27/03/2014

Tant de ressemblances!

 


Changement 

 Le monde change. Nous sommes le monde : des racines aux sommets, le monde change bottom-up et jamais top-down simplement par ce que la sève monte.

 L’Église catholique semble être un monolithe coulée comme un bloc de béton dans les structures vaticanes transformées en État. Cela peut-il changer pour rester au cœur du Monde ?

 Le « grassroot movement » lancé par Jésus pour construire un royaume ou une famille a survécu et survit tel un filet rougi du sang des prophètes au travers et en dehors des structures rigides ecclésiastiques jusqu’à aujourd’hui. L’Église « People of God » est un peuple en marche.

 Nous savons combien ce petit peuple pèlerin souhaite la conversion des bergers prisonniers d'une bergerie et qu'ils rejoignent la masse.

 Deux Bergers l'ont fait et j'ai l'audace de les mettre ensemble dans ma réflexion :

 Oscar Arnulfo Romero, à qui j’ai voulu rendre hommage il y a trois jours (le 24 mars ) fut le produit du système sacerdotale de l’Église comme le pape Francois Bergoglio le fut. A quelques années de distance.

 Les deux prêtres Jésuites conservateurs sont promus évêques  (au El Salvador pour l’un, en Argentine pour l’autre). D'abord, l'église des pauvres craint leur conservatisme et leur autorité. Ils ont raison. Mais c'est sans compter avec la « Costly Grace » (Bonhoeffer) offerte à tous.

 Au El Salvador, Romero reproche à son confrère jésuite Rutilio Grande, non pas son engagement pour les pauvres, mais sa « théologie libératrice », c’est-à-dire : la force de Jésus qui libère et veut l’homme libre et debout. (Selon l’évangile et le fondateur de la théologie de Libération en Amérique latine, Gustavo Gutiérrez).  

 En Argentine, Bergoglio est compromis avec les autorités qui harcèlent les pauvres et ses confrères jésuites, pensant ainsi sauver l'interdiction de l'Ordre des Jésuites en Argentine.

 Au El Salvador, Romero est converti lorsque son ami et confrère Rutilio Grande et ses deux compagnons sont  assassinés pour avoir soutenus les paysans-sans-terre. Romero confronte alors les autorités qui l’assassineront.

 

images sérieux.jpgBergoglio, à sa manière et dans son contexte argentin, est converti par les pauvres au milieu desquels il vit. Mais la théologie de la libération lui fait peur. Ses confrères sont torturés, il prend conscience de ce qui se passe crucifié entre l'institution et le petit peuple. Il s'engage clandestinement, dans les coulisses d'abord. Il confronte les autorités en tangente comme pour les convertir mais il oublie les Mère de la Place de Mai qui pleurent leurs enfants victimes des soldats. On le lui reprochera. Il avoue ses erreurs et reconnaît qu’il est un pécheur que Dieu a regardé. J'ai très très rarement vu une supérieure religieuse qui confesse ses erreurs. Bergoglio le fait.

 En 2013, l’Église catholique à Rome gît dans pétrin tel que, lors du conclave après la démission de Benoît XVI, Bergoglio est élu. Il accepte. Pauvre Lui. Il avoue avoir fait une expérience mystique, avant d'accepter ce défi prophétique : "the Costly Grace" lui était offerte. Il dit Oui. Et il dit à la foule en délire : Priez pour moi. Et depuis, son sourire nous fait revivre.

 Romero fut un homme rempli de la joie de l’évangile, il fait alliance avec les opprimés et il fait l’expérience de Dieu dans la vie, dans la souffrance et la mort des petites gens. Il affirme : « « J’ai appris à connaître Dieu parce que j’ai appris à connaître mon peuple. »

 Aucun doute qu’il en est de même pour Bergoglio et, dans Evangelii Gaudium (7) il écrit : « La plus merveilleuse expression de joie de ma vie surgit de la vie des pauvres dépourvu de tout. » De la vient  le style de vie prophétique, la parole prophétique, les actions publiques, constantes et prophétiques de François Bergoglio… 

 Romero a vécu, a lutté, est mort, comme Jésus, comme tant d’exploités pour que naisse une nouvelle civilisation car Romero, comme Jésus l’a promis : « Mort, je ressusciterai au cœur de mon peuple. »

 François Bergoglio – comme nous, sœurs, prêtres, chrétiens et humains avant tout – désire ardemment être au cœur de cette Église pauvre et riche de la volonté d’une civilisation nouvelle en 2014. Une civilisation d’Amour, pas de sentimentalité, de justice et de vérité.

 Nous savons que François a des ennemis mais, totalement conscient que ni les institutions, ni les structures, ni la mort n’auront le dernier mot, il va son chemin faisant le bien.  

 Je prie que Romero le protège et que tous soyons solidaires de sa présence prophétique. Nous sommes aussi conscients de l’avertissement de Jésus :

 Mathieu 10 :36 :  “ L’homme aura pour ennemis les gens de sa maison.”

 

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