24/02/2014

Identité

 

Qui suis-je?

 

1863119646.jpgM.C.B.

Au Jura Clos-du-Doubs où j’ai grandi, l’identité n’était, à l’époque, pas une question brûlante : nous étions jurassiens et suisse, surtout le 1er août. A une heure à pied de la France, la frontière était un mot, les « gardes-frontières » amis,  et  notre parenté était François, Marie, Emile, Renée et les autres… C’est à partir des rumeurs et de l’horreur de la guerre qu’ont surgit les frontières !

 Comme je voulais aider les gens plus pauvres que nous en m’engageant à Menzingen, puis à Bulle pour les études, je me suis aperçue des différences : par exemple, les gruyériens n’étaient pas fribourgeois, j’étais trop absorbée par le but que je poursuivais pour me poser des questions sur cette région qui n’était qu’un passage de transit.

 C’est en Afrique du Sud qu’il me fut donné d’identifier l’identité des gens, le critère étant la couleur de la peau! Cela m’a crevé les yeux dès l’arrivée au Cap de Bonne espérance !

 De retour en Suisse (ayant droit à deux passeports) la complexité et le foisonnement des identités me donnaient le vertige et cela aurait pu aller de mal en pis si je n’avais trouvé des groupes à l’identité en devenir. Identité humaine d’abord, puis identité née d’un réseau de solidarité engagé dans un projet commun. Un peu à la manière de Mandela, jamais exclusif et toujours inclusif ! Donc une identité élargie.

 Coordinatrice des organisations œuvrant à faire respecter le Droit d’asile au canton du Jura durant une douzaine d’années, je remarquai des tiraillements  « identitaires » : dans la politiques, les religions, les églises, et les groupes et sous-groupes indépendants. Lors de certaines assemblées, lorsque je m’exprimais, on m’a posé cette question : « Est-ce que tu es « Sœur » ou quoi ? ». J’ai pensé que c’était une boutade, mais lorsqu’une communauté religieuse, à laquelle j’avais demandé un service, s’est adressée au vicaire épiscopale, un ami, s’informa, puisque je n’avais pas de voile (sic) Claire-Marie était-elle « Sœur » ? Une identité plurielle ? Non : une femme, une sœur, une éducatrice etc, c’est une tout organique. J’aimerais penser qu’il en va de même pour tous. Y compris pour les demandeurs d'Asile!

 Aujourd’hui, j’ai eu le temps de lire, en page 3 du Monde Diplomatique de février : Crises d’identités : individus, classes, communautés (Vincent Descombes). La première phrase me frappe : «…  il faut discuter des choses plutôt que des mots mais il arrive que nous ne sachions pas bien quelles choses désignent les mots ! »

 L’actualité de la semaine écoulée : Sotchi 2014, les participants classés par nations et par médailles : quelles choses désignent ces mots ? On voyait ces beaux visages que je pouvais identifier : une identité commune de jeunes gens passionnés en même temps que ligotés par d’innombrables contrôles. L’accueil sera chaleureux chez eux, tout au moins pour ce qui concerne la Suisse. Tant mieux. Et quel avenir ?

 L’Ukraine : Quelle identité pour les Ukrainiens ? L’invité de Manuela Salvi (Haute définition)  23.02.14, Michel Eltchaninoff, philosophe, rédacteur en chef adjoint de "Philosophie Magazine", met en lumière l’identité national du peuple riche d’une langue commune et déchiré entre leur droit aux valeurs de l’Europe d’une part et dela « protection » sous contrôle russe d’autre part. L’identité individuelle et commune serait-elle respectée au-delà des considérations économiques ?

 L’identité du peuple syrien et l’identité de chaque victime abattue par le régime, l’identité des exilés donc étrangers, eux là-bas, nous ici. Eux et nous logés sur une seule et même planète ! Identité planétaire ?

 Jésus avait une conscience politique au temps de l’occupation de la Palestine par Rome. Il voulait une « autre monde » purifié d'armes et de violence. Jean Baptiste assailli de doute dans sa prison fait parvenir à Jésus sa question : qui es-tu ? Es-tu celui qu’on attend ? Jésus répond : Matthieu 11, 2-11. »« Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! »

 Telle est l’identité que nous avons héritée de Jésus si nous prétendons être « chrétiens ». Mais l’audace de mon identité « chrétienne » me met au défi de poser la question que Jésus lui-même posa : «  Pour les gens, qui suis-je ? » ...il insiste : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Il se posait la question de son identité comme nous pourrions le faire plus souvent. Vincent Descombes écrit « nos identités sont susceptibles de changer… et de nous changer en quelqu’un d’autre et si je suis changé en quelqu’un d’autre, « où trouver dans cette affaire mon identité qui doit permettre de dire que c’est bien moi qui ne cesse de changer du début à la fin ? »(V.D.)

 La fin dans l’espérance que le « Hors espace temps » sera l’accomplissement de l’identité sans faille à l’origine de l'individu et de l'espèce ! Le moi brillera comme une petite étoile dans la constellation du tout !

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