19/04/2013

Jésus sans abri (Homeless Jesus)

 

Prends le temps

pose longuement ton regard sur ce que tu vois

 et pénètre à l’intérieur jusqu’à t’y retrouver toi-même.

 Prends le temps,

 touche ce que tu deviens lentement

 laisse-toi mûrir,

 et dis-le, tu  peux

 Le banc est une invention amoureuse des hommes : au contraire d’une chaise isolée, le banc nous rapproche, fesses à fesse, coude à coude. Nous respirons l’air commun et jouissons de l’ombrage commun. Nous pouvons rester silencieux, « ruminer » des idées tordues et nous pouvons, comme le font les pinsons partager la vie, dans la plénitude du moment présent à deux, à trois, à quatre…

 Je ne m’asseye pas sur un banc pour m’isoler et j’espère que ma présence sera pour le passant l’invitation d’être avec pour un moment ensemble. Comme aujourd'hui:

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Il y a ce banc entièrement occupé par une « forme » enveloppée de la tête aux pieds, comme dans un linceul ayant déjà servi. Son visage caché sous une capuche me donne envie d’aller le découvrir de plus près, j’hésite, j’attends. La forme ne bouge pas et mes yeux glissent timidement de la tête, aux épaules, à la ceinture, aux hanches, apparemment osseuses jusqu’aux pieds maladroitement joints comme dans une prière, à l’air frais et, comme deux étoiles, la cicatrice jumelle des clous.

 Instinctivement, je deviens immobile, le souffle coupé, j’attends et je n’ose appuyer mon regard sur ce que je vois, je n’ose pénétrer à l’intérieur…les minutes tombent pour ne pas revenir et le banc reste occupé…

 Source: Huffington Post Religion

 

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 L’homme assis aux pieds de la forme est le sculpteur Timothy Schmalz, un artiste spécialisé dans les thèmes religieux. La « forme et le contenu, c'est son oeuvre » . Il a certainement été frappé par les nombreux sans domicile fixe gisant, seuls, sur des bancs à Toronto où il vit. Il les a contemplés. Il a entendu « J’étais nu et vous m’avez vêtu… » (Matthieu 25 :31-40).

 Timothy a permis au message de Matthieu de le pénétrer … et son art lui permet de partager le sans-abri du Nouveau Testament avec les sans-abri des États Unis et de chez nous où on cherche à légalement bannir la présence des sans – abris, des mendiants, étrangers…ne sont-ils pas un danger ? C’est dans l’atmosphère jusque dans les lieux saints, les Églises.

 Revenons àTimothy Schmalz : il a sculpté dans le bronze durant une année et demi, puis il a pensé abriter son Jésus sans abri « Homeless Jesus » dans la maison du Seigneur, là où l’on célèbre quotidiennement sa mort et sa résurrection à la Messe. Dans la foi dit-on. Les recteurs des deux cathédrales sollicitées ont bien dit OUI, mais l’administration des deux cardinaux a refusé. Raison : cette représentation du Jésus de l’Évangile serait cause de confusion pour les fidèles qui croient que Jésus est « le Fils de Dieu ».  Les Cardinaux qui ont le pouvoir du dernier mot sont respectivement : pour  St Patrick, Timothy Dolan et pour St Michael, Thomas Christopher Collins.

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 Tinothy Schmalz a finalement trouvé refuge près de l’entrée du Regis College à l’Université de Toronto. Le collège théologique  Regis est propriété des Jésuites qui, eux, ont reconnu le lien inséparable entre foi et justice et ont organisé, ce 17 avril 2013 une journée centrée sur les sans abri, afin d’inaugurer l’installation de la statue de Jésus à la place d'honneur de l'Institution.

 Le Père Jésuite Gordon Rixon dans une interview téléphonique avec HuffPost a affirmé que la Mission du Collège est de promouvoir la justice et l’appréciation de la beauté. Raison pour laquelle « notre Jésus sans abri » se trouve actuellement juste en face des « government buildings ». La vue est imprenable  et c’est une belle manière d’interpréter la Mission de notre Collège à la Cité affirme Gordon Rixon SJ.

 Les réactions à cette présence symbolique et stimulante de Jésus en ce lieu dépassent tout ce que l’on aurait pu espérer : des fleurs recouvrent les pieds de Jésus, sa couverture, des mails innombrable arrivent au bureau des Jésuites.

 L’artiste et le « père » de la statue est soulagé. Il pense faire des répliques de Jésus-sans-abri et de les disséminer dans le monde entier « car, dit-il c’est un signe qu'il faut apprendre à lire ! ».

17:54 Publié dans théologie | Lien permanent | Commentaires (0)

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