29/09/2010

TIBHERINE DES HOMMES ET DES DIEUX et la réalité

 

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« Ma vie était donnée... » Il sait bien que la mort n'a pas le dernier mot, et cette réalité de mort de Tibhirine n'a pas le dernier mot. Le terrorisme non plus! Les fleurs poussent plus drues sur les tombes et je suis heureuse de savoir que « Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. » On ne peut « jouir de ce film -Des hommes et des Dieux - si extraordinairement beau » sans s'unir à la réalité qui fut et qui est, globalement dans notre monde. C'est pourquoi je vous donne le Testament de Christian. (claire-marie)

 

Testament spirituel du frère Christian 

  
Quand un A-DIEU s’envisage... 

S'il  m'arrivait  un jour - et ça pourrait  être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays. 


Qu'ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort  à tant d'autres  aussi violentes laissées dans l'indifférence de l'anonymat. Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui- là qui me frapperait aveuglément. 

J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m'aurait atteint.
 

Je ne saurais souhaiter une telle mort ; il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet,  comment  je  pourrais  me  réjouir  que  ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.
 

C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.
 

L'Algérie et l'islam, pour moi,  c'est  autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit-fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir  la  ressemblance,  en  jouant  avec  les différences.
 
Cette  vie  perdue,  totalement  mienne,  et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir  voulue tout  entière pour  cette JOIE-là, envers et malgré tout.  Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !
 

Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux, ce MERCI, et cet « A-DIEU » envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !  Incha Allah ! 


Alger, 1er décembre 1993. 
Tibhirine, 1er janvier 1994. (c'est Frère Christian Chergé)

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23:32 Publié dans Spiritualités | Tags : testament | Lien permanent | Commentaires (0)

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