12/08/2012

«Mon amour de sorcière»



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Etre pauvre, femme, célibataire, c’est être sur la liste des sorcières ?

Préliminaires :

Réhabilitée en 2009, elle a désormais une place à son nom, au Guintzet. La Catillon, accusée de sorcellerie et exécutée à Fribourg en 1731, est restée dans les mémoires pour avoir été la dernière... à suivre !

J'ai fait sa connaissance à Sorens dans une ferme de 200 ans. Et c'est une mémoire vive et vivante , tant Jean Winiger et ses acteurs la rendent présente , vraie et belle, la sorcière ensorceleuse ! Bravo, félicitations et merci pour ce trésor historique qui pourrait mener très loin une réflexion sur l'actualité !

Le décor ne pouvait être plus simple ce jeudi 9 août 2012: en plein air, sous un abri pour environ 90 spectateurs. Un chemin pierreux, de l’herbe, des arbrisseaux, c’est la nature dépouillée de tout artifice. C’est parfait.

Le soir tombe.  A peine un petit frisson car les yeux curieux, le cœur battant, j’attends Catillon. Ce n’est pas tous les jours qu’on est face à face avec une sorcière mal-aimée et que j’aime déjà… car elle a réellement vécu dans cet étrange et très pieux pays de Gruyère  verte et de son appendice Fribourg la super pieuse.

Catillon, (1663) nous dit-on, de son vrai nom Catherine Repond,  est la dernière sorcière  à avoir été brûlée en pays fribourgeois en 1731 .

La plus grande partie de ma vie vécue à l'autre bout du monde me paraît un peu comme la forêt qui me cachait l'arbre où se nichait mon enfance, et ombrage ma vieillesse. Je viens de découvrir Catillon sous l'arbre à palabre de la Gruyère.

 

J'ai voulu en savoir plus car, aujourd'hui encore, sorcière rime avec astuce mal intentionnée et apparentée au diable … oui aujourd’hui-même…

J'ai voulu en savoir plus et Internet m'a généreusement renseignée à ma grande surprise :  Catillon est « un Amour de sorcière » réhabilitation, serait-il donc impensable comme la Pucelle d’Orléan, elle fut un beau jour sinon canonisée, du moins béatifiée !

Je ne sais si c'est à l'Eglise ou à l'Etat, aux historiens, écrivains, artistes,  conteurs que Catillon doit sa réhabilitation. Il me faudra chercher longtemps pour y voir plus clair dans cette histoire à tant d’autres pareilles ! Jean Winigerd a ouvert la porte à l’exploration et à la découverte !

Avec une sincère gratitude envers la Ville de Fribourg et son bulletin d'information, No 267,  septembre 2010, je partage ce qui suit sur cette femme compatriote de mes consœurs et des femmes de Romandie

« Cette dernière précise que la répression fit alors entre 70 et 80% de victimes féminines coupables d’être pauvres, célibataires et… femmes

29.05.2012

 

D’où vient CATILLON ?

Catherine Repond  est née  à Villarvolard, en Gruyère, en 1663, fille de Sulpice-Noé et de Catherine Repond . Elle a été baptisée le 18 août. Sa vie, n’a rien d’un long fleuve tranquille, même près de la Sarine. Ce qu’elle a vécu , on l’apprend  par les interrogatoires plus qu’elle eut à subir, d’abord au château de Corbières, du 14 avril au 5 juillet, puis lors de séances de torture à Fribourg, du 13 juillet au 15 septembre 1731.

Cheminement

Qu’en est-il de son enfance, de l’éducation reçue à l’école, à l’église en famille et dans la société. A-t-elle joué avec d’autres enfants ? A-t-elle eu une vie sociale ? Des projets de vie ? Je ne trouve pas.

La question

Qu’a fait Catillon pour se retrouver entre les mains du bourreau? Des rumeurs entourent cette pauvre femme sans attaches, souvent en vadrouille, parfois hors des sentiers battus, essayant de survivre dans un environnement d’Ancien Régime, alors aussi superstitieux qu’impitoyable.

Enquête

Quatre témoins de Corbières rapportent que Catillon a la fâcheuse habitude de se rendre dans les alpages et d’y réclamer du lait. Plus grave, il n’est pas rare qu’elle le fasse le dimanche, à l’heure où elle devrait être à la messe. Lorsqu’on lui refuse l’aumône  elle voue aux gémonies l’alpage en affirmant que l’année suivante on n’en tirera aucun profit. Ces menaces lui attirent de solides inimitiés… surtout après qu’en 1726 par exemple le lait tourne, fromage et sérac sont gâtés, bien que l’armailli ait fait bénir le chaudron et tout le chalet par les capucins de Bulle. C’est une faute impardonnable dans une région où la production du gruyère atteint son apogée et que nombre de  «montagnes» appartiennent aux «Messieurs de Fribourg»!

Refuser la Charité

C’est l’époque où « refuser la charité aux pauvres » est punie par qui demande l’aumône.

Le bouc émissaire, c’est la sorcellerie qui apparaît après qu’un villageois opulent a chassé  une mendiante.  Suite de la sorcellerie : un ACCIDENT malencontreux,  le décès inexplicable d’un animal, la maladie d’un enfant –,

tous ces malheurs sont mis sur le dos de « la bossue » alias Catillon  jeteuse de sorts, à qui on a dénié tout geste de solidarité.

La sorcière

Catillon erre et, en 1730,   leurs Excellences ne manqueront pas la première occasion de s’en prendre à elle qui a osé mettre en cause un clerc. Elle va payer au prix fort son statut de femme isolée.

Le 14 avril 1731, le bailli de Corbières, Béat-Nicolas Montenach, dépositaire de l’autorité de l’Etat, convoque Catherine Repond  afin de s’assurer  de la blessure d’un pied de la Catillon et à qui faisait jaser les gens de la région.

Lors de l’audition, la femme retire sa chaussure et montre son pied gauche auquel manquent tous les orteils.

Répondant aux questions Catherine dit que quatre jours avant la Toussaint, elle est allée mendier son pain de l’autre côté du Gibloux. Une nuit, près de Villargiroud, où elle a trouvé refuge dans une grange, on lui a coupé les doigts afin de l’empêcher de rôder dans le canton pour faire usage « du droit du pauvre. »

Son calvaire

ne fait que commencer. La Catillon est interrogée six fois au château de Corbières, travaillée au corps, c’est le cas de le dire, par le bailli qui la fait torturer dès le troisième interrogatoire, le 13 juin 1731.

Méthodes

D’abord hissée à une «simple» corde, on lui attache aux jambes, à partir de la quatrième séance, des charges de plus en plus lourdes, jusqu’à un quintal lors de la sixième. Face à des traitements aussi inhumains, les inévitables aveux qu’on en tire sont ceux que le tribunal a décidé de recevoir.

Aveux

Elle avoue enfin avoir participé environ dix fois à des réunions nocturnes, dénommées «sectes» ou «chetta» en langage local, et avoir conclu un pacte avec le diable, auquel elle aurait même cédé.

Il faut plus d’aveux

Pour faire bon poids – 75 kg, sous ses pieds mutilés –, on lui extorque la participation à une cinquantaine de ces sabbats à la fribourgeoise et la dénonciation d’une foule de présumés complices.

Au bord du gouffre

Elle a failli mourir au sixième de ce que l’on n’ose même plu nommer interrogatoire, Les bourreaux et le tortionnaire  impute cette défaillance  – non pas à la violence physique exercée à son encontre, mais à Satan en personne qui asphyxie sa servante pour qu’elle cesse de dénoncer d’autres comparses.

Le bailli Montenach, d’une cruauté sans mesure va jusqu’à la limite et Catillon apparaît sous la forme d’une brebis galeuse, voire bel et bien sous les traits d’un bouc émissaire!

Elle en savait trop : Montenach, Justin Bouquet, affaires d’argent … corruption

Des membres du patriciat fribourgeois, accablent la Gruérienne des maux dont ils souffrent, des patriciennes

s’imaginant même être ensorcelées par la Catillon. Au lieu

d’être exécutée sur place, la voilà transférée dans la bien nommée Mauvaise-Tour à Fribourg, alors située à proximité de l’actuel Musée d’art et d’histoire.

Un nouveau procès

s’appuie sur pas moins de sept interrogatoires qui sont autant d’épreuves. La pauvre femme est torturée avec un luxe de raffinements.

Pendant qu’on y est, il est même question de sorcières volant... sur un balai.

Finalement, dans leur ‹grande mansuétude›, les autorités cantonales accordent à Catherine Repond la ‹faveur› d’être étranglée par le bourreau avant de se consumer sur le bûcher du Guintzet.

Mutation

La brebis galeuse transformée en «sorcière bien-aimée»,  son existence se poursuit à titre posthume dans l’imaginaire collectif. La fameuse Pierre-à-Catillon à Moléson sur Gruyères est devenue un lieu de mémoire, au même titre que la source d’eau vive du Gibloux. Catillon, qui a notamment donné son nom à une route de Villarlod.

« Le mardi 12 octobre prochain, (2010) les autorités et la population inaugureront la place Catherine-Repond sur les hauts de Fribourg, plus précisément au Guintzet1, aujourd’hui lieu de détente par excellence, autrefois emplacement des exécutions capitales avant 1798.

Réhabilitation tardive

Cette démarche officielle s’inscrit dans le cadre de la réhabilitation par notre société des personnes et autres minorités persécutées au fil du temps et qu’incarne l’étonnant et tragique parcours de la Catillon,

Venez donc à Sorens : Espace Aurore: spectacle théâtral Catillon, de Jean Winiger. Réservations au 079 529 35 14. Je-sa 20 h 30, di 19 h.

J'ai fait connaissance de la magnifique sorcière qui pourrait tout aussi bien être la fée ensorceleuse :

Catillon la mal aimée interprétée par  Salomé Zangerl

Bailli de Montenach interprété par Jean Winiger

Justin Bouquet interprété Renato Delnon

Thomas, domestique du bailli, interprété par Dany Walker

Jérôme Kuhn, le musicien

Julien Chavaz, metteur en scène.

Je vous souhaite le plaisir de ce spectacle !

* Merci au Journal La Gruyère pour la photo.

15:33 Publié dans Femmes | Tags : catillon | Lien permanent | Commentaires (0)

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