11/02/2010

L'HOMME QUE J'AIME

 

L’Homme que j’aime

Madiba aujourd'hui ! 11.02.10 au Parlement du Cap!

 

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Je l’aimais avant d’avoir vu son visage, avant de le connaître. Les étudiants du « Little Flower High Catholic School » murmuraient son nom : Madiba. C’était dès 1949,  et Nelson Rolihlala Mandela faisait vibrer l’espérance des jeunes Africains. Bernard Phiri, « mon » étudiant avait dit clamé devant une soixantaine de jeunes camarades: « Aikôna Sister », si Dieu m’aimait, il ne m’aurait pas fait « noir » dans ce pays » (voir mon témoignage dans « Histoire inavouée de l’Apartheid », Harmattan, 1995).  La colère de Phiri avait fait fleurir, comme une foi toute neuve, un terrible défi dans le désert de mon cœur marqué par l’éducation occidentale chrétienne que j’avais pour Mission de promouvoir !

Dieu n’aimait pas Bernard Phiri ni sa race ni son peuple. Comment lui faire croire le contraire alors que la perversité du système, création d’un Occident « chrétien et civilisé » n’était qu’un vide d’humanité pour le peuple africain.

Qui aimait le peuple Africain, qui aimait Bernard Phiri, qui m’aimait ? Le Dieu occidental  et le Christianisme « après la Vie de Jésus » étaient remis en question. Nécessairement. Par simple besoin d’honnêteté. Je devais découvrir ce Dieu qui aimait Phiri et les opprimés de l'Afrique du Sud et du monde entier.

Je devais être à l’écoute du silence de mes élèves, de leur vie enfouie dans le township, comme il fallait être à l’écoute du fonctionnement d’un système de domination et d’exploitation !

Le mouvement politique « African National Congress et son leader : Nelson Rolihlala Mandela » étaient tabous et proscrits.  Dans ma classe le nom de Mandela et de l’ANC étaient comme un discret roulement de tambour, de l’Océan Indien à l'Atlantique du Cap au Caire, oui, au-delà du Limpopo : Stand up and be counted ! « Une injure à un homme est une injure à tous les hommes ! » J'apprenais sa signification!

L’ANC existait pourtant depuis 1912, mais son existence, son organisation, ses campagnes m’étaient totalement inconnues. Ni journaux, ni télévision, ni radio (en 1948), les supérieures nous donnaient de temps à autres, en huis-clos communautaires, des "nouvelles" qui leur parvenaient de « source sûre ». Et que nul ne mettrait en doute!

Donc, et forcément, pour ce qui me concerne, mes médias furent mes élèves, mes visites dominicales dans le township. Et le journal « Drum » que les étudiants laissaient traîner en classe le lundi matin. Durant environ sept années. L’esprit de Mandela (considéré comme un terroriste par les autorités) prenait racines en moi à partir des racines, des « grassroots people ».

C’était inévitable, l’opposition de l’ANC et de Mandela au système de la minorité blanche provoque arrestations et emprisonnements, tortures, disparitions, suivi du procès de « Rivonia » (non loin d’un Couvent de Carmélites blanches !) En 1964, deuxième emprisonnement de Mandela et de la plupart des leaders de l’ANC : à vie cette fois. A Robben Island. On se durcit comme de l'acier devant la brutalité!

Le Mouvement ANC prend le relais d’une lutte élargie, noble, héroïque et qui forge l’âme et l’intelligence politique d’un peuple en rage de vivre.  Oui une autre Afrique du Sud est possible.  Une sortie de prison ! Une sortie de Système ? Vingt-sept ans de prison.

Ce 11 février 1990, Mandela quitte cette "université" carcérale où il n'a pas perdu son temps. Il y a 20 ans de cela, aujourd'hui. Grâce à la BBC, j’ai pu voir Mandela arriver, live, au Parlement avec Gracia Machel, j’ai applaudi. Souriant dans l’innocence et la pureté de savoir que sa vie et celle de chaque humain a un sens. Le sens de la lutte pour la liberté totale, individuelle et collective. Mais qui reste la responsabilité de chacun.

Aujourd’hui, les pauvres sont toujours pauvres, l’injustice existe, la corruption, le Sida tue plus douloureusement que les balles !  Mais la résilience est énergie de vie. Irresistible. De VRAIE vie. La lutte continue parce que la vie continue, afin que, jour après jour, nous quittions nos multiples prisons sécurisées pour enfin ouvrir nos ailes. Parce que nous voulons nous aimer.

Madiba, je t’aime.

Ecoutez : http://www.youtube.com/watch?v=qXKur2FAN7g

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Il faudra des générations pour guérir les blessures de l'apartheid!



21:52 Publié dans Résistance | Tags : mandela | Lien permanent | Commentaires (0)

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