10/04/2010

REFLEXION DOMINICALE

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Pâques 2010 (Berne-Bethlehem)

Prédication inspirée de Luc 24,1-2.

Prédicateur: Hermann-Josef Venetz

En ce qui concerne le matin de Pâques, les quatre évangélistes du Nouveau Testament ont leur propre version de l’événement, de telle sorte qu'on ne saurait vraiment savoir ce qui s’est vraiment passé. Voici ce qu’ils ont en commun:



1.   Des femmes furent les premières à venir au tombeau et elles l'ont trouvé vide.



2.   L’ange leur a annoncé la nouvelle de la Résurrection de Jésus et les a envoyées porter la nouvelle aux apôtres et aux disciples, ce qu’elle firent.



3.   Les apôtres ont eu de grosses difficultés à croire ce que leur disaient les femmes. En plus, Luc dit que les apôtres auraient qualifié les paroles des femmes de jacasserie.



On trouve des choses semblables dans presque tous les récits de ce matin de Pâques, en plus de quelques minimes variantes. Mais ce qui m’intéresse le plus est la réaction des apôtres et des disciples qui avaient vécu durant bien des mois en compagnie de Jésus.

La lecture des évangiles ne nous en apprend pas beaucoup plus à ce sujet. Luc raconte que, malgré la nouvelle annoncée par les femmes, deux des disciples quittèrent Jérusalem convaincus que « l’affaire Jésus » appartenait au passé. Sur la route, ils rencontrèrent un homme et ne le reconnurent pas du tout. C’est seulement lorsqu’il se mit à partager avec eux le pain que leurs yeux s'ouvrirent: c’était Jésus. « Se levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem, et ils trouvèrent les onze, et ceux qui étaient assemblés avec eux, et ils dirent : Le Seigneur est réellement ressuscité » (Luc 24,13-34).


Et lorsque le Ressuscité vint vers les disciples tandis qu'ils parlaient de la sorte: « Ils furent saisis de frayeur et d'épouvante, ils croyaient voir un esprit. Mais il leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi pareilles pensées s'élèvent-elles dans vos cœurs ? » (Luc 24,36-38).



Dans l'Évangile de Jean, Marie Madeleine est la seule qui vint au tombeau qu’elle trouva vide; elle s’en alla de suite dire à Pierre et  au disciple que Jésus aimait ce qu’elle avait vu... Lorsque Marie Madeleine revint au tombeau, Jésus se fit reconnaître spécialement à elle en l’appelant par son nom, et il l’envoya de suite dire à ses frères qu’Il s’en retournait au Père. Marie accomplit sa tâche sans tarder et expliqua aux disciples: J'ai vu le Seigneur! Et quelle fut la réaction des disciples ? Le même soir nous les trouvons tout apeurés derrière une porte close (Jean 20,1-2.11-18.19).



Mathieu rapporte que, sur l’ordre des femmes, ils se sont quand même rendus en Galilée où Jésus leur avait donné rendez-vous. Mais que font-ils quand ils voient Jésus ? Matthieu dit: « Et quand ils le virent, ils se prosternèrent; d'aucuns cependant doutèrent » (Mt 28,16-17).



C’est ainsi qu’apparaissent les apôtres et les disciples de Jésus à Pâques. Bien que certains soient tombés à ses pieds comme le dit Matthieu, on peut dire, en gros que bon nombre d'entre eux étaient incrédules, sceptiques, trouillards et qu’en fait, seules les femmes ont pris le risque de la foi.

 

Et que fait Jésus maintenant avec ces incrédules, ces sceptiques, ces trouillards? On écoute et on est étonné! Il les envoie dans le monde entier : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28,19-20). Je pense que Jésus prend un grand risque car Il connaît les siens! Et toute l'histoire de l'Église-institution jusqu'à aujourd'hui, révèle en plein jour, la nature et l'envergure de ce risque de la confiance!



L'Église ne se porte pas bien. Il est vrai qu'aujourd’hui, ce ne sont certes plus les mêmes apôtres et disciples qu'autrefois qui sont au travail, mais ce sont néanmoins principalement des hommes qui s’affublent volontiers du titre de « successeurs des apôtres » comme le catéchisme nous l’a enseigné. Il faut reconnaître qu'à l’époque, on ne nous a pas clairement appris que les Apôtres, envoyés par le Ressuscité dans le monde entier, n’étaient pas seulement des Apôtres, mais qu'ils étaient également des gens pleins de doutes, Ils étaient des septiques, des trouillards, des hommes de peu de foi. Des gens de peu de courage et de peu de confiance.

Mais s’il en est ainsi, pourquoi donc penser que les successeurs actuels des apôtres soient plus parfaits que ceux que Jésus a envoyés? Des gens pleins de doutes, des sceptiques, des trouillards. L'église n’a jamais eu des chefs parfaits, ni au temps des apôtres ni plus tard. Et on ne devrait pas faire comme s'il y en avait aujourd’hui. Je suis heureux et reconnaissant que les évangélistes n'aient pas caché les faiblesses et les erreurs des apôtres, je suis reconnaissant qu’ils n’aient pas balayé sous le tapis leurs bavures et leurs fautes. Je ne dis pas cela à la légère comme si je voulais dire: « Les successeurs des apôtres actuels ne doivent donc pas être meilleurs que leurs prédécesseurs et maîtres qui se nommaient Pierre, Jean et bien d'autres encore!» Non! Je dis que les évangélistes pourraient nous apprendre à confronter nos problèmes avec franchise, droiture, modestie ainsi qu'avec une approche crédible, ouverte à la reconnaissance publique de nos manques et de nos fautes. Ceci concerne aussi les autorités de l'Église-institution. Pourquoi sont-elles incapables, face à des cas bien précis, d'admettre leurs graves erreurs et leurs dissimulations? Pourquoi dissimuler ou simplement ne pas admettre l'évidence? Les autorités font ainsi penser qu'elles sont davantage préoccupées de leur réputation personnelle et de celle de l'Église-institution, que du devoir de respecter et de promouvoir la dignité humaine des victimes? L'ironie est qu'un tel comportement se retourne contre elle, et porte atteinte à sa  réputation.

Mais maintenant, je dois encore vous dire quelque chose que nous n’avions guère appris  au catéchisme: Ce ne sont pas seulement le pape, les évêques, éventuellement les prêtres qui marchent à la suite des apôtres, mais ce sont aussi nous tous et d'autres encore, les laïcs, les femmes, les hommes, tous, nous sommes envoyés dans le monde entier, proclamer à tous les peuples le message de la Vie nouvelle! Le message de l'invincible Espérance! Tous, nous voulons faire l'expérience vécue au quotidien de ce que signifie la Vie nouvelle et l'inébranlable Espérance de Pâques! Cette expérience de Vie n’est pas une affaire individuelle seulement, comme par exemple lorsque nous reconnaissons nos fautes dans le secret du confessionnal, dans une chambrette privée, ou à demi mots inaudibles. Au contraire, nous voulons faire une expérience de Vie en reconnaissant publiquement nos erreurs, nos fautes, notre hypocrisie. Car les gens ont droit à notre témoignage de vie authentique, tout en restant conscients que nous sommes encore très très loin de la « Vie en plénitude » (Jean 10, 10) promise par Jésus. Là est notre espérance!



Aujourd'hui, l'Église ne va pas bien. Je l’ai déjà dit et tout le monde le sait. Mais je reste convaincu: il ne s'agit pas uniquement, mais aussi de l'Église, cette Église avec tous ses manques, ses rides, ses fautes est envoyée à ce monde déchiré, tourmenté afin d'être un témoignage de Vie nouvelle à notre monde déchiré, tourmenté! Et je suis aussi fermement convaincu que nous tous sommes l'Église. Tous, avec nos faiblesses et nos fautes, nous sommes envoyés au monde, d'abord à notre environnement concret, afin de proclamer que la mort n'aura pas le dernier mot, que la paix et la justice pour tous dans un monde nouveau est possible. Et que personne ne nous ôtera cette Espérance. Relever ce défi et réussir malgré tout ce qui vient d'arriver? C’est possible?

e6f01c09ec60dfd0-1-.jpgLa foi en Jésus ressuscité nous encourage et nous donne la force de prendre le risque. Je dirais même, parce que c’est ma conviction: Yes we can. Nous le pouvons. Amen.

 

(traduction: Claire-Marie Jeannotat, ce qui est souligné est de moi)
Avec reconnaissance à l'auteur.

23:09 Publié dans Église(s) | Tags : église | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Vous avez tout compris, et davantage encore. A bientôt. Claire-Marie

Écrit par : cmj | 11/04/2010

"âne ou le bœuf", les plus proches de l'enfant alors qu'il grelottait. L'empathie, me dit un ami (Albert Nolan) précède la compassion. L'âne et le bœuf se mettent à la place du bébé, et lui montrent concrètement leur compassion! Quelle belle leçon!
merci beaucoup!
claire marie

Écrit par : cmj | 13/04/2010

C'est tout simplement magnifique,l'histoire familiale. Je n'ose presque pas y toucher! c'est si vrai et il me semble voir comme un sourire de votre grand-mère Aline. Elle est avec vous et merci de partager cher Yann.
claire marie

Écrit par : cmj | 14/04/2010

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