17/10/2013

Eliminer la pauvreté

 

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Il y a bien des années, je prenais part à un colloque à Genève dont le but était de discuter l'élimination de la pauvreté de moitié en l’année 2015. Des experts en économie-sociale et politique, des responsables d’ONG, des spécialistes de plusieurs disciplines sont intervenus, ils ont exposé le fait de la pauvreté dans le monde, les statistiques, les causes, les conséquences, les actions à envisager, afin d’arriver au résultat : éliminer la pauvreté de moitié d’ici à 2015. C'était honnête, intense, laborieux et très théorique.

 Je ne suis pas intervenue, sauf au dernier forum où, gênée, j’ai posé la question qui me tourmentait durant la session : « Pourquoi n’a-t-on pas invité des pauvres à venir nous raconter ce qu’est, pour eux, la pauvreté ? » J’étais encore plus embarrassée après avoir dit cela… d’autant plus qu’on attendait une personnalité de la hiérarchie catholique qui viendrait nous saluer et nous remercier. Il est venu, enveloppé dans son costume noir et violet, il a dit merci et nous avons partagé des snacks et le verre de l’amitié avant de s’en aller.

Les pauvres parlent différemment de la pauvreté que les experts les mieux intentionnés et il se peut que leur mot ne soit qu’un cri : j’ai faim. Un avertissement peut-être. Comme les esclaves sous le joug des Égyptiens et Dieu les a écoutés… mais quelle épopée jusqu’à la terre promise où coulent le lait et le miel et la liberté… et ensuite ? Et aujourd’hui ?

Que de fois cette aventure, l’exode, l’exil ne s’est-elle pas répétée. Ce qu’il y a d’étrange dans l’histoire humaine c’est que nous sommes incapables d'apprendre par expérience ! De plus, de nos jours, Dieu est hors concours. Dieu Mammon alias bombes à fragmentations, drones et al, règnent et remplissent les journaux et les écrans et répandent le sang des pauvres et riches se trouvant sur leur chemin.

Nous avons cependant connu des années ou des communautés de bases prenaient conscience de leur pauvreté sans haine, sans armées, sans médias, sans autre but que de retrouver leur primale dignité avec Jésus libérateur. Ce fut le temps de la théologie de la libération en Amérique latine, aussi nommée théologie contextuelle en Afrique du Sud. La peur de la force des pauvres debout et en chemin fut un défi que deux papes de l’Église catholique ne purent ni comprendre, ni envisager. Je veux croire que l’esprit libérateur de notre créateur permettra à Jésus-ressuscité d’actualiser dans notre société, aujourd’hui, sa sortie du tombeau ! Il est temps d'actualiser la résurrection !

 François, évêque de Rome et pape est, je crois, le porte-parole de  celles et de ceux trop pauvres pour que nous les écoutions avec attention et un cœur ouvert. Et si nous avons encore peur de les inviter à notre table, nous pouvons accepter de partager leur pauvreté, de dialoguer, de se mettre ensemble debout pour un nouvel exode, une nouvelle terre promise : la nôtre  et il n’y aura plus ni pauvres, ni riches quand nous aurons appris à partager la terre, le travail et le pain. Ce ne sera pas facile.

images.jpg Simplement contempler l’idée, même si cela paraît utopique, peut nous rapprocher les uns des autres, riches et pauvres et chanter ensemble, à cappella peut-être, que l’élimination de pauvreté structurée est possible et et la « pauvreté » partagée sera notre richesse. Et notre survie.

 « Que ma prière s'élève comme l'encens devant toi et l'élévation de mes mains comme l'offrande du soir. » (Psaume 141, 2)

 

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