutéronome 4,24 quand Dieu dit de lui-même :

 Car le Seigneur votre Dieu est un feu dévorant,

 il est un Dieu passionné.

 Qui dit Dieu dit passion. Et le chemin qu’il désigne, c’est un chemin de ferveur, tel que Jésus l’a parcouru aussi (Luc 12,49):

 Je suis venu jeter un feu sur la terre,

 et comme je voudrais que déjà il fût allumé.

 C’est ce souffle saint que je sollicite pour me consumer passionnément avec Jésus.

 Une prière engagée et ... risquée.

 Hermann-Josef Venetz

Traduction : Christiane Gaeumann

 

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13/03/2015

Viens éclairer...

 

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 On peut vivre parfois des jours et des semaines sans inspiration valable, et lorsqu’une idée apparaît, elle éclate et disparaît aussitôt comme une bulle de savon. L’hymne au Saint Esprit, que j’ai déjà présenté dans ce cadre, exprime presque exactement cet état d’esprit. Le texte de la 4e strophe dit:

 Viens Esprit saint m’éclairer de décision et de conseil.

 Dis le Seigneur fait aujourd’hui ce qu’il a fait dans le passé.

 Ce qui mérite réflexion, c’est que l’Esprit divin, le Souffle saint, ne m’éclaire pas seulement de bon conseil. Un bon conseil peut valoir cher, mais rien de plus facile que de donner un conseil. C’est pourquoi je trouve cette requête si importante : Eclaire-moi de décision et de conseil. Et ‚décision’ passe avant ‚conseil’. Ce qui nous manque, ce ne sont pas les conseils mais bien la faculté de décider de mettre en oeuvre, de pouvoir passer du conseil à l’action. Et c’est là que nous avons besoin de la lumière de l’Esprit saint.

 Le Souffle divin voudrait nous le rappeler :

 Le Seigneur fait aujourd’hui ce qu’il a fait dans le passé

 Et qu’a-t-il fait dans le passé ? Prenons la Bible en main :

 Au commencement Dieu a fait le ciel et la terre...

 Dieu créa les êtres humains comme une image de lui-même… il les créa homme et femme. Puis il les bénit...

 

Et l’histoire continue :

 Le Seigneur Dieu prit de la poussière du sol et en façonna un être humain et insuffla

 dans les narines le souffle de vie...

 Et ainsi de suite....

 Mais l’Esprit saint nous dit : Ce ne sont pas seulement des événements du passé, ce que Dieu fit alors il le fait encore aujourd’hui.

 C’est ainsi que dans l’hymne, le Souffle divin nous entraîne dans le maintenant de Dieu. Et c’est notre maintenant.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gaeumann

 

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12/03/2015

Eveille-moi, Souffle divin,

 

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Lorsqu’on s’est trouvé longtemps au service de personnes ou de causes, la routine peut s’installer, on perd l’intérêt, la motivation; on s’ennuie, on se fatigue. C’est la situation que vise l’hymne au Saint Esprit lorsqu’il commence par une invite : Prends-moi Souffle divin…

  La troisième strophe l’exprime ainsi :

 Eveille-moi, Souffle divin,

 Fais que je sois à nouveau prêt

 à entrer en action contre la tristesse.

  Que ce Souffle divin me réveille, me secoue, m’anime, m’enflamme; que mon regard reconnaisse à nouveau le charme, la séduction de la tâche, afin que je sois à nouveau prêt à reprendre du service.

 Ce qui me surprend c’est que j’ai été ordonné prêtre à Sion il y a plus de 50 ans. Je m’étais alors mis à disposition  pour un service envers une communauté, envers des personnes qui cherchaient de l’orientation et de l’aide. Je comprenais ce service comme être au service de. Mais l’hymne nous présente un service contre – un service contrela tristesse. Cela ne signifie pas que je doive me présenter en humoriste ou en clown ou que je sois en permanence d’humeur joyeuse avec toujours un bon mot à la bouche. Tous les malheurs du monde, la famine qui s’étend, la terreur, les flux incessants de réfugiés, les perpétuels échecs et la dépression partout répandue – on pourrait les résumer en un mot: la tristesse du monde – ne se laisse pas escamoter par une plaisanterie. Il est bien plutôt question de se laisser immerger sans résistance dans la passion de Dieu pour le monde tel qu’il est, et qu’Il aime si passionnément qu’Il veut sans cesse l’éveiller à la vie et à la joie.

 

 Hermann-Josef Venetz

Traduction: Christiane Gaeumann

 

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11/03/2015

Prends-moi... entraîne-moi...

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Chagall: Cantique des cantiques

L’hymne au Saint Esprit, dont il a été question à plusieurs reprises ici, nous surprend quant à la variété des noms, des images et des invites impliquant le Saint Esprit. On l’appelle tantôt le Souffle saint ou encore l’Esprit divin. Il s’embrase, il m’indique le chemin, il répond à mes questions existentielles. Il m’enseigne à croire; il m’éveille, m’éclaire et me prépare à mon service. La dernière strophe l’exprime également :

 Prends-moi, souffle divin; Esprit saint, entraîne-moi.

 Merci Christ pour la mission, merci de me permettre de servir.

 Cette invite au Souffle divin à me toucher et à l’Esprit saint à m’entraîner, ce n’est pas nouveau après les strophes précédentes, mais cette proximité, cette familiarité me rendent toujours heureux. L’important dans cette dernière strophe, c’est de bien comprendre sa dernière ligne, toute consacrée aux remerciements.

 D’abord il est question du merci au Christ pour la mission confiée. En quoi consiste cette mission ? Jésus rassemble autour de lui des hommes et des femmes, non pas pour qu’ils le vénèrent. Il partage avec eux sa propre mission qui est de délivrer les hommes de leurs divers oppressions et aveuglements, d’aider les malades à se relever, de leur faire découvrir l’arrivée du Royaume de Dieu au quotidien (voir Luc 10). Car Jésus, le fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour se faire servir , mais il est venu pour servir (Marc 10,45), et il a ainsi montré la direction à ceux qui le suivaient.

 Ensuite il y a le merci de me permettre de servir. Là également il n’est pas question en premier lieu du service au Seigneur, mais bien du service aux indigents, aux pauvres, aux réprimés, aussi nombreux aujourd’hui qu’à l’époque. Certes Dieu nous a créés pour le louer, pour le servir, comme on le lit dans le Catéchisme de l’Eglise catholique. Pour ma part je trouve plus important le raisonnement du théologien Duns Scot (1265-1308) qui explique que Dieu nous a créés parce qu’il nous veut associés dans l’amour. Servir signifie pour nous être associés à Dieu dans l’amour réciproque. C’est ainsi que nous sommes le plus proches de Lui.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gaeumann

 

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27/02/2015

Viens me toucher...

 

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 Il y a quelque temps, je repensais à un cantique au Saint Esprit qui commence par ces mots : Prends-moi souffle divin. Ces mots prends-moi comportent sans conteste une touche d’érotisme, non pas l’érotisme uniquement en lien avec la sexualité, mais surtout avec l’attirance sensuelle, magique, charmeuse, ensorcelante. Les biblistes scientifiques n’hésitent pas à placer le Cantique des cantiques de l’Ancien Testament dans la littérature érotique, même si l’érotisme exprimé renvoie à la réciprocité de la relation de Dieu avec les hommes.

 La seconde strophe va dans la même direction :

 Esprit divin, viens me toucher…

 Les deux mots ‚viens’ et ‚toucher’ expriment aussi de la tendresse, et même de l’intimité. Et cette tendresse n’en est pas moindre si on explique ce qui est touché :

 mon moi caché.

 J’ai peut-être un peu de peine à me l’imaginer : il y a en moi une profondeur inconnue qui m’est cependant plus proche que je ne le suis de moi-même. Ce moi  je l’abandonne à la caresse de l’Esprit divin. Rappelons-nous : l’esprit divin, c’est la ruach, mot hébreu d’origine féminine.

 Et c’est à la ruach que j’adresse cette prière : Apprends-moi à croire fermement. Ce moi enfoui doit aller s’initier auprès de la ruach pour que ma foi y gagne en détermination :

 pour apprendre à croire fermement que Jésus m’attend.

 Jusque-là c’est nous qui attendions, nous qui étions en attente. Dans le cantique, c’est Jésus qui m’attend, lui le confident, l’ami, celui qui m’est proche physiquement, comme on le lit à maintes reprises dans les évangiles.

 Cette pensée me touche beaucoup : Jésus m’attend.

 A-t-il donc le désir de moi ?

 Alors il a aussi le désir de toi, de nous tous.

En rédigeant en ce moment une homélie pour Pâques, je me dis que cette bonne nouvelle devrait toucher chacun et chacune d’entre nous : Jésus nous désire. Mais comment rendre ce message compréhensible et crédible ?

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gaeumann

 (image: Chagall)

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20/02/2015

„Sois une bénédiction...“

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C’est l’appel de l’Éternel à Abraham pour faire de son peuple un grand peuple. „Par toi se béniront tous les clans de la terre“ (Genèse 1)

 L’évangile de Mathieu commence par une liste des générations – d’Abraham à David, de David à l’exil à Babylone, de l’exil au Messie Jésus – et la bénédiction d’Abraham vaut pour toutes les générations (Mathieu 1).

 Cette bénédiction ne s’arrête pas à Jésus Christ, bien au contraire; lui il voit dans la femme méprisée et courbée „une fille d’Abraham“ (Luc 13). Et lorsque Jésus pénétra comme hôte chez le riche Zachée, il a dû expliquer à la foule irritée que „lui aussi est un fils d’Abraham“ (Luc 19).

 Pour saint Paul, „ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham le croyant“ (Epître aux Galates 3,9). Cette bénédiction passe par toutes les générations et jusqu’à nos jours, car „en toi seront bénies toutes les nations“.

 Mais que signifie ‚bénir’ ? Lorsque je bénis quelqu’un, je lui souhaite solennellement une vie épanouie avec tout ce que cela comporte : le bonheur, la joie, la paix. Une vie de plénitude telle qu’elle est conçue et voulue par Dieu. Cette bénédiction n’exclut personne, elle concerne tous ceux qui croient à la vie puisqu’elle est destinée „à tous les clans de la terre“. Et chacun de nous est apte à dispenser une bénédiction, nul besoin de spécialiste. Quand on tente de refuser sa bénédiction à qui que ce soit, c’est tout un flux de vie et d’assistance qui en est tari, faisant ainsi obstacle au flux divin.

 Quand un évêque interdit à un prêtre de bénir un couple homosexuel, il tente de figer le flux divin. Mais ça, c’est tout simplement impossible – Dieu merci. Et toutes les protestations, toutes les exclusions, n’y changeront rien.

 J’aimerais encourager la communauté à soutenir ces partenaires qui s’aiment et à les accompagner en les bénissant, partout où le Saint Esprit les pousse.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gaeumann

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04/02/2015

Croire quand même!

rose-neige.jpgZvi Kolitz (1912-2002) était un écrivain et journaliste israélien née en Lituanie. A l'époque de l'extermination des Juifs, durant la Seconde Guerre mondiale, ce qui l'intriguait principalement, c'était de comprendre comment si et comment l'homme pouvait croire en Dieu malgré les persécutions et le malheur. Un version raccourcie de son texte, Yossel Rakover s'adresse à Dieu, nous est parvenue par divers chemins.

 Mon rabbin m'a mainte fois raconté l'histoire d'un Juif qui, avec sa femme et leur enfant, avait fui l'inquisition espagnole. Il avait pris la mer à bord d'un petit bateau, et réussi malgré la tempête à gagner un îlot rocailleux. Là un éclair foudroya la femme. Puis une tornade emporta l'enfant dans les flots. Seul, malheureux comme les pierres, en loques et pieds nus, fouetté par le vent, épouvanté par le tonnerre et les éclairs, échevelé et les mains levées vers le ciel, le Juif a poursuivi son chemin sur le roc désolé et s'est adressé à Dieu : Dieu d'Israël, dit-il, j'ai fui jusqu'ici pour pouvoir te servir librement, pour observer tes commandements et sanctifier Ton nom. Mais Toi, tu fais tout pour m'empêcher de croire en Toi. Cependant, si Tu penses réussir à me détourner du droit chemin par ces épreuves, je Te crie, mon Dieu et Dieu de mes ancêtres : Tu en seras pour Ta peine. Tu as beau m'offenser, me fustiger, Tu as beau m'enlever ce que j'ai de plus cher et de plus précieux au monde, me torturer à mort – je croirai toujours en Toi. Je T'aimerai toujours, toujours – envers et contre Toi.

 

Écoute, Israël, l’Éternel notre Dieu, l’Éternel est Un.

 

Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Christiane Gäumann

 Copyright 1998 Calmann-Levy

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28/12/2014

le Pape Parle: Merci

 

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Chers amis, avec soulagement je vous offre ces paroles de notre pape François : il dit la vérité. Ce que François dit de l’Église à laquelle, comme lui, j’appartiens, me concerne aussi. Cela nous concerne tous et c’est la raison pour laquelle j'écoute ce que dit François et je vous le passe en sachant que vous serez heureux/ heureuses d'écouter l’évangile… chez nous. Lisons les quatre évangiles et nous entendrons le Pape François nous parler. Alors, ouvrons nos cœurs :

 

Je crois que chaque « supérieure » à la carrure évangélique de François pourrait en dire autant de sa « petite curie » à elle, à lui, à la direction  de son institution (Institution d’hommes et ou de femmes)  qu’elle ou qu’il dirige parfois davantage avec la tête que le cœur.

 

 

 

« Le pape François dénonce les «maladies» menaçant la curie romaine

 

Le pape François lors de l'audience aux employés du Vatican le 22 décembre 2014 au Saint-Siège .

 

«Alzheimer spirituel, fossilisation mentale, têtes d’enterrement...»: Le pape François a dressé lundi devant la curie une liste des maux qui la menacent, dans un discours illustrant son intransigeance au risque d’aggraver les tensions au sein du Vatican.

 

Dans ses voeux au gouvernement de l’Église, le pape argentin a énuméré quinze «maladies» dans un réquisitoire condamnant, sans désigner personne nommément, la mondanité, l’hyperactivité, la manipulation des collaborateurs, la corruption des mœurs, les rivalités, les calomnies et la zizanie.

 

 

 

Dans le cadre très solennel de la Salle Clémentine au Vatican, il a ainsi convié les membres du haut clergé à «un véritable examen de conscience».

 

«L’Alzheimer spirituel», «la fossilisation mentale et spirituelle», «le coeur de pierre», «le terrorisme des bavardages», «la schizophrénie existentielle» menacent les cardinaux. Mais aussi «l’exhibitionnisme mondain», «la planification d’expert-comptable», «les cercles fermés», «les têtes d’enterrement»...

 

«La guérison est le fruit de la prise de conscience de la maladie», a plaidé le pape, dans un silence de plomb, en appelant les cardinaux à laisser «l’Esprit saint» inspirer leurs actions, sans se reposer sur leurs dons intellectuels ou d’organisation.

 

Depuis son élection en mars 2013, François avait déjà souvent tempêté contre des attitudes mondaines, carriéristes voire dissolues, mais jamais en des termes aussi virulents.

 

Il a appelé chacun à ne pas tomber dans les différents pièges que tend le pouvoir clérical.

 

«Ce n’est pas le discours d’un grand patron qui annoncerait la restructuration de son entreprise, ou de celui qui chercherait à déclencher une chasse aux sorcières», analyse le vaticaniste Andrea Tornielli.

 

«Le pape parle dans une perspective totalement évangélique, invitant tout le monde, y compris lui-même, à se convertir», estime-t-il.

 

Facétieux, le pape argentin a évoqué la tentation de «se sentir immortel» et a invité les prélats à se rendre dans les cimetières où reposent «tant de gens qui se considéraient comme indispensables».

 

Lui qui ne prend jamais de vacances a conseillé à ses collaborateurs d’éviter la «maladie» de l’hyperactivité. Il s’en est aussi pris aux «têtes d’enterrement», appelant à ne jamais perdre «l’autodérision».

 

«Cela fait du bien une bonne dose d’humour!», a-t-il lancé aux cardinaux.

 

- A la une des journaux -

 

La double vie est un des fléaux les plus graves dénoncés : certains «créent leur monde parallèle, dans lequel ils mettent de côté ce qu’ils enseignent avec sévérité aux autres et mènent une vie cachée et souvent dissolue». Certains prélats «sont totalement prisonniers de leurs passions, leurs caprices et leurs manies», a insisté Jorge Bergoglio.

 

Fustigeant la calomnie, il a fait état du cas d’un prêtre du Vatican «qui appelait les journalistes pour raconter et inventer des choses sur la vie privée de ses confrères» afin d’être «à la une des journaux».

 

Il a aussi dénoncé implicitement la lutte de pouvoirs qui se poursuit aujourd’hui dans le petit Etat, parfois entre pro et anti-Bergoglio : «Certains sont capables de calomnier, diffamer et discréditer les autres, jusque dans les journaux».

 

Des cardinaux se sont ainsi querellés par médias interposés autour du synode d’octobre sur la famille, en particulier sur la question des divorcés remariés et des homosexuels. D’autres sont même ouvertement hostiles au souverain pontife en lui reprochant son style jugé brusque, autoritaire et non conventionnel.

 

Le «pape de l’autre bout du monde», qui a expliqué qu’il se sentait parfois «anticlérical», a engagé une profonde réforme de la curie, qui devrait se traduire par des fusions de «ministères» et une ouverture aux laïcs, mais pas avant 2016.

 

Pour tenter de détendre l’atmosphère à la fin de son discours, François a conclu sur une boutade montrant que son exigence ne signifiait pas, loin de là, qu’il tenait tous les membres de la curie en piètre estime : «Les prêtres sont comme des avions. Ils font la une quand ils tombent, alors qu’il y en a tant qui volent». AFP

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17/12/2014

...sinon rien d’autre!

 

 18519772.jpgDes journalistes posèrent la question suivante à Hugo Lötscher, écrivain suisse de renom (1929-2009) :

 »Quelle confiance accordez-vous à l’avenir ?«

 Il répondit :

 »J’ai perdu ma religion, je n’ai plus de ciel, plus d’après. Il ne me reste rien d’autre que d’aimer ce monde. Sinon rien d’autre!«

 Beaucoup seront surpris d’une telle réponse, et peut-être même déçus. Non seulement Hugo Lötscher a laissé une œuvre littéraire riche, il a été aussi honoré par de nombreuses distinctions; il a enseigné dans bien des universités réputées d’Europe et des États-Unis, d’Amérique latine et de Chine. On attendrait donc de sa part une réponse de plus grande portée, plus significative, plus imposante.

 

 Ce n’est pas mon avis. Quand on pense à tout ce qu’on peut comprendre sous ‚religion’, à toutes les images banales qu’on peut se faire du ‚ciel’, et l’angoisse qui peut nous étreindre en pensant à l’’après’ ... Il y a toutefois un élément qui dépasse largement religion, ciel et autre ‚après’ : aimer ce monde. C’est ainsi qu’on peut rendre le monde, et soi-même, plus heureux.

 Et la dernière phrase : Sinon rien d’autre en perd de sa tristesse, elle résonne plutôt comme une délivrance hautement libératrice.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction: Christiane Gäumann

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16/12/2014

POURQUOI?

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Pourquoi ?

 Dans le Psautier de l’Ancien Testament, le livre de prières de l’Eglise, on trouve à pratiquement vingt reprises cet appel pressant ou ce cri vers Dieu : pourquoi… ? En voici quelques exemples:

 

Pourquoi te tiens-tu éloigné, pourquoi te caches-tu dans la détresse...? (Ps 10,1)

de l'atelier Lanzo del Vasto

Pourquoi m’as-tu oublié ?  (42,10)

 Pourquoi donc m’as-tu repoussé ? (43,2)

 Pourquoi refuses-tu de nous voir, et oublies-tu nos misères, nos détresses ...? (44,25).

 Pourquoi ? c’est l’expression que nous utilisons quand il nous arrive quelque chose que nous ne comprenons pas ou quand nous sommes embarrassés ou déçus.

 C’est ce mot que nous lançons quand nous nous tournons vers Dieu en le suppliant, le priant ou en criant vers lui. Ce pourquoi signifie aussi clairement que Dieu est le Tout-Autre, l’Inaccessible.

 Le Psautier était aussi le livre de prière de Jésus. Je suis persuadé qu’il n’a pas simplement ignoré tous ces douloureux pourquoi et qu’il ne les a pas mis de côté; il était lui-même investi dans le pourquoi. Les évangélistes Marc et Matthieu n’ont pas hésité à prêter à Jésus sur la croix l’appel dramatique du Psaume 22:

 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Marc 15,34; Matthieu 27,46).

 D’ailleurs le pourquoi n’est-il pas inhérent à notre humanité ? à notre relation à Dieu ? Et ne fait-il pas également partie de nos relations personnelles ?

 Si dans chaque événement, chaque situation, chaque personne, chaque relation tout était toujours clair et net, il n’y aurait pas de secret, pas de non-dit et ainsi pas de pourquoi. Mais le monde et la vie seraient ennuyeux. Et une vie ennuyeuse, sans surprise, sans secret, mérite-t-elle le qualificatif de vivant ? Notre pourquoi n’est pas forcément l’expression d’attente déçue; cela peut refléter notre curiosité attentive, notre ouverture envers ce que la vie nous apporte. Le pourquoi en témoignage de relations vivantes.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction Christiane Gäumann


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08/12/2014

Le Nom

 6f47f9ec.jpgNous avons souvent du mal à nous concentrer sur Dieu, nous n’avons pas le temps, nous sommes dissipés et souvent distraits.

  Du côté de Dieu, c’est tout à fait différent : c’est dans sa nature d’être complètement présent, complètement chez nous. C’était – et c’est – sous son nom qu’il se présente à Moïse près du buisson ardent :

 Je suis celui qui suis, je suis chez toi, je vais avec toi.

 Ce ne fut pas – et ce n’est pas – un épisode fugace, une rencontre éphémère qui eu lieu il y a fort longtemps. Dieu poursuit ainsi son discours à Moïse :

 Tu diras ainsi aux fils d’Israël : L’Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham , le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous : c’est là mon nom éternellement, et c’est  là mon mémorial  de génération en génération. (Exodus 3,14-15)

 Pour moi, deux éléments sont remarquables et porteurs pour ma foi :

 • Lorsque l’Éternel se présente devant Moïse, il se donne un nom par rapport à un homme concret – il n’en a apparemment pas d’autre à disposition. Il est le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, et on pourrait continuer : le Dieu de Sara, de Rebecca et de Hagar, le Dieu de Moïse et de Myriam, et ainsi de suite : le Dieu de Samuel, de David et de Josué, le Dieu de Jésus et de Marie, de Pierre et de Jean, le Dieu de Martin Luther King, de Mère Teresa et d’Oscar Romero... Et sans tous ces gens, on ne pourrait pas se représenter Dieu et l’appeler par son nom.

 • Et ce Dieu n’est pas un Dieu distant, mais bien un Dieu qui est et qui est avec l’homme et qui va avec lui, et avec toi, et avec moi....

 C’est cela sa nature et son nom.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction: Christiane Gäumann

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21/11/2014

La révolution des cœurs

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La particularité de l’éthique chrétienne, c’est la ‚révolution des cœurs’, comme je le lisais dernièrement dans un article.

 Il est indéniable que le christianisme avait et a d’importantes exigences éthiques, dans le passé comme de nos jours. Nous ne devrions pas oublier que l’éthique chrétienne ne serait pas ce qu’elle est sans l’Ancien Testament et le Judaïsme. On peut même affirmer que l’éthique chrétienne n’apporte pas beaucoup de ‚nouveautés’ par rapport au judaïsme. La communauté de partage, la protection de la veuve et de l’orphelin, le soin aux démunis, la remise des dettes, l’amour de l’ennemi, etc. sont des visions que le christianisme doit beaucoup au judaïsme. Et aucune de ces visions n’avait l’ambition de conduire uniquement à une ‚révolution des cœurs’ , ni dans le judaïsme ni dans le christianisme. D’ailleurs en aucun cas dans le judaïsme, car là on ne fait pas les choses à moitié : on a des lois sur l’élevage des animaux, sur la des dettes, sur l’asile, sur les soins aux pauvres et beaucoup d’autres problématique. Il ne s’agissait pas seulement de changer les cœurs, mais aussi la société.

 

Les chrétiens et les chrétiennes d’autrefois – et aujourd’hui encore – ne se sont pas distingués de leur entourage et n’ont heurté personne en pratiquant une éthique spécialement rigoureuse. C’est par la reconnaissance du Christ crucifié comme Messie et Fils de Dieu que l’impulsion fut donnée. Ces mots bien connus ... dans la mesure où vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Matthieu 25,40) ne provoquent pas en tant qu’exigence éthique. Ce qui était et est scandaleux dans ces paroles, c’est que le Fils de Dieu, Roi et Juge, s’identifie aux plus petits, avec ceux qui ont faim, avec les prisonniers, les malades et les étrangers. On pourrait encore ajouter les requérants d’asile et autres réfugiés, les chômeurs et les refoulés. Reconnaître Jésus en sa qualité de Messie et Fils de Dieu ne se passe pas uniquement dans le cœur, c’est un acte éminemment politique. C’est pourquoi ceux qui veulent se débarrasser de Jésus et de ses disciples sont principalement des responsables politiques et religieux. La reconnaissance de Jésus et de ses gestes concrets ne convient à aucun des systèmes politiques existants ni à aucun des partis politiques.

 Hermann-Josef Venetz

Traduction : Christiane Gaeumann

 

 

 

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