06/11/2013

Amazon (Monde Diplomatique 2013)

 

moebius_escher.gifPlusieurs fois, lorsque j’avais envie d’un livre, j’ai demandé à un ami de le commander via Amazon en utilisant sa credit card et je lui donnais le cash à la première rencontre. En plus, les livres achetés de la sorte coûtent moins. J’avais la conscience tranquille.

 En mars 2012 le peuple a voté non sur le prix unique du livre. Et je me souviens avec quelle verve Philippe Nantermod (des Jeunes Libéraux) encourageait le NON, en disant, entre autres arguments « commander un livre « on line » est simple, rapide, économique (de cite de mémoire) je ne me souviens plus s'il a précisé : « Passez votre commande par Amazon ».

enhanced-buzz-wide-21072-1322495037-31-770x499.jpgEt je viens de lire et de relire « Amazon,l’envers de l’écran : l’enquête dans les entrepôts du commerce en ligne » du Monde Diplomatique de ce mois-ci, pages 1, 20 et 21.

 

Jean-Baptiste Malet, l’envoyé spécial du M.D. a « travaillé comme ouvrier intérimaire dans un entrepôt français d'Amazon en novembre 2012 » afin d’étayer son enquête à partir de son expérience, de témoignages et de recherches.

Ainsi, j’apprends que les livres désirés et que je reçois quasiment self-service, tellement c’est rapide, ont coûté la sueur d’employés, jusqu’à l’épuisement,  dans des « usines géantes pilotés par ordinateur, des usines à vendre…». Par exemple en Allemagne où Mme Sonia Rudolf indique le lieu de son travail Amazon qu’elle a dû quitter: « Un immense pan de tôle grise enclos de fils de fer barbelés, sans ouverture, ni climatisation » - surveillé par des société de sécurité – des choses à vendre, et des ouvriers … l’été, on y étouffe et l’hiver, on y gèle, et il arrive que des travailleurs évanouis, épuisés doivent être ramassés sur « des palettes en bois jusqu’à l’ambulance ». Et c’est sans compter les chutes, les doigts coupés sur le convoyeurs et les travailleurs désespérés afin que mon livre commandé arrive plus vite chez moi !

Vingt minutes suffisent dès la réception de ma commande et l’expédition d’un paquet bien enveloppé et affublé d’une image d’Amazon souriant ! Que je recevrai à la maison, satisfaite du service. Enfin des ouvriers révoltés ont pris le risque de dire tout haut : « Le sourire dur le colis, ce n’est pas le nôtre ». La lutte est longue afin d’arriver à la révolte car, je cite : « Comme à chaque salarié dans le monde, ses contrats (chez Amazon) lui interdisent strictement de s’exprimer à propos de son emploi auprès de sa famille, de ses amis ou de journalistes…et, le silence qu’on nous impose, (dit M. Jens Brumma) n’est pas pour protéger des secrets industriels auxquels nous n’avons pas d’accès : c’est pour taire l’extrême pénibilité de nos conditions de travail. »

Et les syndicats ! C’est dangereux, il a fallu des dizaines d’années en Afrique du Sud pour que les esclaves des mines d’or prennent le risque de se syndicaliser. Les entrepreneurs s’évertuent à la dépolitisation et à l l’affaiblissement de culture syndicale. ! Chez nous aussi. Des petites doses de hausse de salaire apaisent les mécontents... et on se tait.

Amazon, l’Allemagne d’abord, les ouvriers s’organisent, se consolidarisent images.jpget trouvent les moyens nécessaires à faire avancer la justice, de telle sorte, raconte une ex-employée, «Les gens ont de moins en moins peur de se syndiquer…et quand ils subissent une humiliation, ils veulent riposter pour défendre leurs droits et leur dignité, exiger l’application d’une  convention de travail et, ce qui s’organise de plus en plus, faire la grève ! »

Ce que le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, veut à tout prix éviter, c'est pour éviter les plaintes et oppositions qu'il a besoin des médias pour le faire. Ainsi il vient de racheter, s’il vous plaît le Washington Post… tout en assurant que, si certaines choses vont changer (pour être financièrement améliorées) les « valeurs du Washington Post » resteront intouchées… Mais, et je cite « La réussite économique (promise) éclipse à coup sûr celui des conditions de travail ! » Le mensonge et l’hypocrisie pourrissent jusqu’au cœur de certains entrepreneurs aveuglés par la capitalisation coûte que coûte !

Nous arrivons vers Noël, la naissance sur la paille, dit-on, d’un enfant palestinien-juif, qui est présent parmi nous, c’est ma conviction, et qui nous humanise, lui, par son exemple d’homme droit.

Noël aussi intéresse Amazon en ce « quatrième trimestre Q4)) pour d’autres raisons : « Battre les records de productivité » et de vente ! On construit à la hâte de nouveaux entrepôts en Pologne, en Tchéquie ;  on passe de trois à huit mille ouvriers « Logés dans des conditions terribles » ; des contrats  intérimaires « précaires et invisibles » venant des 4 coins de l’Europe en crise : « Parmi eux se trouvent des gens très diplômés, un historien, des sociologues, des dentistes, des avocats, des médecins au chômage, ils viennent ici le temps d’une mission d’intérim »  !!!  Travail de nuit comme de jour afin d’expédier les commandes de fête : des œuvres de Proust à des peluches de bébés ou même des livres de Günter Wallraff – qui n’a pu y échapper - malgré ses  oppositions et ses actions, ses appels au boycott ! Mais voyez-vous, ce qui ressort de l’article du Monde Diplomatique est que, à part les saisonniers intellectuels sus-nommés, Jeff Bezos fait sa fortune parce qu’il a fait une trouvaille : il choisit les périphéries urbaines où le taux de chômage est élevé pour implanter ses boîtes métalliques à chômeurs parce que qu’il a réalisé que ces esclaves  « Coûtent actuellement moins cher que des robots » !Mais lisons plutôt l’article en entier du Monde Diplomatique ou encore, offrons-nous le livre de Jean-Baptiste Malet « En Amazonie. Infiltrés dans le meilleur des mondes. » (Fayard, Paris, 2013)
« Expédié et vendu par Amazon. Emballage cadeau disponible. » C'est la réalité ! Je ne rêve pas.

Comment être conséquent  quant à notre choix de société ? 

Nos librairies et des commerces de proximité, par exemple Saint Paul à Fribourg et Paris,  ferment ! On en est là.

Ils se peut que moi, vous, tout un chacun, sommes des clients satisfaits : Noël coûte moins cher ! Et nous chanterons « Douce nuit, sainte nuit... »

Amazon, Jeff Bezos aussi chanteront... peut-être.

Question : Les supermarchés, mall, la Migros, les multi comme on dit : les concepteurs, les réalisateurs, les managers, mettent-ils au centre la dignité et le bien de la personne humaine, de l’ouvrier ? Le politique, les politiciens mettent-ils la personne humaine, surtout la plus vulnérable, au centre de leurs préoccupations ?

images.jpgLe pire, c’est quand je réalise que, comme l’écrit  Jacques Attali dans « Une brève histoire de l'avenir » (2006 chez Fayard)

 Les pauvres devenus riches, ou les exploités et les dominés ayant vaincu l’ennemi, copient et adoptent le type de société des personnes éliminées, des riches qu'ils ont combattuset vaincus ...je cite Attali de mémoire.

 Mettre l’être humain au centre de notre agir : est-ce une option, une valeur humaine, (pour ne pas dire chrétienne) ou simplement une utopie créatrice qui meurt sous l’éteignoir du système qui nous gouvernent.

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