04/06/2013

la terre, le travail, le pain

 

Pour manger il faut travailler. En tant que fille de paysan l’éducation à la vie de famille se faisait naturellement. La terre : un trésor ; travailler la terre : un privilège.

 

Faire du pain : un rituel. Chauffer le four, enfourner, retirer les miches, mettre la table pour la famille : une douzaine de bouches à nourrir. La prière et le partage. Manger chacun à sa faim, sans gaspiller, sans éparpiller les miettes et les déchets. Boire le verre d’eau du puits … se réjouir car c’était bon et le dimanche, c’était meilleur.

 

Faire la vaisselle à deux ou à trois et retourner soit à l’école, soit à l’écoute des nouvelles de la radio, et naturellement, selon les saisons, continuer le labeur quotidien.

 

Les parents géraient l’argent, la monnaie. Pas « d’argent de poche » mais on n’y pensait pas. C’était un honneur d’aller au magasin, faire les commissions, payer avec 5 francs et rapporter la monnaie. La dame du magasin nous donnait chacun une gaufrette que l’on rapportait à la ferme pour la partager avec qui serait là le premier.

 

Les parents payaient l’électricité, les impôts à l’église, à la commune, au canton et/ou à la confédération. Papa, chaque année accomplissait la « corvée » comme les autres. Cela consistait à entretenir une quinzaine de mètres de route qui conduisait à la route principale où passait la « poste » deux ou trois fois par jour. J’ai l’impression claire que le travail était, non pas une contrainte, mais une satisfaction !

 

Une fois, en juillet 1936 je crois, la grêle était passée par là : la moitié de la large toiture envolée et le reste troué et je vois encore papa, dehors devant la porte de la maison, sous les rayons d’un soleil triste et larmoyant, papa regardant à quelques centaines de mètres, un beau champs de blé mûr, aplati comme un tapis doré. J’ai senti sa main serrer la mienne très fort … juste un moment et maman qui sort aussi de la maison et tous les deux, le visage grave, en silence, rentrer  dans la grande chambre pour parer au plus pressé. Nous mettre à l’abri pour la nuit. Et vérifier l’état du bétail, grâce à Dieu, intact.

 

Mon souvenir très net est qu’’il n’y avait pas eu de récrimination, pas de fatalité non plus. Un air de gravité partagé en famille et dès le lendemain, les agents d’Assurance sont venus, puis, assez rapidement, le large toit fut refait de tuiles rouges et neuves.

 

L’étrangeté de cette catastrophe, c’est que l’averse de gros grêlons s’était abattue comme un large ruban dévastateur sur le terrain de deux ou trois fermes dont la nôtre.

 

La vie normal a repris sans tarder, plus simple encore qu’avant peut-être, car il y avait eu pas mal de dépenses, mais, le blé restant au grenier  suffit à la farine nécessaire pour continuer à faire le pain de la semaine, jusqu’à la saison prochaine. Papa disait : ne gaspillez pas le pain, les enfants. C’était comme une parole d’évangile. Est-ce que je sublime ce souvenir de ma treizième année ? Je ne crois pas. Il me donne de l’espoir pour un monde meilleur !

 

Nos parents, à l’époque, n’avaient pas de compte en banque.

 

 

 

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