06/01/2010

UN GRAND THEOLOGIEN

 

Edward Schillebeeckx

 

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Hommage à un grand homme (1914 - 2009)

Malheureusement pas très connu en Suisse

 

Edward Schillebeeckx

 

Hommage à un grand homme

Malheureusement pas très connu en Suisse

 

J’aurais voulu rendre hommage à des mentors et amis qui disparaissent sans crier gare et à qui je dois beaucoup, par exemple Edward Schillebeeckx, un vrai théologien qui a travaillé toute sa vie à arracher Jésus à la prison des dogmes et des doctrines pour lui permettre de vivre avec nous aujourd’hui.

 

Fin des années cinquante, donc avant Vatican II, un ami un ami m’envoie un livre de Schillebeeckx intitulé  « Christ the Sacrament » couv3821g_200.jpg(1959). J’étais occupée à la catéchèse écuménique et libératrice des populations de la péninsule du Cap. C’était une tension constante entre la prise de conscience émergente, et de son articulation face aux institutions. « Jésus, le Sacrement » le signe et la présence organiquement liés à l’homme, la femme, l’enfant dans sa réalité humaine. C’est ce Jésus vivant aujourd’hui au cœur de la société et de sa lutte pour la justice, que nous devons chercher, découvrir, pour prendre conscience de sa force dynamique dans le plus opprimé, des exploités, des pauvres, pas tellement pour nous consoler, mais pour permettre à son énergie en nous de construire la famille élargie des terriens. Une terre sans frontières, sans apartheid, sans classe, fraternelle et soudée par une solidarité existentielle.

 

Je trouvais que, à l'époque, former des catéchistes qui enseigneraient les dogmes, les doctrines, les liturgies compliquées des 7 sacrements, était un contresens dans notre réalité. Une lumière nous a aidés, celle d' un théologien érudit, Edward Schillebeeckx. Inspirés par sa pensée, nous nous sommes mis à l’écoute des gens et avec eux avons, nous avons trouvé Jésus, un Jésus humain et peu à peu extirpé des enseignements dogmatiques institutionnels; il n'était pas ressuscité pour ne rester qu'un acte de foi durant la saison pascale! Il devenait expérience de vie. nous sentions Jésus assis parmi nous dans nos multiples groupes de base.

 

Pour moi c’était très important de pouvoir m’en référer à un théologien « professionnel » !!! Nos examinateurs religieux ne le connaissaient -presque- pas et le cher Cardinal du Cap, Mac Cann (RIP) en connivence fraternelle me disait : « Je te soutiendrai dans ce que tu fais, mais ne me demande pas de permission ! »

 

C’était l'émergence d'une catéchèse de libération. Grâce à Edward Schillebeeckx OP, à qui je dis merci. Il est né en 1914 et il est mort le 23 décembre 2009. Ce qui ressort, en bref de ses œuvres:

 

·       Trouver Jésus avant le Christianisme (voir « Jésus avant le Christianisme » d’Albert Nolan, son confrère, et « Suivre Jésus aujourd’hui » également d’Albert).

·       Trouver et articuler des traces de l’action de Jésus dans l’Histoire de Dieu avec nous.

·       Exposer le rapport immédiat entre la vie de Jésus-sacrement et la souffrance des gens, au-delà des liturgies sacramentelles. L’Histoire du salut des gens, c’est là qu’on découvre Jésus vivant, le signe et la réalité de ce « qui est signifié ! »

·       La rencontre existentielle avec Jésus ressuscité actualisait les longues cérémonies de la semaine sainte et de Pâques dans la substance de la vie des petites gens ! 'ai des exemples concrets trop longs à raconter mais magnifique de vérité!

·       Il encourageait les petits groupes de base, il encourageait l’Eglise locale. Le Vatican se méfiait de cette voix prophétique ! Comme tant d’autres Schillebeeckx a fidèlement continué sa route à la suite de Jésus.

 

Merci Edward, merci pour moi, pour tous. Merci de ta vie, hier et aujourd’hui « Hamba Khahle», Porte-toi bien !

 

Quelques livres de Schillebeeckx chez CERF

 

·  Le Christ, sacrement de la rencontre de Dieu, Cerf, 1961, 1964 et 1970

·  Autour du célibat du prêtre, Cerf, 1967

·  Théologie d'aujourd'hui et de demain, 1967

·  La Théologie du renouveau, 1968

·  Plaidoyer pour le peuple de Dieu, Cerf, 1987

·  L'Histoire des hommes, récit de Dieu, 1992

http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/ficheauteur.asp?n_aut=574

 

Pour moi, je garde comme un trésor en mon cœur ces paroles d’ Edward Schillebeeckx : « Jésus est tellement, parfaitement humain, qu’il est Dieu ».

 

N’ayons pas peur d’être des humains ! Dieu est parfaitement homme en Jésus !

 

9782226191007m.jpgMais la réflexion continue et la pensée avance avec un confrère d’Edward dans le livre « Jésus, l’Homme qui évangélisa Dieu » de René Luneau OP. Chez Albin Michel 2009.

 

 

« Est-il un homme au monde sur lequel on ait autant écrit ? Peut-on encore découvrir du neuf dans les quatre Évangiles ? Si, pour la foi chrétienne, le mystère de Jésus Christ ne se révèle que dans sa mort et sa résurrection, les détails de sa vie « d’avant » sont-ils simplement anecdotiques ? René Luneau pense l'inverse. Il a voulu retrouver les paroles et les gestes de tous les jours, humains, simplement humains, de l'homme qui « évangélisa » Dieu, qui Lui donna définitivement un autre visage. La Résurrection n'a pas gommé les traits singuliers de l'homme qui aujourd'hui encore déconcerte et fascine. Jésus dit et montre Dieu autrement qu'on l'a fait avant lui et nous le restitue, libre des ambitions et des peurs. Il nous donne un « Dieu inattendu » – pour notre étonnement, notre joie et notre libération. »

http://www.albin-michel.fr/fiche.php?EAN=9782226191007

 

 

Commentaires

Bonsoir Claire-Marie. "Jésus est parfaitement humain". C'est cette clarté de l'être qui est à la source de sa crucifixion. Jésus ne fait pas partie d'un clan, du parti des riches ou de celui des pauvres. Il est parmi les êtres humains et écoute tout le monde. C'est le sommet de la subversion mais aussi le sommet de l'amour. Il est capable de se mettre à dos tout le monde, sa famille en premier. Mais il est surtout capable de réconcilier tout le monde pour changer le monde. "Le parfaitement humain" n'est pas la perfection humaine. "Le parfaitement humain" signifie à mon sens que Jésus sait jauger la souffrance et le degré d'amour des êtres humains pour se mettre au niveau de ses interlocuteurs non seulement intellectuellement mais aussi spirituellement. C'est cette capacité qui sera finalement source de grande incompréhension parmi les populations de l'époque car comment défendre à la fois la Sainte et la Putain, le bon citoyen et le criminel, le croyant et l'athée? Lui y arrive et rentre en communion avec toutes et tous. Bonne nuit, ma Soeur.

Écrit par : pachakmac | 06/01/2010

Merci, cher pachakmac, La compassion de Jésus est, je crois, inconditionnelle,comme l'est l'amour qu'il porte aux créatures et à la création. Mais je commence à réaliser que j'ai ma propre responsabilité envers un si grand amour et une compassion si inconditionnelle. Comment relever ce défi ? Je ne sais pas trop
claire marie

Écrit par : cmj | 06/01/2010

Toujours les mêmes phrases répétitives, quoi qu'il se passe, que Dieu ait son âme, je ne connais ce grand homme, mais pourquoi reprendre inlassablement les mêmes maximes ne laissant plus de place à la spontanéité ?
Jésus par ci, Jésus par là, Jésus ressuscité, Jésus vivant, Jésus mort sur la croix, comme si Dieu ne suffisait pas !
Comme si le peuple Juif avec son Dieu unique devait être exclu par un de ces enfants, comme si le fils devait prendre la place du père, tuer le père.
Cette notion temporelle exclut toute forme d'intemporalité et d'infinité, comme si Dieu lui même disparaitrait au second plan, comme si nous étions tous exclu d'une forme de dialogue avec le Dieu unique, comme si devions passer par un concessionnaire attitré, comme si il n'y avait pas à découvrir Dieu par ses propres sens, comme si le Dieu unique devait trouver une seule et unique représentation, comme si nous n'étions pas tous des filles et des fils de Dieu, comme si il ne voulait que les humains s'adresse à Lui, comme si d'un seul coup il s'était mis à bouder les humains, comme si Dieu n'avait pas finit sa création dans la Genèse, comme si Adam était un homme, comme si il y avait une énorme erreur d'interprétation de ce premier chapitre de la part des Chrétiens !
Adam harishon n'était pas un homme, comme nous pourrions l'entendre vulairement, c'était Adam harishon, de cette entité sont nés Adam et Ève, dés les première lignes du Pentateuque, l'église chrétienne a interprétés les écritures de façon scandaleusement erronées, de l'autre coté, Joshua dit Jésus était un juif très pratiquant et dévoué dans sa foi envers le Dieu unique, il était même Rabbin, il n'a jamais profané le Dieu d'Israël, aurait t-il soudain décidé que Dieu ne pouvait plus accomplir de miracles, d'illuminer l'univers entier, les astres, les astres lumineux, les eaux, les terres, les animaux et les humains, ce Dieu que Jésus vénèrent plus que tout au monde aurait abandonné sa création, il devenait trop vieux pour continuer sa tâche, y aurait il eu soudainement trop d'êtres humains sur terre pour qu'il doive faire appel à la rescousse ?
Bizarre cette vision, bizarre cette notion de fils (unique), totalement contraire aux commandements qu'il (Jésus) exécutait à la lettre, l'église n'aurait elle pas voulu tirer certains avantages de Joshua, n'aurait elle pas eu intérêt de transformer la notion de Dieu unique à sa sauce afin de pouvoir régner sur les humains en les convertissant de force, en s'alliant avec les pouvoir les plus cruels !
Qui sont ses hommes d'églises, qui décident au nom d'un Rabbin mort il y a 2000 ans ?

Écrit par : corto | 07/01/2010

Bonjour Corto. Là, je vous donne raison. C'est comme pour toute littérature. Jésus n'est qu'un modèle ou un contre-modèle de société. Il n'est pas l'Unique, déconnecté de la réalité. C'est pourquoi je ne fais pas profession de foi de la Chrétienté. J'ouvre mes yeux sur toutes les cultures et formes de spiritualité. La différence est dans mes racines. J'ai été éduqué dans une famille catholique, dans un pays démocratique et libre. Ces racines me permettent d'avoir une vision indépendante prête à s'imprégner de toutes les couleurs du monde. c'est ce qui me rattache le plus à un personnage tel que Jésus qui n'hésitait pas à visiter tous les milieux de son époque et à intervenir avec ses gestes et sa parole auprès de tous. Bonne journée. Cela m'a fait plaisir de vous lire à travers un texte critique qui est tout-à-fait pertinent.

Écrit par : pachakmac | 07/01/2010

Monsieur Corto, "comme si le Dieu unique devait trouver une seule et unique représentation, comme si nous n'étions pas tous des filles et des fils de Dieu". Mais oui, nous sommes tous et toutes frères et sœurs, avec Jésus qui "n'a jamais profané le Dieu d'Israël" comme vous dites, et qui avec nous continue l'œuvre de création."Nommer Jésus" peut être frustrant. Est-ce pour ne pas irriter les spectateurs et lecteurs, que les médias montrent plus souvent les "hommes d'églises" selon les niveaux de hiérarchie et de prestige que ce simple "Rabbin" qui dérange les systèmes? Je ne sais pas.Mais vous êtes proche de la grande sainte Thérèse d'Avila, qui disait, comme vous le faites: "Dieu suffit".
Bien sûr ...découvrir Dieu par ses propres sens... est merveilleux. Ghandi, Tagore... adoraient le Dieu qu'ils découvraient en eux et dans les autres. Thich Nhaht Hanh, le moine hindou, m'aide à faire "l'expérience de Dieu" en étant conscient de la beauté du moment présent pendant que je respire...

Écrit par : cmj | 07/01/2010

cmj, je sais que vous êtes très instruite, vos références à Tagore le prouve, quantité de cultures, le Taoïsme, l'Hindouisme, Jaïnisme et multitude de philosophies orientales vont dans le sens de la recherche.
Avec le Christianisme et contrairement au Judaïsme, comme exemple, il semblerait que les choses soit un peu trop catégorique, exclusive, que seul Jsohua, ça ne vous dérange pas si je l'appel Joshua, (si une fois je le croise la haut et qu'il ne se retourne pas quand je l'appel, serait quelques peux gênant), puissent sauver les âmes, je trouve ce système usurpateur, tout d'un coup, un système de croyances, car dans ce cas il ne s'agit pas de foi, mais de croyance, pourrait être exclusivement le seul à pouvoir délivrer des saufconduits vers la délivrance !
Un peu gonflé, non ? Avec ce genre de déclaration, on va direct vers le conflit, non ? Pourquoi ne pas se taire si tel est le cas, les non-croyants verront bien que le comportement de ces croyant là et exemplaire et suivront d'eux même cette voie !
Pourquoi toute cette concurrence en promesses, toute cette publicité pour un "produit" aussi parfait, le Christianisme spirituel serait il au communisme matériel l'unique méthode d'élever les âmes ?
Merci de votre réponse !

Écrit par : Maurice | 07/01/2010

@Maurice "...le Christianisme spirituel serait il au communisme matériel l'unique méthode d'élever les âmes ?"
Peut-être que le Christianisme institutionnel a été davantage un contre témoignage de la Bonne Nouvelle, que l'Esprit de Jésus ressuscité (Pâques est un jour de fête) qui vit en vous et en moi sans dire son nom. Mais vous trouverez des indices de réponse à nos questions dans "Jésus avant le Christianisme" d'Albert Nolan (en français)dans toutes les librairies.

Écrit par : cmj | 08/01/2010

Intéressante conversation ... merci!
Thich Nhat Hanh est un moine bouddhiste vietnamien, militant pour la paix, qui vit en France
http://fr.wikipedia.org/wiki/Thich_Nhat_Hanh
Quant au christianisme ... afin de mettre tout le monde d'accord, voici un lien passionnant qui nous en explique les origines http://truthbeknown.com/francais.htm
La jeune dame américaine, auteure de cet excellent travail, est parfois violemment controversée, comme Jésus en son temps ...
Très bonnes découvertes et Bonne année!

Écrit par : Anne-Marie | 08/01/2010

Merci d'ouvrir nos horizons chère Anne-Marie
claire marie

Écrit par : cmj | 08/01/2010

Bienvenue très chère Claire-Marie.
Bienvenue est la forme québecoise pour "il n'y a pas de quoi" utilisée dans notre Jura natal :)
En ce moment je suis en train de lire la définition du mythicism http://stellarhousepublishing.com/mythicist.html
et c'est très intéressant également.
Cordial bonjour, AM

Écrit par : Anne-Marie | 08/01/2010

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