13/01/2010

Bartolomé de Las Casas

 

Bartolomé de las Casas


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« Il est resserré, le chemin qui conduit à la vie » Mt 7. 6,12-14 .

Pour Bartolomé de Las Casas, j’imagine un processus agonisant, une succession de prises de conscience et de tentations, de « retour en arrière ». Ce serait tellement plus facile d'aller avec le courant... tout en faisant parfois des gestes pour apaiser sa conscience! Nous avons connu ça. Pour Bartolomé, il y avait la pression, le regard de l’entourage, et ce respect envers les autorités religieuses surtout ! Et la menace du péché de désobéissance envers l'autorité religieuse qui vient de Dieu!

Dès son enfance l’aura des autorités monarchiques  et ecclésiastes a dû le tourmenter, jusqu’à ce qu’il admette le fait que ces « trônes et dominations » étaient en fait, une trahison de l'Évangile ! Quand même! La voix prophétique de Montesimos lui paraissait d’abord exagérer. C’est vrai que les Conquistadores devaient mieux traiter les Indiens tout en faisant de bonnes affaires sur la terre qu’ils avaient découverte et qui était la leur, de Droit, selon le pape !  Et puis il y avait les paroles et les « bulles » (documents pontificaux qui approuvaient les agissements des colons catholiques) des papes ! Par exemple, moins d’une année après la découverte de Christophe Colomb, le 4 mai 1493, le pape Alexandre VI Borgia signe la bulle «Inter Caetera» qui partage les terres à découvrir entre l'Espagne et le Portugal. Grâce à cette bulle, les Portugais ont pu s'approprier le Brésil. «Inter Cetera» décrète aussi que  « Toutes Nations découvertes» soient converties à la foi catholique ». Selon ce décret colonial, toutes les terres non occupées par des chrétiens sont considérées inoccupées. Les Autochtones ne sont pas considérés comme étant des êtres humains… »

Puis cet extrait de la Bulle du Pape Nicolas V, Dum Diversis, juin 1452, et de Romanus Pontifex de 1455

http://www.reformation.org/bull-romanus-pontifex.html

"Nous avions jadis, par de précédentes lettres, concédé au Roi Alphonse, entre autres choses, la faculté pleine et entière d’attaquer, de conquérir, de vaincre, de réduire et de soumettre tous les sarrasins (c-a-d les Nègres), païens et autres ennemis du Christ où qu’ils soient, avec leurs royaumes, duchés, principautés, domaines, propriétés, meubles et immeubles, tous les biens par eux détenus et possédés, de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle (...) de s’attribuer et faire servir à usage et utilité ces dits royaumes, duchés, contrés, principautés, propriétés, possessions et biens de ces infidèles sarrasins (nègres) et païens (...) »

Consulter à ce sujet, l’excellent site de Sœur Joan Chittister à l’adresse suivante : http://ncronline.org/blogs/where-i-stand/past-very-living-thing-try-not-forget-it (24 avril 2009)

Et ici je dois dévier de Las Casas pour jeter un regard sur l’approche des autorités catholiques actuelles au sujet de ces crimes. Car comme le commente Sœur Joan, de telles déclarations marquent l’Histoire dans sa mouvance jusqu’à nos jours ! Selon moi, Joan a raison et même si Jean-Paul II - à l'occasion d'une assemblée de la Celam en 1992 - a demandé pardon aux peuples amérindiens pour le rôle joué par les chrétiens européens dans la conquête des Amériques, le retour de manivelle ne s’est pas fait attendre car Benoît XVI, le 13 mai 2007, a en effet affirmé que "l'annonce de Jésus et de son Évangile n'a comporté à aucun moment une aliénation des cultures précolombiennes et n'a pas imposé une culture étrangère". Devant la Conférence des évêques d'Amérique Latine (Celam) à Aparecida, au Brésil. Ces affronts à la vérité ne sont pas anodins !

Mais revenons à une grave erreur de Las Casas sur le chemin de sa conversion. Il ne pouvait supporter les souffrances des Indiens qui avaient touché son cœur, et, dans ses efforts pour assouvir leur sort, il finit par proposer comme alternatif à l’asservissement des amérindiens l’esclavage des nègres, « car ces derniers étaient considérés comme inférieurs aux amérindiens. » Le travail d’esclaves étant indispensable à la rentabilité de la terre volée! Las Casas regretta amèrement son erreur ! « Il a longtemps tardé à revendiquer l'abolition de l'esclavage des Noirs, lui qui s'est engagé avec vigueur en faveur de celle des Indiens ». ( Esprit et Vie Harmattan 2003)

Chacun de nous peut comprendre, chacun de nous, à travers nos propres lâchetés et trahisons, la dose d'humilité qu'il a fallu à Bartolomé de Las Casas, l’humilité, et oui, la grâce de Dieu, pour avancer sur le chemin de la conversion. La foi en sa dignité d’homme !

Mais nous avançons sur ce chemin rocailleux et serons bientôt à la veille la Pentecôte 1514.

 

10:49 Publié dans Spiritualités | Tags : esclaves | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

"Ne fais aucune différence entre l'origine ou la couche sociale à laquelle appartiennent les êtres humains que tu approcheras pour ne pas offenser ton Dieu" aurait pu être une parole du Christ. N'est-ce pas, chère Soeur. Et oui. nous avons tous des tendances à privilégier une ou l'autre des tribus humaines au détriment des autres. C'est très difficile de garder un équilibre d'humanité, voir si incompréhensible pour votre entourage quand vous appartenez à une tribu et que vous défendez la tribu voisine contre votre propre camp lorsqu'une injustice semble flagrante pour vous... C'est aussi cela la Parole du Christ. Ne fais pas à plus petit que toi ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse subir. La vie est un combat pour la noblesse du coeur contre un mur de bassesses perpétuelles entre nous. S'investir dans une lutte mais toujours garder en point de mire les personnes qui seront peut-être lésées si j'offre ma parole à un combat légitime. Exemple flagrant: se battre contre l'excision tout en sachant que vous allez heurter et affaiblir une croyance millénaire ancrée au sein même d'une communauté humaine différente de la vôtre. Difficile combat que celui de convaincre une population de la légitimité et de l'avancée pour l'humanité entière de la disparition d'une pratique ou d'une loi trop archaïque...

Écrit par : pachakmac | 13/01/2010

Merci beaucoup!
claire-marie

Écrit par : cmj | 13/01/2010

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