11/01/2010

BARTOLOME DE LAS CASAS

 

 

Ve centenaire de Charles Quint.gif

Il n’y a, à ma connaissance, pas de conversions éclaires. C’est comme un mûrissement parfois très douloureux, selon les réalités où l’on se trouve sans l’avoir voulu. Il arrive que nos yeux se décillent. On voit notre propre ego et celui des autres, et l’ego collectif à la lumière de l'Évangile. C’est une prise de conscience d’une « chose importante » pour soi et pour  tous! Et l’honnêteté nous force à être conséquent. Ce n’est pas automatique. C’est un processus.

Bartolomé de Las Casas a été élevé dans la culture et la mentalité politique et  religieuse des « trônes et des dominations ».  Et le jeune clerc Las Casas dira plus tard de lui-même qu’à son arrivée en 1502 au port de Saint Saint-Domingue:

"Avant qu'aucun de nous ne rentrât à terre, des Espagnols accourus sur la plage nous annoncèrent : les nouvelles sont très bonnes. On a trouvé de l'or et nous sommes en guerre avec les Indiens, ce qui nous permettra de faire beaucoup d'esclaves ! Tout le monde en conclut que nous arrivons à un heureux moment".

Le temps passe et les colons et leur praxis sont rentables en or et en âmes à cette  monarchie catholique. « En 1513 le Pape attribue aux espagnols des droits et des normes sur la découverte du nouveau monde, c’est le «Requerimiento ». C’est-à-dire : les indiens doivent reconnaître l’Église. S’ils refusent on peut leur imposer cette reconnaissance par « le fer et le feu ». Des uns ont  bien senti les reproches de leur conscience, mais comme trop d’entre nous aujourd’hui, on « fait avec » en pensant qu’avec le temps, ça va changer sans faire de bruit. On a peur de protester, de descendre dans les rues et d’en assumer les conséquences. To stand up and be counted!

Las Casas prend conscience de l’absurdité qui crève les yeux et tente de s’y opposer. Mais c’est aussi s’opposer au Pape et à la monarchie qui le favorisent pourtant dans sa fonction cléricale et laïc puisqu’il possède des terres et des hommes. Cependant, la contradiction crasse entre l’institution royale-ecclésiastique, et l’humanisme le plus fondamentale, force Bartolomé à la conversion et à l'action! Dans un premier temps. Comme le grand  poète sud africain, Dennis Brutus (mort le 27 décembre 2009) disait que face à l’injustice, « il est impossible de ne pas s’engager ! »

Las Casas, le prêtre-colon confronte l’injustice et prend le chemin ambigü de la conversion. Il n’est pas difficile d’imaginer sa lutte intérieure face aux conséquences ! Et des tentations le tourmentent, comme pour Jésus ! Mais il avance, un pas à la fois ! La perspective de Bartolomé de Las Casas n’est pas celle de l'Église, c’est celle de Jésus. Celle de tout humain conscient de son humanité!

Son point de départ est l’Indien, la race méprisée, l’humanité exploitée. Les hommes sont différents, « mais cette différence n’exclut pas leur commune appartenance à l’humanité ». Etre conséquent provoque une lutte intérieure! Je peux être convaincue que Noirs et Blancs en Afrique du Sud sont destinés à vivre ensemble, à partager la vie, la terre et ses biens. Le vivre exige une conversion permanente des deux parties. C’est un beau défi. Et c’est une libération de son ego individualiste. Une libération d’un peuple.

Le 3ème dimanche de l’Avant 1511, Las Casas est frappé par le courage d’un prêtre dominicain qui, à la Messe, prêche aux colons catholiques espagnols et portugais, après avoir entendu ces paroles de Jean-Baptiste : « Je suis la voix qui crie dans le désert », continue :

« Je suis la voix de Celui qui crie dans le désert de cette île et c'est pour cela qu'il faut que vous m'écoutiez avec attention Cette voix est la plus neuve que vous ayez jamais entendue, la plus âpre et la plus dure… Dites-moi, quel droit et quelle justice vous autorisent à maintenir les Indiens dans une aussi affreuse servitude ? Au nom de quelle autorité avez-vous engagé de se détestables guerres contre ces peuples qui vivaient dans leurs terres d'une manière douce et pacifique, où un nombre considérable d'entre eux ont été détruits par vous et sont morts d'une manière encore jamais vue tant elle est atroce ? Comment les maintenez-vous opprimés et accablés, sans leur donner à manger, sans les soigner dans leurs maladies qui leur viennent de travaux excessifs dont vous les accablez et dont ils meurent ? Pour parler plus exactement, vous les tuez pour obtenir chaque jour un peu plus d'or (idolâtrie)… Ne sont-ils pas des hommes ? Ne sont-ils pas des êtres humains ? Ne devez-vous pas les aimer comme vous-mêmes ? »

On aimerait applaudir, mais vous trouvez les conséquences de ce cri prophétique à l’adresse : http://biblio.domuni.org/articleshist/lascasas/index.htm

A la cour d’Espagne, la monarchie catholique s’agite, s’indigne. Les autorités veulent chasser Montesimos, mais sa communauté et ses supérieures répliquent qu’il, Montesimos, a parlé en leur nom !

Las Casas, lui aussi, était à la Messe et il entendu le sermon de Montesimos, il est frappé, sa prise de conscience s’approfondit mais, est-il écrit : « Tout au plus il sera un peu plus attentif à traiter ses indiens avec quelque humanité. »

La conversion de Las casas avance, lentement, c’est un mûrissement, jusqu'au jour où, en 1514, alors qu'il préparait son sermon de Pentecôte…

(La suite demain, je m’excuse de mélanger l’Afrique du Sud au Nouveau Monde, c’est presque impossible de faire autrement, cm)

 

22:42 Publié dans Spiritualités | Tags : conversion | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Bonjour,

Savez-vous que je faisait référence à Bartolomé de las Casas pas plus tard qu'il y a deux jours dans le blog de François Brélaz, il fut le témoin des méconduites des espagnols lors de l'inquisition et le défenseur des Indiens.

Écrit par : corto | 12/01/2010

Bonjour chère Soeur, je faisais référence hier dans un blog au génocide des Indiens et à leur quasi disparition sur le Continent nord américain. Et c'est sur ce génocide qu'est née la grande Amérique, la première démocratie du monde. J'écrivais cela en pensant à ce qui se passe en Italie, à ces gens de souche qui sont de plus en plus racistes et mafieux vis-à-vis des nouveaux habitants venus d'ailleurs. Et je joignais mon discours au vôtre en écrivant que la xénophobie, le rejet, est la pire des manières pour proposer un avenir à nos enfants. Des ghettos? Des meurtres par milliers? Des guerres? Est-ce cela que nous voulons préparer pour nos enfants? Notre époque n'a pas le choix. Par la guerre et les génocides, l'humanité ne se relèvera pas. Elle disparaîtra corps et bien. C'est à nous tous de choisir et de bien voir si nous voulons travailler pour la Bête, l'Immonde ou si notre coeur a encore suffisamment d'amour pour envisager un avenir digne de l'existence à tous nos enfants. P.S. Je n'ai pas encore reçu de com de votre part sur mon "voyage en Afrique". Votre point de vue m'est important. Si je me suis loupé dans l'écriture, alors c'est très décevant. Car j'ai vécu une semaine intense, pleine d'émotion et de forte tension. Bonne journée à vous, chère Amie.

Écrit par : pachakmac | 12/01/2010

@ Corto: merci, oui, j'ai lu ce matin seulement, vos commentaires dans le débat de François Brelaz et vous citez Bartolomé de Las Casas. A l'époque, on ne peut le nier, l'autorité papale et royale unie, justifiait les massacres les plus sauvages "pour conquérir les esclaves et les âmes". Mais il y avait Las Casas justement et bien des autres... pour mettre un peu de vérité - historique - en exergue.
@ Pachakmac, oui,on "avance pas en rejetant l'autre"!
Vous ne vous êtes nullement "loupé dans l'écriture". Dans le vécu de la semaine en Afrique, c'est l'affaire Khadaffi que je ne comprends pas très bien. Mais je vais vous relire aujourd'hui.à bientôt

Écrit par : cmj | 12/01/2010

...Eh bien, je voulais justement pas en faire le centre de l'"affaire Kadhafi" mais faire du centre nos deux otages retenus là-bas. Franchement, j'ai longtemps hésité, avant mon départ pour Djerba, à me rendre en Libye par des chemins sauvages. Une personne haut placée m'a donné la voie de la raison et de la sagesse. Je ne dis pas son nom parce que mon histoire n'est pas l'histoire principale qui nous préoccupe. Ce qui compte vraiment, c'est de renouer un dialogue d'humanité et d'intelligence avec le clan Kadhafi et de voir Max Göldi et Rachid Hamdani revenir très bientôt en Suisse. C'est difficile de rester sérieux dans un monde qui montre son manque de maturité et son irrespect pour la vie. C'est pourquoi je joue sans cesse sur le mode comique. On peut me prendre pour un bouffon. Je trouve le terme noble quand on est, à l'image de Coluche, un être touché de plein fouet par la détresse du monde.

Écrit par : pachakmac | 12/01/2010

pachakmac, je le répète pour la centième fois, c'est une histoire de banques genevoise v/s banques zurichoises !

Écrit par : corto | 12/01/2010

« En 1513 le Pape attribue aux espagnols des droits et des normes sur la découverte du nouveau monde, c’est le «Requerimiento ». C’est-à-dire : les indiens doivent reconnaître l’Église. S’ils refusent on peut leur imposer cette reconnaissance par « le fer et le feu ».

Plus de mille ans plus tôt ont déjà eu lieu au nom du Christianisme de nombreux faits violents relatés ici en 8 minutes sur Youtube http://www.youtube.com/watch?v=VLzbxJ0RNFY

Et il se trouve encore sur notre terre des endroits où les gens n'ont pas la liberté de penser.

Heureusement, nous avons ici internet permettant de partager nos richesses spirituelles.
Souhaitons cette liberté d'expression à toute la terre!

Écrit par : Anne-Marie | 12/01/2010

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