30/11/2012

De Bulle à Ramallah

 

Du Marché de Noël de Bulle à Ramallah

29.11-23.12.2012:

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 A Bulle, sur la place publique, de petits chalets ont été érigés pour les artisans et artisanes qui viendront offrir leurs marchandises à la population. C’est le traditionnel « Marché de Noël » en Gruyère comme en Alsace : c’est une ambiance quasiment magique, conviviale, entourée de senteurs étoilées, d'enfants et de gens simples.

C’est la joie des enfants même s’ils grelottent de froid et c’est le souci de parents qui ne peuvent satisfaire aux désirs des gosses et des gamines attisés par la marchandise étalée! Parfois, un biscôme suffirapour calmer l’envie des petits et du vin chaud pour les adultes qui ont la bourse en poche.

Qui sait, peut-être qu’un âne prendra l’enfant sur son dos pour une balade jusqu’à  la rue du marché 10. L’âne myope lira : vente de Noël et il dira : Hi Han, qu’est-ce qu’on peut bien vendre pour fêter le plus beau cadeau que le monde ait reçu : un enfant dans une crèche pleine de paille, sans chauffage sinon l’haleine du bœuf et de son confrère l’âne !  Pas de bougie à vendre et pas de feu sinon la tendresse du cœur pour notre humanité en état permanent d’enfantement douloureux. Les bougies, c’est nous : pas besoin d’allumettes pour nous allumer : le regard de jésus aujourd’hui suffit.

 Le Marché, c’est aussi : le bruit agréable de gens qui se rencontrent, s’embrassent, partagent un petit bout de vie hivernale. Le bruit désagréable des ritournelles de Noël répétées à satiété et dont les paroles comme des boules de neige tombent, molles et humide sur une terre desséchée !

 Terre desséchée ? Non ! Elle vibre quand aux Nations Unies, Mahmoud Abbas, annonce « L’acte de naissance du peuple palestinien », le 29 novembre 2012, ça vaut bien un lumignon, même le don d’une petite bougie d’espérance .

 Et la Paix sur la terre du pays natal de Jésus est en train de naître grâce aux « hommes et femmes de bonne volonté » qui ont voté OUI au devenir de la Palestine. La Suisse y compris. Merci!

 

24/11/2012

L’insurrection contre la déchristianisation

 

images.jpg « Déchristianisés »: tel est l’état de notre pays, de notre peuple, de notre temps. Ce refrain revient telle une lamentation :

    il n’y a plus de processions

    on ne prie plus en famille

 l  les croix disparaissent de nos champs

   et de nos écoles

 la morale sexuelle est foulée au pied

 on n’écoute plus les supérieurs ecclésiastiques

 on ne respecte plus le Pape en paroles…

« Déchristianisé »: tel est l’état de notre pays, de notre peuple, de notre temps. Cela signifie  que notre pays, notre peuple, notre temps étaient une fois chrétiens.

 Oui, le bon vieux temps. Tellement chrétien !

 Mais nos ancêtres nous le rappellent :

 

-         que les filles tombées enceintes,  étaient reniées par leur « très chrétiennes »  familles et bannies du village ;

 

-         que pendant la prédication, les paysans discutaient le prix courant  des vaches;

 

-         qu’après les vêpres les hommes se ruaient sur leurs épouses et que les viols étaient des actes de bravoure ;

 

-         que particulièrement « ces très bons chrétiens», qui exploitaient les ouvriers et les privaient de leur juste salaire – un péché immonde comme ils l’avaient appris – avaient la place d’honneur derrière le Saint Sacrement durant la procession …

 

« Déchristianisé»: tel est l’état de notre pays, de notre peuple, de notre temps. Et l’on essaie sans cesse de le rechristianiser, de l’évangéliser d’une manière nouvelle, ce qui aurait été utile non pas aujourd’hui seulement, mais bien avant, mais on préfère  retomber dans de  grandioses célébrations et événements solennels qui dissimulent les mensonges évidents.

 Je vois plutôt une nouvelle approche de christianisation lors les luttes diversifiées qui émergent ici et là :

 

-         l’insurrection contre les arnaques de toute sorte ;

 

-         l’insurrection contre le trafic meurtrier ;

 

-         l’insurrection contre les écarts de salaire ;

 

-         l’insurrection contre l’obligation de réussir dans les écoles et dans les affaires ;

 

-         l’insurrection contre le système économique qui enrichit les riches en appauvrissant les pauvres ;

 

-         l’insurrection contre l’exportation du matériel de guerre …

 

Il y aurait bien d’autres exemples. Mais qui pense réellement à ces insurrections lorsqu’il est question de nouvelle évangélisation ? De re-christianisation ?

  Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Claire-Marie Jeannotat

 Avec l’aimable permission de l’auteur

 

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23/11/2012

Dorothy Day

 

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 Dorothy Day (21.11.12):

 

«Ne m'appelez pas sainte . Je ne veux pas être mise au rancart aussi facilement. »

 

 

 A l'époque, 19ème, 20ème siècle jusqu'à aujourd'hui, les riches accumulaient et accumulent les richesses et les pauvres étaient et sont privés du peu qu’ils avaient et qu'ils ont.

  Telle est la dynamique des  divinités : L'argent, le profit, la propriété, le marché des marchandises, les valeurs boursières et longue est la litanie …

 Simone Weil, (voir mon blog du 14.1.,12),Dorothy Day auraient pu avoir une vie relativement confortable , en fait toutes les deux ont parcouru leur chemin de femmes : amour,  mariage, avortement, enfants, divorces, une vie en plénitude ; le travail, études, écritures, voyages ; et puis, le choc ! Le monde ouvriers, les pauvres, les exploités. Le danger des divisions, des replis identitaires mesquins en même temps le besoin des autres pour survivre, la prise de conscience, la nécessité de solidarité , la « lutte des classes », « œuvrer à se mettre debout face aux réalités ».

 Dorothy et Simone vivaient comme « si la vérité était vraie ! »

 Dorothy Day, aux Etats-Unis où elle est née, s’engage pour des campagnes de défense des pauvres, des abandonnés, des affamés, des sans foyer. Son engagement est radical, il veut aller à la racine de l’injustice, elle se frotte aux anarchistes, partage les idées de la gauche américaine. Elle perd la foi en Dieu, le Dieu de l’Institution, mais elle se convertit au Dieu des pauvres et quel défi ! Les pauvres la convertissent et elle revient à l’Eglise, peuple de Dieu, celle des pauvres et des mal-aimés.

  Mariage douloureux. Après un avortement, elle a encore une petite fille, Tamar qui sera baptisée avec sa maman !

  Elle trouve des gens engagés dans l’Eglise, avec eux, elle crée « Le mouvement catholique ouvrier » qui encourage la lutte, défend la non-violence, prône l’hospitalité envers les pauvres.

  Comme elle est journaliste, elle fonde le Catholic Workerdestiné à défendre les droits des petits ouvriers.

 Elle milite et manifeste haut et fort, elle est emprisonnée plusieurs fois, elle fait une grève de la faim. Elle trouve du travail pour des chômeurs sur des « fermes collectives ». En fait elle veut mettre en pratique « la doctrine sociale de l’Eglise »

 (Cette doctrine sociale de l’Eglise est-elle vraiment enseignée dans nos églises ?)

 En résumé de cette trop courte esquisse, Dorothy « brûle jusqu’au bout » et la bougie a remet son âme à Dieu qu’elle a aimé dans les mal-aimés de notre monde.

 C’était le 29 novembre 1980 à New York. Dorothy était profondément « pacifiste » et opposée à toute idée de guerre. « Ce paradoxe la fit mal voir à droite comme à gauche, jusqu'à ce que la gauche cherche à la récupérer et que la droite, toujours aussi intelligente, à l’instar de l’Eglise catholique cherche à en faire « une sainte ».

 Nous savons que les évêques catholiques américains (pas tous)  avait préféré Mitt Romney à Barack Obama (voir la presse durant la campagne électorale). Obama gagnant, le Vatican le félicite, et l’épiscopat américain, est embarrassé !

 Alors, je cite : « Mgr Dolan a notamment cité Dorothy Day, fondatrice avec le français Peter Maurin du mouvement laïc Catholic Worker. Les évêques américains défendent le projet de canonisation de cette Américaine anarchiste, pacifiste et totalement consacrée à la cause des pauvres. »

 Mais Dorothy ne serait pas contente ! Elle n'est pas contente !Ecoutez :

 « Ne me considérez pas comme une sainte. Je ne veux pas qu'on puisse se débarrasser de moi aussi facilement. »

 

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"Nos problèmes viennent de notre acceptation de ce système pourri" 

20/11/2012

Ma réflexion sur l’actualité

 

 nectar-442835.jpgNotre monde tel qu’il est peut-il être autrement ? On se souvient du temps, proche, où nous avons cru :

 Un autre monde est possible ; une autre société est possible ; une autre Afrique du sud est possible ; il y a cinquante ans, après Vatican II,  un soupir de soulagement : une autre Église est possible. Tout est possible car nous avions la vision de ce qui est possible : un monde, flore, faune et humains, un cosmos en harmonie. Une société égalitaire et sans frontière et du pain pour tous, et une Église peuple de Dieu pour la traversée du désert.

 Notre espérance était à la mesure de notre confiance en nous-mêmes, en Dieu et d’une générosité concrète et active. Nous avons construit des communautés de base en Afrique et en Amérique latine comme on a construit des communautés Kibboutz rurales, un socialisme participatif.

 La destruction des communautés de base, la mise à l’écart de la théologie de la libération, l’étouffement systématique des nouveaux modes de vie des communautés de base, l’éteignement astucieux , hypocrite, continu du feu nouveau de Vatican II, tout ça et bien davantage, c’est dans l’intérêt de qui ? Du monde, des petites gens, de la Bonne nouvelle ?... et quelles sont les conséquences ?

 Je cite notre pasteur suisse Kurt Marti :

 « Où tout cela finira-t-il
si chacun se demande où tout cela finira
et que personne n'essaye de découvrir
où cela finira si nous continuons? » 

 Et Claude Julien du écrivait en 1995 dans le Monde Diplomatique :

 « Un monde à vau-l’eau : A force de simulacres destinés à enrayer les contagions les plus déstabilisatrices, les gouvernements occidentaux laissent se rapprocher le jour d’un désastre économique et militaire. »

 Mais nous ne mourrons pas dans le désespoir car, comme le disait Bonhoeffer : « C’est dans les réalités les plus dures que nous révélons qui nous sommes ! » Desmond Tutu ajoute plus tard : UBUNTU : nous sommes tous interconnectés, humain, faune, flore, cosmos dès l’Alpha et au-delà de l’Oméga.

 Je suis convaincue qu’ensemble, au ras des pâquerettes, sur les ruines de la malheureuse rouge et piquante fourmilière actuelle, comme sur les ruine du Temple jadis, des petites fourmis laborieuses vont retrouver la Vision d’une autre monde, d’une autre société, d’une autre Église : Avec Jésus qui, après tout n’est pas ressuscité pour rien.

 

17/11/2012

La guerre est un péché

 La guerre est un péché

Après des dizaines d’années d’attente, le monde a retrouvé une 79141739plan-marshall-gif.gifunité : c’était le 23 août 1990. Le Conseil de sécurité de l’ONU a passé à l’unanimité la Résolution permettant le blocage ainsi que l’exercice de la force armée contre l’Irak. Des semaines avant cette date, les États Unis, la Grande-Bretagne, la France et d’autres États avaient dirigé d’importants contingents militaires vers les frontières irakiennes : des navires de guerre, des  porte-avions, des missiles à tête nucléaire, des dizaines de milliers de soldats ... Le monde «libre» - y compris le monde «chrétien» - applaudissait.

 

 Nous avons pu suivre tout cela à la radio et à la télévision et nous étions satisfaits d’apprendre qu’aucun des membres de Conseil de sécurité  ne s’opposait à la proposition américaine. L’état qui se serait d’abord opposé au blocage violent, serait vu – et c’est peu dire – comme un élément « détaché »  pour ne pas dire  « fourbe ». Oui, nous avions oublié qu’en donnant notre accord au blocage violent, nous donnions notre accord à la mort de milliers de personnes, et c’est peu dire.

 

Je ne suis pas un diplomate, ni un expert en sciences militaires ni en promoteur de paix. C’est peut-être vrai que seule la force armée aurait pu venir à bout du comportement insensé du président irakien. Mais pour nous, chrétiennes et chrétiens, cela ne peut être la dernière, la seule conclusion de la Sagesse. Quelques soient les décisions des experts financiers, des politiciens et des conseillers, quelques soient leurs arguments comme « C’est inévitable », « C’est possible », « Il n’y a pas d’alternative » quelles soient les circonstances, jamais les chrétiennes et les chrétiens ne pourront nier leur Vision de Non-violence et de Paix universelle. L’objet irremplaçable de notre espérance et de notre foi : c’est le  Royaume de Dieu. Ce Royaume a commencé ici-bas par la Mission de Jésus le Messie, ce Royaume prend racine  en nos vies quotidiennes,  ce Royaume nous l’implorons chaque jour dans la prière du « Notre Père », et nous savons que jamais il ne sera imposé par la violence comme solutions des conflits ! Chaque acte de violence trahit notre espérance.

 La tradition chrétienne appelle cela le péché.

 Hermann-Josef Venetz Traduction :

 Claire-Marie Jeannotat

 Avec l’aimable permission de l’auteur

 

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16/11/2012

Prière du soir

 

Prière du soir

 

photo_10.jpgOn se dit : Bonne nuit, dors bien

C'est une belle prière du soir sans fanfare ni trompette

 sans orgues ni liturgie

 une prière gonflée du vécu en plénitude

 La prière du soir des mineurs, des chômeurs, des ramoneurs, des laboureurs

 

je voudrais la faire mienne ce soir :

 les pépites d'or arrachés à la roche,

 le travail recherché à s'en user les pieds

a suie de la cheminée à la peau en-suée

 la terre labourée en sillon accueillant les graines,

les corps porteurs de vie


 Mon créateur adorable, ce soir alors que s'allument timidement

 les étoiles là-haut, au plafond de la mine, sur le chemin des déserts

 au trou de la cheminée, dans le sueur joyeuse du semeur

 ensemble nous te remercions et chantons, oui : Nunc dimittis...

 

 nous chantons à quatre voix :

 « Maintenant, « seigneur » aide-nous à dormir en paix

 nous avons fait notre travail

 dans un trou

 dans une cheminée

 sur la longue route

 sur le champs des labours

 c'est de tout cœur que nous disons merci

 espérant, comme tu le veux

 le pain, le vrai pain, le pain dur du partage ! 

 Le pain de la Justice !

 Pour la vie du monde ! »

 

14/11/2012

L'Economie de Marché

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Est-il possible d’habiter la réalité humaine de notre monde telle que nous la connaissons et la ressentons aujourd’hui sans se situer, face, premièrement à l’espèce humaine, vous, moi, et face à l’univers ? Plus je cogite, médite, prie, et moins je sais !

 Je respecte mon entourage qui va courageusement son chemin

 J’admire les jeunes qui font des enfants

 J’admire les personnes qui écrivent, publient et contribuent ainsi à créer une opinion publique

 

Et j’écoute l’autorité ecclésiastique annonçant : une année de la foi.

 La foi au Dieu des pauvres ?

 Où se trouve-t-il ?

 Nous sommes solidaires de tous. La souffrance de l’un est la souffrance et tous, le bonheur aussi. Et "Il y a un temps pour rire et un temps pour pleurer". (Ecclésiaste 3.4) Et notre époque est unique, les gens, vous moi, nous sommes forcés de creuser, chercher, patienter et espérer trouver un sens à la réalité physique de ce qui paraît comme une enclume et un marteau : mince est l’espace entre les deux !

 Les écailles tombent enfin des yeux :  Il s’agit de la mutation du capitalisme : un déplacement de l’organisation pour la production à l’organisation pour la vente et le marché. « Le service de vente est devenu le centre ou l’âme de l’entreprise... Le marketing est maintenant l’instrument du contrôle social, et forme la nouvelle race impudente de nos maîtres » (Deleuze, 1990, p. 245).  Et de l’ancienne et toujours plus étendue « race » des redondants « surplus people », piétinés par les Forces de l’Ordre partout : de l’Euro zone, jusqu’à l’infini… L’homme DOIT consommer…

 Un nouveau Dieu règne : Economie du marché et ses dérivés !

 Où est ton Dieu? Ps 42,4.  Qui est Dieu ?

 

Les divinités : L'argent, le profit, la propriété, le marché des marchandises, les valeurs boursières et longue est la litanie …

 

  Simone Weil, cette merveilleuse philosophe engagée écrit :

 « Je ne puis m'empêcher de continuer à me demander si, dans ces temps où une si grande

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partie de l'humanité est submergée de matérialisme, Dieu ne veut pas qu'il y ait des hommes et des femmes qui se soient donnés à lui et au Christ et qui pourtant demeurent hors de l'Église.

 En tout cas, lorsque je me représente concrètement et comme une chose qui pourrait être prochaine l'acte par lequel j'entrerais dans l'Église, aucune pensée ne me fait plus de peine que celle de me séparer de la masse immense et malheureuse des incroyants. J'ai le besoin essentiel, et je crois pouvoir dire la vocation, de passer parmi les hommes et les différents milieux humains en me confondant avec eux, en prenant la même couleur, dans toute la mesure du moins où la conscience ne s'y oppose pas, en disparaissant parmi eux, cela afin qu'ils se montrent tels qu'ils sont et sans se déguiser pour moi. C'est que je désire les connaître afin de les aimer tels qu'ils sont. Car si je ne les aime pas tels qu'ils sont, ce n'est pas eux que j'aime, et mon amour n'est pas vrai. » (dans L’Enracinement et Attente de Dieu)

 (1909-1943) Simone Weil

10/11/2012

Les bergers et les prophètes

 

Les Bergers contestés

 Rares sont les groupes de femmes et d’hommes à être davantage  scrutés, dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, que les Bergers. Ne l’oublions pas : en ancien Orient, Berger  était l’appellation honorifique  des Rois, des Notables, des Grand-prêtres, bref, des gens qui avaient la parole.

 C’était avantageux d’être en bonne entente avec les Bergers car ils avaient beaucoup d’influence.  Il leur revenait de nourrir les gens, de leur procurer du travail, un habitat et la possibilité de se développer. Il était donc prudent de ne pas trop les critiquer.

 Cependant, eux, les Prophètes avaient une attitude très critique envers  les Bergers. Déjà le seul fait que des Bergers existent était intolérable. Selon la foi héritée, personne ne peut s’arroger le droit d’assumer le rôle de Chef. Seuls les Prophètes dévoilaient et dénonçaient la praxis des Bergers – c’est pour cela qu’ils étaient Prophètes.

 Ézéchiel, un prophète du 6ème siècle av. J.-C. proclamait au nom de l’Éternel :

 Malheurs aux Pasteurs d’Israël

 qui se paissent eux-mêmes!

 Les pasteurs ne doivent-ils pas paître le troupeau?

 

 Vous buvez le lait et vous vous habillez de laine;

 vous égorgez ce qui est engraissé;

 vous ne paissez pas le troupeau.

 Vous ne fortifiez pas les brebis faibles,

 vous ne guérissez pas les malades,

 vous ne bandez pas celle qui est  blessée.

 Et vous ne ramenez pas celle qui est égarée

 

 L'accusation continue - jusqu’à enflammer la colère de Dieu et qui par la voix du Prophète, clame :

 Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin

 et je prendrai soin de mon troupeau.

 

Je l’arracherai de tous les endroits où il a été dispersé

 et l’amènerai sur sa terre ;

 je le ferai paître.

 La bête perdue je la chercherai ;

 celle qui fut chassée je la ramènerai ;

 celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage.

 Je serai son Berger et je ferai paître mon troupeau selon le droit. (Ez 34)

 Je souhaiterais que les Bergers – et je ne pense pas seulement aux Bergers de nos Églises, mais je pense aussi aux maires des communes, aux conseillers d’État, aux enseignants et aux enseignantes, bref : à toutes celles et à tous eux qui croient avoir quelque chose à dire  - relativisent  un peu leur fonction qui est de toute manière passagère. Et que chacun prenne conscience du sens authentique de Berger afin que les gens, femmes et hommes, vivent pleinement leur vie et cessent d’être des moutons.

 Hermann-Josef Venetz

 Traduction : Claire-Marie Jeannotat

 

 Avec l’aimable permission de l’auteur

 

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09/11/2012

Temple et Tente


La Bonne Nouvelle rapportée par Jean (2 :13-22)  met en lumière ces deux mondes : le monde des temples et le monde des tentes. C'était l'évangile lu ce matin dans les églises.

Jésus en colère mis en exergue et pour cause ! Est-ce que nous avons ressenti sa colère, son émotion, sa passion ?

Les temples : les Palais épiscopaux, les châteaux des papes, les Résidences exclusives : le Vatican, les Cathédrales, les Basiliques, les Collégiales : des joyaux architecturaux, je ne le nie pas, et les labeurs et le sang des serfs et des esclaves, oserait-on le nier ?

Le plus scandaleux : La basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro est l'édifice religieux chrétien le plus grand au monde, dont l'apparence rappelle celle de la basilique Saint-Pierre à Rome. Située à Yamoussoukro, capitale de la Côte d'Ivoire, Rattaché à Saint Siège. Un affront à la Pauvreté et à vérité du continent africain !

Pourtant :

“Le Fils de l'homme n'a pas une pierre où reposer la tête” (Matthieu 8, 19) ...

Le Dieu de Jésus et le nôtre est un Dieu en mouvement avec les petites gens, les étrangers, les réfugiés,  : il a une tente ouverte à tous les vents et à les réfugiés de son temps et du nôtre. Aujourd'hui.

Je comprends et partage l'accès de colère de Jésus en public, sur le parvis du temple de Jérusalem, face au monde, face aux puissants, aux trônes aux dominations… L’apôtre Jean :

« Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

Imaginons aujourd'hui un prophète faisant ce nettoyage au Vatican ? Que de richesses, de trafics de toutes sortes, de sécurité et d’obscurité…

Laissons ces temples tomber d’eux-mêmes en ruines. Il y a plus urgent :  suivons,  au moins dans toute la mesure de nos forces, et rejoignons Dieu et Jésus dans les tentes fragiles en Turquie, au Liban,  en Jordanie, en Irak et dans les reste de notre planète, et là, partageons le pains de la survie. Le vraie pain de vie ! Ou si nous nous trouvons dans une église de chez nous, communions à Dieu (Dieu fait homme) avec les celles et ceux qui sont là présents: Jésus réellement présent  et ce que nous faisons en solidarité sous les tentes c’est à Lui que nous le faisons. (Mt 25,34-40.)

« A plusieurs nous ne formons qu'un seul Corps dans le Christ et, chacun
pour sa part, nous sommes membres les uns des autres » (Rm 12,5). Un seule tente !

 N'est-il pas audacieux et dangereux de prendre à cœur ces « paroles d’évangile » ! Pourquoi ? Qu 'en pensez-vous ?

06/11/2012

Vivre ensemble à Bulle

 

C’était une belle et bonne rencontre hier soir au Collège du Sud à images.jpgBulle. C’était comme si la pluie et le gel avaient purifié les personnes, les groupes, les différentes religions de tous les germes de mésententes, de replis sur soi, d'égocentrisme et j'en passe dans l'attente d'une rencontre confiante.

 D’emblée le pasteur protestant  te serre la main et l’atmosphère d’accueil est comme une arrière-goût  de ce terroir de Gruyère et un avant-goût d’un horizon hors préjugés, hors peurs, vers la construction d’une nouvelle identité inclusive !

 Des gens proches de nous témoignant de leur appartenance à l’Islam, à l’hindouisme, au bouddhisme, au judaïsme, au christianisme. Sans théorie : c'était des témoignages de vie avec ses peines et ses joies.

 « Il ressort un point fort avec la question posée par une musulmane sur la nécessaire approche scientifique des textes fondateurs des religions. Une interpellation qui concerne toutes les traditions religieuses dites "du Livre ». APIC.

 

Selon moi, la « nécessaire approche scientifique » était largement mise à l’ombre par l’approche humaine, joyeuse, intelligente et spontanée des personnes groupées en petits cercles de douze + - et partageant leurs idées, leur vécu, dans la confiance de l’écoute, de l’attente, de la reconnaissance, du respect.

Raphaël Pasquier attentif à tout et à tous « a mis en perspective les 16983.jpgenjeux politiques et sociaux du rôle des religions comme espace d’objection face à une société dominée par la compétitivité et l’individualisme, face à la montée des courants identitaires qui poussent au repli sur soi et à la peur des étrangers dans un monde en crise .» Grand merci, Raphaël !

Réflexion personnelle : l’expérience de hier soir m’a redonné l’espérance qui parfois vacille dans une Église en état d’hibernation quasiment permanente !

Une rencontre comme celle que nous venons de vivre au CO à Bulle  montre qu’à la base, les murs n’existent pas, ni les trônes, ni les dominations, ni l’autoritarisme clérical ou autre singeant une démocratie fictive. Nous étions deux ou trois ou douze rassemblés au nom de notre humanité et « Dieu ne s'est-il pas fait homme ? »

Cela m’a rappelé les moments de « vivre ensemble » en Afrique du Sud : quand les étudiants et moi cherchions ensemble le SENS à la lutte, indépendamment de nos races et religions.

Une IDENTITE nouvelle naissait, elle est en train de naître une identité commune d’êtres humains, particules précieuses de l’espèce humaine. UNE avec la nature et le Cosmos !

03/11/2012

Où sont-elles restées ?

 

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http://fhedles.fr/contact/

Les femmes dans le Nouveau Testament

 Sans aucun doute, les femmes étaient plus nombreuses au travail dans les premières communautés chrétiennes qu’on pensait jusqu’à aujourd’hui. Paul, accusé à plusieurs reprises de misogynie, fait l’éloge des femmes qui œuvrent dans les premières communautés chrétiennes et les dirigent (Rm 16). Pour n’en nommer que quelques-unes : Phoebé, Prisca, Junias, Marie, Triphéna, Tryphosa, Perside, Julie, la mère de Rufus, la sœur de Nérée et bien d’autres encore.

Les Évangiles révèlent que les femmes avaient une grande signification dans la vie de Jésus ainsi que dans les premières communautés chrétiennes. On pense aux femmes qui accompagnaient Jésus de la Galilée à Jérusalem ; elles faisaient partie du groupe des disciples et Salomé et Marie furent les seules à persévérer au pied de la Croix (Mc 15 :40-41). On pense aux premières messagères et témoins de la Résurrection, qui sont nommées par leurs noms : Marie de Magdala (Jn20).

 Déjà au temps du Nouveau Testament, vers la fin du 1er siècle, des femmes furent déplacées de leurs postes (on peut s’imaginer par qui). Les Professions de foi les plus anciennes - déjà trouvées au temps de Paul - ne mentionnent plus les femmes en tant que témoins de la Résurrection (1Co15). En ce qui concerne la responsabilité des communautés, elle était confiée à des hommes, des bons pères de famille chargés de la direction de la maison (1Tm). Les femmes devaient garder le silence aux assemblées communautaires (1Co14…). Ainsi, une communauté fraternelle devint bientôt une Église mâle.

 Grâce à l’exégèse moderne et à la collaboration d’un nombre toujours plus important de femmes exégètes que la tradition biblique libératrice renaît des cendres où l’avait enfouie les mécanismes de la domination patriarcale. Et c’est Paul lui-même, dans sa sincérité foncière qui met les choses au point dans sa Lettre aux Galates :

 Dans le Messie Jésus, c’est-à-dire dans la communauté chrétienne,  il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. (Gal 3,26-28)

  Ces mots effacent radicalement  la discrimination, qu’elle repose sur la race, l’origine sociale, le genre.

 Il est superflu de discuter : Paul aurait-il eu à l’esprit la situation concrète des communautés chrétiennes ou une vision prophétique de l’Église. La déclaration de Paul restera une épine dans la chair des hommes d’Église aussi longtemps qu’ils s’opposeront  à la participation effective des femmes.

 C’est certain : il n’est plus possible de se référer à la Bible pour tenir à l’écart les femmes de la peine responsabilité de l’Église. 

Hermann-Josef Venetz

 Traduction: Claire-Marie Jeannotat

 Avec l’aimable permission de l‘auteur

 

02/11/2012

La Toussaint et le Jour des Morts

 

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crédit: http://www.lune-de-suchet.com/article-un-poeme-une-peinture-pour-la-toussaint-le-jour-des-morts-111468314.html

La Toussaint rassemble les parents, amis autour des tombes de leurs bien-aimés, saints et morts. Tous.  Chaque année, avec les gens de divers milieux aux coutumes différentes, ma pensée est unie à celles et ceux que j’ai connus, aimés et qui me l’ont bien rendu. Nombreux reposent, comme on dit, hors des étroites frontières helvétiques.

 Hors des frontières, nous sommes tous UN, comme le répète Albert Nolan, mon ami sud-africain dans son dernier livre « Suivre Jésus aujourd’hui. » Non seulement UN avec celles et ceux qui sont proches mais UN avec l’espèce humaine dès l’origine et jusqu’à….

 Tous saints : au même niveau d’humanité ; le jour des Morts : tous morts, c’est-à-dire, disparus dans l’incandescence de la Vie dont sommes un filament frêle sur la route du retour ! Qu’importe les mausolées – tous au même niveau « sx feet under » six pieds sous terre, notre Mère commune.

 Ces saints de la « litanie » ne pas la propriété d’une Église « qui les faits ou les canonisent »! Selon que cette « élévation » fut opportune ou pas ! Bien loin de ça !

 Les Saints Innocents massacrés par nos « Hérode »  actuels et multiples : l’enfant érythréen, européen, asiatique, américain ; les victimes des violences au profit des commerçants d’armes ! Tous saints. Les victimes de jugements sans appels institutionnels : tous saints. Les mécréants, les « gueules de métèque » les méprisés, la populace courbée aux triples pieds des escabeaux ecclésiastiques : tous saints ! Les chômeurs, éjectés, surplus people : ayez pitié….

 La litanie des saints de la Toussaint 2012 est longue…. Après chaque évocation, on devrait répondre en chœur : Saints et Saintes prostitués dans « men-made » bordels : ayez pitié de nous… ou priez pour nous ! Saints inconnus : mères, pères, invalides, estropiés,  prisonniers : ayez pitié de nous : « Eux seront les juges » comme le dit si bien Jean Baptiste Metz dans « Memoria Passionnis » (Ed Cerf 2009) et l’Évangile d’aujourd’hui: Matthieu 25,31-46    

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RIP