08/01/2010

EUCHARISTIE FAMILIALE

 

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Fresque: une femme a le calice en ses mains lors de l' Agape dans la catacombe des Saints Pietro e Marcellino (Saints Marcellinus and Peter), Via Labicana, Rome, Italy.

Le pain: eucharistie familiale


Quand je vois des gens à l’église le dimanche, je me demande parfois quelle continuité il y a, depuis ce soir-là où Yeshua mangeait avec ses amis, en leur disant de faire de même en pensant à lui d'une part, et ces spectaculaires liturgies dominicales d'autre part. Des recherches historiques ont sans doute été faites sur cette « continuité », mais ce qui m’interpelle, c' est :

Cela veut dire quoi, le « curé dit la messe » « les pratiquants assistent à la messe », et « deux trois quatre curés concélèbrent » ???

C’est quoi, l'origine et l’essentiel de cette « continuité » ?

Il me semble qu’il s’agit avant tout de partage du pain entre ceux qui ont faim. Faim de nourriture, faim de dignité humaine.

Je crois que j’ai le mieux compris, par anticipation peut-être,  « l’eucharistie ou le partage du pain » lorsque, les enfants réunis autour de la table avec maman, papa prenait le pain, une belle miche ronde, en faisait des morceaux et nous les donnait. Quelques instants durant, nos espiègleries enfantines faisaient place à ce regard spontanément reconnaissant en recevant dans nos mains ce « pain de vie ». Puis, on mangeait en racontant la vie tout simplement, à la ferme, à l’école, au « caté », sur le chemin ; les parents discutant l’actualité rapportée dans le journal et radio Sottens et « comment cela nous concernait » !  Rien de solennel ni de triste. Du sérieux parfois et souvent, quelques batailles, des taquineries, des chansons et des choses pour rire. Tous reprenaient le travail et dépensaient l’énergie que nous avait donnée le pain partagé « fruit de la terre et du travail des gens ». Ce n’était pas dit. C’était vécu.

 

Selon moi c’était – pour employer des termes liturgiques – « l’eucharistie familiale ». C’était, si j’ose dire, le divin au cœur de l’humain, le « sacré animant le profane » comme les premiers chrétiens le faisaient « jour après jour, d’un même cœur ils (…) rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec joie et simplicité de cœur (Actes 2,46) ». Ils n’allaient pas à la Synagogue ni dans des temples.  Et ce pain partagé en famille au cœur de la vie quotidienne était le Pain de vie.

Mais la vie quotidienne implique l’économie, la finance, la politique, la culture, dans l’éternelle tension entre l’égoïsme qui capitalise plutôt que de partager d’une part, et, d’autre part, l’instinct de survie, donc de VIE, qui force celles et de ceux qui ont faim et soif de justice, de lutter comme Jésus l’a fait, pour renverser les trônes et les dominations. Selon moi, il me semble qu’une liturgie eucharistique répétitive et qui ne célèbre pas le dur labeur de la communauté présente, est anémique.

 

Je veux m’efforcer, dans les jours qui viennent, de raconter comment un homme, hélas trop peu connu chez nous, Bartolomé de Las Casas, à l’époque de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, et comment lui, Las Casas, a découvert, le vrai pain partagé entre riches et pauvres, entre exploiteurs et exploités.

 

20:22 Publié dans Spiritualités | Tags : pain | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

(pas tout à fait une réponse à votre article mais il me fallait l'exprimer). Pour certains, Jésus représente le pain de vie. Pour beaucoup, Jésus est surtout le symbole de tous les crucifiés sur les champs de bataille.

Écrit par : NIN.À.MAH | 09/01/2010

merci beaucoup. Ce que vous dites m'aide beaucoup!

Écrit par : cmj | 09/01/2010

Le partage est source et dynamique essentielles de vie. Si une société partage de moins en moins, elle se divise de plus en plus en ghettos, risques de xénophobie, d'apartheid et de fascisme. Nous sommes en plein dans une époque qui a tendance à retomber dans ces démons vieux comme l'être humain. A nous tous de veiller et d'éveiller au changement du monde. Chère Claire-Marie, le tam tam africain étant meilleur médiateur que la presse romande, je compte sur vous pour disséminer discrètement l'aventure d'un Tartarin de Tarascon au pays des Mille et Une Nuits. Bonne journée à vous. Et merci pour tout ce que vous faites de bon et de bien à la communauté des humains.

Écrit par : pachakmac | 11/01/2010

Cher pachakmac. Oui, " veiller et éveiller" et de le dire, c'est le plus difficile, car c'est, s'exposer avec raison et c'est ainsi, aussi, que nous participons à la transformation de la société "marchande" en une société de "partage". Merci!
claire marie

Écrit par : cmj | 11/01/2010

Chère Soeur, je viens d'écouter sur le blog swissmétis une analyse intéressante. Je vous convie à l'écouter si ce n'est déjà fait. Le monde tournera toujours tant que des femmes et des hommes de bonne volonté se révolteront contre l'intolérable. Bonne journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 11/01/2010

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