30/04/2010

HENRI SCHALLER: UN LEADER

 

 

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damassines

Un leader: Henri Schaller

Présenter un leader vaut mieux qu’une théorie laborieuse sur le leadership. Un Jurassien, Henri Schaller de Corban surgit dans ma mémoire, il était guide, leader et avançait dans la vie avec les gens de tous les jours.  Google ne me trouve quasiment rien de lui et j'ai recours à mes mes souvenirs.

Henri Schaller est née en 1886 à Corban, en « Terre sainte », vallée de Delémont, d’une famille de 12 enfants. Il fut prêtre,  journaliste directeur du journal Le pays - fondé par Ernest Daucourt en 1873. Le Pays parut quotidiennement dès 1923. Schaller fut  Président de la Presse catholique romande et Directeur de la Bonne Presse du Jura. Il mourut en 1985 à Porrentruy.

A l’occasion de ses 93 ans, Le Pays publie une interview de Henri Schaller toute scintillante de son humour et de sa sagesse. Il tire de son sac des souvenirs une historiette alors qu’il avait quatre ou cinq ans:

« Notre maison était située à quelque distance de la Scheulte, bordée à l’époque de buissons. Il n’y avait pas de murs de protection non plus. Tout le monde à l’époque allait aux poissons dans cette rivière… Un soir, c’était après l’angélus, comme nous étions dix garçons et deux filles, papa faisait le tour des chambres, il y avait trois ou quatre chambres où l’on dormait, puis il faisait encore une tournée après la prière du soir. Au coin de la chambre des parents en bas dormait l’avant-dernier qui s’appelait Edouard.

Ce soir-là donc, papa fit comme de coutume sa dernière inspection des chambres avec une dernière invocation. Et voici que mon frère Eugène va au-devant de papa et crie : « Papa, Henri n’est pas au lit ! – « Henri n’est pas au lit ? Mon Dieu, où est-ce qu’il est ? Est-ce qu’il s’est levé ? Est-ce qu’il est allé à la grange ? » Comme c’était l’automne et comme il avait plu, l’eau de la rivière avait grossi.

» L’inquiétude gagna donc rapidement tout le monde. On organisa immédiatement des recherches, en alertant vis-à-vis où vivait l’oncle, ainsi que chez le Basile, de l’autre côté de la rivière, en criant : « Henri est tombé à l’eau… Henri est tombé à l’eau… » On se met donc avec des lanternes à explorer le bord de la rivière, sur plus de deux cents mètres du côté de Courchapoix. On revient bredouille. Ce sont alors des cris, la désolation, c’est la marraine qui vient, la tante Marie, la tante Marianne, les cousins et cousines, tout le monde se désespérant : « Henri est tombé à l’eau… Henri est tombé à l’eau… » Mais voilà qu’un de mes frères, Jean, a l’idée de passer dans la chambre du bas. » J’aimais beaucoup le petit dernier, Edouard, qui dormait en bas dans son petit lit. Après avoir bien soupé donc, une bonne soupe aux pommes de terre avec du bon pain de ménage fait par nous, j’étais allé me pencher sur le petit lit d’Edouard, et, en le contemplant, je m’étais endormi et avais tout simplement glissé avec lui dans le petit lit ! C’est mon frère Jean, qui alla voir finalement dans la chambre du bas et me découvrit.

« On m’avait donc cherché en vain pendant une heure et demie ! Voilà que tout le monde accourt en criant : « Il est là… Henri est là… » De la désolation, on passe alors au bonheur, aux cris de joie, au magnificat après un « De profundis » manqué. Ce fut une véritable fête, c’est là que j’ai pris conscience qu’on m’aimait beaucoup et je n’ai jamais eu tant de baisers dans ma vie… »

http://www.corban.ch/modules/historique/Histoire_corban.pdf


C’est peut-être cette expérience de l’amour de son entourage qui alluma le feu dans le cœur du gamin, l’amour de tous, au-delà de toutes frontières. Il était un passeur d'Amour à travers ses Francs propos. Il ne songeait pas à faire carrière vers le haut. Il était terrien avant tout et c’est à partir de son contact quotidien avec les petites gens qu’il devint Leader, (je ne sais d'où lui est venu ce titre de Monseigneur)  et exerça une grande influence sur la mentalité de la population du Canton du Jura. Une influence de solidarité, même si le mot n’existait pas encore (ce mot me semble-t-il naquit avec Solidarnosc de Lech Walesa), et d’ouverture qui nous faisait espérer et lutter pour un Jura libre et pour un Vatican II !

Le territoire jurassien est minuscule mais tellement grand de cœur et d’ouverture ! Henri Schaller était conscient des valeurs enfouies dans le labeur quotidien des Jurassiens. Il les cultivait avec sa plume, comme Gilbert Salem met en lumière l’âme vaudoise quand sa plume rend vivante l’histoire des quartiers de Lausanne, des coins secrets, des rivières du Canton de Vaud et des Vaudois.  Henri Schaller rencontrait les gens au bistrot, dans le train, à la foire, et dans la cuisine de nos fermes. On aimait parler avec lui car on savait qu’il écoutait.

Chaque semaine, Le Pays publiait une note, l’ancêtre d’un blog , mettant en exergue une anecdote : qui ce laboureur, qui ce gamin, cette jeune fille, cette maman, ce médecin, ce curé, qui tout un chacun ! On s’y retrouvait et les voisins itou ! La Marie, le Joseph, la Catherine, le Marcel ! Henri Schaller recueillait dans son panier à fruits des histoires du peuple, comme autant de damassines « rose-rouge côté soleil et jaune-orange côté ombre ». Il les ramassait dans son panier et il en faisait un élixir qu’on goûtait en lisant le Franc-propos au Pays et bien sûr en le discutant ! C'était du journalisme de proximité qui nous connectait aux affaires du monde!

J’ai devant moi le précieux livre publié en janvier 1962 sur les Presses de l’Imprimerie jurassienne : et intitulé : FRANCS PROPOS. Il y en a 248 cueillis entre dix mille. Il les signait LEFRANC !

Nous devons beaucoup à ce leader au franc parler ! Surtout peut-être la prise de conscience que la dignité humaine est le droit de chaque personne. Il faut la conquérir, en être fier et surtout savoir qu’elle est le droit de chaque humain au quatre coins du monde !

Juste un extrait : « Monsieur Z. se fait gloire d’être incrédule. Cette qualité… ne l’empêche pas d’avoir du cœur ! S’il supporte tout juste les curés, il aime les Sœurs et il s’en justifie : « Quand j’étais malade plume41.jpgà l’hôpital les curés sont venus me molester pour « sauver mon âme » alors que les Sœurs ont soigné mon corps sans conditions ! »

Voilà un leader authentique: il faisait siennes nos expériences de vie et ce qu'il écrivait, en tant que premier blogueur au quotidien, avait une résonance en notre cœur et en notre intelligence.

Malheureusement, je n'ai pas de photo de Henri Schaller et quant à la couverture de Francs Propos, mon HP scanjet s'obstine à ne pas marcher.

 

 

22:29 Publié dans Général | Tags : schaller | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Merci, Yann, la meilleure source d'information sur Henri Schaller serait peut-être aux Archives cantonales, à Porrentruy, mais je ne suis pas sûre. François Kohler, que j'ai eu connu est historien et archiviste et connaît tout si je me souviens bien. je vous donne ici quelques adresses qui pourraient être utiles:

http://www.corban.ch/modules/historique/Histoire_corban.pdf
au cœur de la terre sainte

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F24815.php
Le Pays

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F24815.php
Mgr Schaller est juste mentionné

http://www.bibliobus.ch/FichiersPDF/Jurassica.pdf
page 86 LEFRANC et Francs Propos

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F3003.php

Henri Schaller a aussi écrit
* "Lettre à Nicodème" (1917 épuisé) Mais sa parenté (du côté de Corban) l'aurait peut-être
* "Saint François d'Assises et les curés" (épuisé)
* "L'Irlande croyante et pittiresque"
* " Récits de voyages: Amérique, Terre Sainte, Afrique du Nord, Grand-Nord (épuisé)
Contes et nouvelles dans diveres publications...

Cela a l'air modeste, mais c'est beaucoup. Je n'ai lu que les Francs Propos et ce qu'il écrivait dans le Pays du temps que j'étais "petite".Si vous voulez je vous prête volontiers ce livre de 398 pages; je pourrais l'envoyer à la librairie où vous êtes, par la poste.
Merci de votre intérêt pour les livres rares. Mon frères Yves (journaliste sportif à la retraite, c'était au Matin rubrique l'athlétisme) ) serait certainement une source d'information.
amicalement
claire-marie

Écrit par : cmj | 02/05/2010

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