11/05/2011

Le Passé Présent

 

med-bouton-d-or-visoflora-3368.jpg

 

C’est le printemps et, si ce n’était le climat mécontent des excès d’une croissance effrénée, et qui s'échauffe et tarit nos sources, je pourrais jouir de la brise à travers les giboulées frémissantes sous un soleil taquin !

Alchemille-18-avril-2009-015.jpgJe pourrais guetter l’apparition de chaque petite fleur dans les prés, sur les talus, entre les pierres du ruisseau limpide : pâquerettes, pervenches, violettes sous la mousse soyeuse, primevères et tout un parterre qu’aucun artiste humain n’aurait pu imaginer, sinon le grand artiste amoureux des plus petites choses !

Et je pourrais, à plat ventre me perdre devant cette goutte de rosée blottie au cœur d’une feuille d’Achemilla et qui repose comme une grosse larme ronde jusqu’à ce qu’un rayon de soleil s’en empare pour lui tout seul. Et l'aspire!

Et je pourrais rester aux aguets, tôt le matin, quatre sous dans la poche de 680_P1110601rr_Ea2-850.jpgmon tablier à carreaux jaunes et bruns, afin d'attraper ma chance du tout premier coucou de l'an dans cette branche d’arbre qui le dérobe à mes yeux !

 

Et je pourrais guetter le vol plané de mes hirondelles qui reprennent possession de leurs nids sous le plafond en bois de ma chambre, et j’étendrai sur le plancher un petit tapis pour recueillir ce qu’elles jettent ou laisse tomber par mégarde et j’attendrai la couvée et la nichée. Quel bonheur, quelques duvets s’envolent, des becs affamés piaillent, papa et maman s’agitent, il faut nourrir ces adorables oisillons et leur apporter de tendres petits vers de terre, des graines, des bouts d’herbe humide, une gouttelette, une encore! Elever des oisillons est un travail à plein temps.

images (26).jpgLe couple se partage la tâche!

 

Bientôt, trop tôt peut-être, l’heure du grand courage, sonne! On sort la tête un centimètre, puis deux, on revient en arrière, on s’agrippe au bord du nid, on explore, on regarde vers la lumière, on ouvre une aile minuscule, puis l’autre – j’ai mis des ficelles épaisses d’un mur à l’autre juste au cas – je retiens mon souffle, j’attends ce miracle de liberté : « Voles de tes propres ailes, mon amour ! » Juste le temps de ne rien voir du miracle, l'hirondelle adolescente plonge dans l’espace immense pour elle, elle fait un tour, elle revient, repart, elle bat des ailes et s’envole dans l’inconnu, elle atterrit dans les branches vertes et ses petites pattes aux griffes menues s’agrippent aux moindres tiges souples d’un buisson, et son arrogant petit bec picote un insecte, quel régal; elle va même gober une mouche, une libellule, elle ne connaît plus la peur, l'instinct de survie s'éveille, c'est un jeu, elle gazouille tant qu'elle peut, elle rentre par la fenêtre qui restera grande ouverte jusqu’à l’automne. Elle vire et virevolte avec quatre ou cinq frères et sœurs. Déjà les queues s’allongent légèrement fourchues pour un meilleur équilibre, allez savoir ! Un petit ventre blanc et le reste noir bleuté, elles appartiennent au ciel, les hirondelles et m'ont fait le grand honneur et l'immense bonheur d’habiter chez moi ! Au Clos du Doubs au temps de ma jeunesse.

Une fois partie pour l’Afrique du Sud, maman m’a écrit que les hirondelles n’étaient plus revenues dans la chambre aux fenêtres ouvertes, elles avaient choisi un autre endroit sous les poutres de notre ferme pour y construire leur nid et y faire leurs nichées.

dyn002_original_355_426_jpeg_2624585_dec9a80d1f7b66563b3bffc8c9c8e14a.jpg En Afrique, j’ai vu des hirondelles. Les mêmes? Je ne crois pas. Elles restaient alignées sur des fils téléphoniques... mais où étaient les nids ? Elles étaient noires et blanches en un seul et même oiseau au pays de l’apartheid, mes hirondelles. Que le Bon Dieu fait bien les choses !

« Je pourrais », ai-je répété ? Mais je peux, bien sûr, dans la plénitude du moment présent.

23:12 Publié dans Général | Tags : souvenir | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

"Rosée blottie au cœur d’une feuille d’Achemilla et qui repose comme une grosse larme ronde jusqu’à ce qu’un rayon de soleil s’en empare pour lui tout seul. Et l'aspire!"
Quelle belle poétesse vous faite, très chère Claire-Marie!
Je vous suis à plat ventre dans les parfums des prairies. G

Écrit par : gilbert | 14/05/2011

ces souvenirs passés présents. Merci, Gilbert. claire marie

Écrit par : cmj | 14/05/2011

Les commentaires sont fermés.