24/08/2012

Marikana: histoire inachevée

 

Marikana

 Afrique du Sud : Histoire inachevée


Prenez la plume
Chargez-là d’encre

Sans hésiter,
Faîtes feu de votre plume.

 

Le 21 mars 1960 : Massacre de Sharpeville

 Domination politique

 La police sud-africaine a ouvert le feu sur une foule de manifestants noirs qui participaient à un meeting politique contre une loi qui limitait et contrôlait leurs déplacements. Le nombre de morts dans la banlieue de Sharpeville ce jour-là a été évalué à 69.Les blessés, les veuves, les orphelins? Cela ne compte pas selon le "pouvoir"!

 J’étais là. Les Blancs, dans la zone où j’habitais, condamnaient non pas tant le massacre que la provocation des Noirs, assez stupides pour s'exposer! (sic) ! Les morts sont moins importants que la Loi et l’Ordre.

 

Le temps passe. Le 21 mars 1994, cette journée est célébrée comme la Journée des Droits humains. Le 21 mars est aussi la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale en mémoire de ce massacre. Merci, ce qui reste d'humain dans la société.

Et on prie pour se consoler de notre honte!

 

 Le 16 juin 1976 : Massacre à Soweto

 Politique de domination sociale et culturelle : éducation

 

A Soweto : La Police tire. La cible à ne pas manquer?  Les écoliers et les lycéens descendent dans la rue pour protester pacifiquement contre une nouvelle décision du gouvernement : l’obligation pour eux d’apprendre à l’école l’afrikaans, la langue des afrikaners, qui rendra impossible pour eux, les études universitaires. Les écoliers veulent rencontrer les autorités. L’autorité panique face au nombre. Et  les Forces de l'Ordre accourent! La Police et les militaires, oui, les militaires, tirent pour tuer! Dans le tas! Des enfants. qui s'enfuient, des centaines, y compris ceux de notre école primaire à Diepklook, Le jeune lycéen Mbuyisa Makubu, 18 ans porte dans ses bras le corps de Hector Petersen, 13 ans. Combien d'enfants abattus? 600 à 800 c'est selon, on aroundit les chiffres!

 J’étais là. Les Blancs, dans la zone où j’habitais, (à Johannesburg et au Cap) condamnaient, non pas tant le massacre des écoliers que la « stupide révolte des enfants de toute façon manipulés par des meneurs et des enseignants » !!!  http://www.avomm.com/16-Juin-1976-le-massacre-de-Soweto_a...

Et on prie pour se donner bonne conscience!

 

 Le 16 août 2012 : Massacre à Marikana

 Politique d’exploitation économique

 La mine de Marikana : La Police tire pour tuer ! Les mineurs, touchent en moyenne 4000 rands (467 francs) par mois, réclament 12’500 rands (1460 francs). « Le groupe minier zougois Xstrata (en Suisse comme  Glencore!) est lié à la mine sud-africaine de Marikana via ses parts dans le groupe sud-africain et britannique Lonmin. Xstrata possède depuis octobre 2008 environ 25% des actions de l'exploitant Lonmin, qui emploie 28'000 salariés à Marikana. Dans un premier temps, Xstrata nourrissait l'espoir de devenir le 3e plus gros producteur de platine au monde. Mais la crise financière mondiale a contrecarré les plans de sa direction. » (Selon Le Temps et l’ATS) http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d194f7ae-ed36-11e1-b9c9-7...

 C’est dans cette mine à Marikana qu’on extrait le platine utilisé en bijouterie, dans les contacts électriques, dans les creusets et dans les fourneaux électriques à haute-température… http://fr.wikipedia.org/wiki/Platine

 http://www.aljazeera.com/programmes/insidestory/2012/08/2... La video Aljazeera Inside story est la meilleure analyse au sujet de Marika trouvée pour le moment.

Les médias ont rapporté le massacre de plus de 34 mineurs grévistes, y compris des policiers, en tout, dit-on 44 tués et 78 blessés. Il faut être naïf pour croire de telles données sur paroles.

Les journaux et médias sud-africains y compris le Weekly Mail and  Guardian  avec Micah Reddy (researcher and master's student at Oxford University, who has been researching labour relations on platinum mines) http://mg.co.za/article/2012-08-24-00-marikana-the-latest-chapter-in-a-long-saga

 Et  Daily Maverick avec Peter Alexander  se tourne vers les mineurs eux-mêmes pour vérifier autant que faire se peut, les bulletins de la police sud-africaine et le gouvernement Zuma. http://dailymaverick.co.za/article/2012-08-23-marikana-what-really-happened-we-may-never-know

 Dans Histoire Inavouées de l’Apartheid (Harmattan 1995), le chapitre 36, page 211, je raconte la visite que nous avons faite dans une mine d’or en Afrique du Sud. Je viens de le relire et je me retrouve aujourd’hui dans la mine de Marikana d’où ont émergés les mineurs pour clamer « Cela suffit » Enough is enough !¨

 Oui : «Au temps de l’apartheid, les noirs y étaient traités comme des objets. Aujourd’hui, les africains sont dressés les uns contre les autres pour savoir qui est le représentant légitime des travailleurs. Mais ce que signifie Marikana, c’est que la valeur de la vie humaine continue d’y être insignifiante… Beaucoup plus faible en tout cas que celle du platine… » En Suisse aussi bien sûr! 

On va peut-être prier, prier qui, pour qui, pour quoi?


 Ma réflexion : Il y a l’avant et le présent de Marikana. Si les nombreux syndicats renouent les liens, nous saurons que l’Union fait la force comme au temps de COSATU que représente si bien Patrick Craven ! La lutte pour un salaire décent pourra continuer. Mais si nous permettons au Patronat de diviser la base, nous resterons ou redeviendrons des esclaves. Nous disions dans les années 1970, 1980 : « Une injure a l’un est une injure à tous ! »

 Le plus grand défi restera – après les interminables deuils et les nécessaires analyses des causes radicales et macro-économiques des « Marikana à répétition » de reconnaître et de rejeter les pièges de la division et des intérêts particuliers !

 Zuma, ni les parlementaires nouveaux bourgeois qui suintent l’hypocrisie crasse ne sont immuables, La Constitution sud-africaine, une des meilleures au monde nous a-t-on répété, garantit les changements non violents possibles. (Chapter 5 - The President and National Executive ) Le Congrès National Africain ayant abandonné sa noble lutte est aujourd’hui en pleine phase de corruption ! Il ne suffit pas que l’ANC exclue Malema de ses rangs si ce dernier, comme on l’a vu à Marikana s’engage pour les grévistes… pour son profit « politique ».

 Lors de la cérémonie des morts, l'archevêque anglican du Cap, Thabo Makgoba, a prié  "Dieu, où étais-Tu lorsque nos enfants ont été tués ? Dieu, où étais-Tu lorsqu'on ne leur a pas payé les salaires qu'ils méritaient ?"

 La question reste ouverte ainsi que la réponse s’il réponse il y a ! A moins que cette petite phrase d’un Franciscain ne nous console : We must not push the river, we must just trust that we are really in the river, and God is the current….

 Nous ne pouvons pousser le courant d’eau; conscients que nous sommes au cœur de la rivière, nous pouvons faire confiance à Dieu… Il est le courrant

 

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Commentaires

Bonjour chère Claire-Marie. Dieu est le courant mais est-il au courant que les ^^etres humains sont des animaux jamais satisfaits, jamais assez riches, jamais heureux, toujours pr^^ets à dominer et à faire subir l'esclavage, les humiliations, la terreur, l'emprisonnement et le meurtre pour garder le pouvoir. C'est hélas aussi écrit dans les Livres sacrés de Dieu. La soumission à Dieu est d'abord une soumission au pouvoir des hommes qui le détienne. Mais comme Dieu refuse d'évoluer depuis l'arrivée du dernier Prophète du monothéisme, que les églises, les synagogues, et les mosquées y ont mis le grappin dessus, il n'y a pas de raison valable et surtout supérieure pour que l'^^etre humain change vraiment et devienne un ^^etre plus évolué, plus près de la justice, du renoncement au pouvoir, du désir de se cultiver, de partager, de chanter pour tous les humains avec l'Amour et l'Amitié comme plus grand objectif.

Il faudrait peut-^^etre que Dieu et ses créatures deviennent plus croyant au pouvoir de l'Amour. Le courant de la rivière pourrait alors changer de route, ses humains chargés moins de boue et porter plus de couleurs permettant de comprendre qu'ils ne sont pas tout blanc ni tout noir dans leur façon de vivre leur vie. Chasser les hypocrites ils reviendront au galop avec leurs bondieuseries.

Merci de ce billet. J'ai beaucoup hésiter à en écrire un sur le sujet. Mais quoi dire encore? Que faire encore quand un peloton d'exécution du pouvoir ne trouve que la mort comme réponse à la détresse d'^^etres humains mis en esclavage par des profiteurs cyniques du pouvoir?

Très belle journée, Claire-Marie. Dieu est au courant de votre grande bonté.

Écrit par : pachakmac | 25/08/2012

Ah que ce serait beau si le monde était si simple et d'avoir ainsi raison toute seule face à votre ordinateur ! Pourtant, vous avez vu comme moi des images des manifs ouvrières. Vous avez vu les sagaies, les machettes et le visage très fâché des manifestants. Et vous venez avec de grandes théories sur les méchants Suisses de X-strata qui tiennent 20 % des actions de Lonmin. Vous avez du coup rajouté 5% de plus pour faire bonne mesure...

Le 9 novembre 2001, j'étais à Pemba, capitale de la province de Cabo Delgado, Mozambique. La Renamo, l'ancien adversaire du Frelimo marxiste, une sorte de coalition de fascistes portugais et d'anciens de la Rhodésie encore plus fascistes, mais dont j'ai de la peine à comprendre les assises populaires dans le N du Moz, avait organisé des manifestations sur le territoire de cette province parce qu'ils se sentaient tenus à l'écart de la vie économique après une dizaine d'années de paix. A Pemba, des bureaux de la Direction de l'Hydraulique distants de quelques centaines de mètres, on a très bien entendu les détonations. Tirs de kalachnikovs. Quelques blessés, peut-être un mort, on n'a jamais su exactement. Les manifestants sont arrivés à quelques mètres des policiers qui leur interdisaient l'accès aux bâtiments des Autorités, pour éviter que les manifestants saccagent tout au nom du droit d'agir en parfait crétin du moment qu'on est noyé dans la foule. Ils agitaient leurs machettes sous le nez des policiers, qui ne disposaient que de Kalachnikovs pour défendre. Quand les policiers ont bien compris que s'ils ne faisaient rien, ils seraient tués sans pitié, ils ont préféré tuer ceux qui voulaient les tuer.

A Montepuez, les manifestants ont su profité de leurs hésitations. Ceux des policiers qui n'ont pas réussi à fuir ont été émasculés, brûlés et jetés dans des puits. On a vu une femme hystérique se balader avec l'appareil génital d'un de ces policiers en jouant avec comme s'il s'agissait d'un téléphone...

Deux jours plus tard - sauf erreur -, je me suis rendu à Montepuez pour mon travail. L'ambiance en ville était indescriptible. Rien de visible a priori, mais une tension invraisemblable. La police du Frelimo était arrivée en force et a rempli les prisons. Rempli à 100 pour une pièce de 50 m2. Et dans cette salle, un groupe de 6 Naparamas.

http://articles.latimes.com/keyword/naparama

Une sorte de secte de combattants fondée par une sorcière lors de la guerre de libération. Ils étaient évidemment immunisés contre les balles par quelques gri-gris, comme sûrement les ouvriers de Minakara...

D'après ce que l'on m'a raconté, ils ont bu leur "eau sacrée", que je soupçonne d'être fortement hallucinogène et ils ont mis le feu à des plantes du même tonneau. Les autres prisonniers se sont affolé, crié beaucoup, au point que les deux ou trois policiers présents pour les garder n'ont pas osé ouvrir leur porte. Ils sont tous morts étouffé, les Naparamas aussi, malgré leurs gri-gris.

Dans 24 heures, cela a donné trois lignes de faits divers, j'ai vérifié. Il faut dire que le Frelimo est du même bord que la rédaction de ce journal, et qu'on ne peut rien reprocher au capitalisme international dans cette histoire...

Écrit par : Géo | 25/08/2012

Défense à la machette et au couteau... Oui... Les mineurs n'ont pas raison d'utiliser la violence pour parvenir à leur fin sans doute légitime ( l'augmentation par 3 de leur salaire de misère). Mais que défendait le peloton d'exécution? Un ministre? Une immeuble gouvernemental? Il ne me semble pas. Derrière le peloton d'exécution, la nature semble régner en ma^^itresse sur les lieux de l'exécution. Alors que faisait ce cordon de flics dans les parages si ce n'est provoquer des mineurs échaudés, à bout de nerfs, détruits et humiliés par un pouvoir les maintenant en esclavage depuis des années?

On peut discuter des armes syndicales. On peut accuser les mineurs de s'^^etre armés. Le conflit ici est violent et pas innocent. Mais jamais, ^^o grand jamais, je ne peux cautionner le meurtre de ces maris, pères de famille, travailleurs corvéables à merci pour la richesse et le bien-^^etre luxueux de leurs exploiteurs.

Écrit par : pachakmac | 25/08/2012

Et un exemple de plus des méfaits de la lecture en diagonale...

Écrit par : Géo | 25/08/2012

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