18/11/2009

IL Y A VINGT ANS CE JEUDI, 19.11.09

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La mémoire subversive : les peuples qui, aujourd’hui,  luttent contre l’impunité, contre l’oubli, sont inconfortables pour l’establishment, l'Église y compris. Les martyrs du 19 novembre 1989 au El Salvador seront-ils honorés demain, jeudi,  dans l'Église catholique ?

Au El Salvador cependant, chaque mois de novembre, on allume des lampions qui éclairent de leurs feux d’autres lampions, de main en main, de mot en mot, pour symboliser l’exemple lumineux, responsable, donné par les Martyrs au El Salvador !

« Il y a 20 ans, le 19 novembre 1989, étaient assassinés par un peloton du bataillon Atlacatl de l’armée salvadorienne plusieurs prêtres jésuites occupant différentes fonctions importantes dans l’Université centroaméricaine (UCA), fondée en 1965 par la Compagnie de Jésus, ainsi que deux femmes, Elba Julia Ramos, travaillant dans la résidence de l’Université, et sa fille de 15 ans, Celina.

Ignacio Ellacuría avait été nommé recteur de l’université en 1979.

Ignacio Martín-Baró était vice-recteur académique,

Segundo Montes, directeur de l’Institut des droits humains, Juan Ramón Moreno était directeur de la Bibliothèque de théologie

Amando López, professeur de philosophie

Joaquín López y López fut assassiné aussi »

(Oscar Romero, lui, avait été assassiné le 24 mars 1980 alors qu’il célébrait la messe à El Salvador)

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Seul Jon Sobrino, un jésuite aussi , alors absent du pays, échappa à la mort.

C’est en pensée avec Jon Sobrino , tous les théologiens, théologiennes de la Libération, toutes les personnes marginalisées, tous mes amis de lutte en Afrique du Sud, que j’évoque la mémoire subversive des témoins de l’injustice structurée... et de l’héroïsme de celles et ceux qui ont, comme Jésus « donner leur vie par amour ». Ils n'ont pas choisi la mort, ils l'ont subie comme le Galiléen ce vendredi-là. Pourquoi? « Ceux qui disent la Vérité et cherchent à FAIRE la justice, ils doivent être exécutés ! »

Le survivant, Sobrino nous dit pourquoi: «...Parce qu’ils étaient la conscience critique dans une société de péché et parce qu’ils étaient la conscience créative d’une société future différente. »

L'Église - Institution de 2009 est-elle le miroir du mouvement de libération-conversion que Jésus avait mis en marche chez lui ?

Si elle est ce miroir, alors demain dans toutes les Églises, les martyrs au El Salvador, toutes les victimes sans nom des multiples violences institutionnelles, seraient solennellement célébrés, invoqués comme une source d'énergie créatrice qui soutiendrait nos efforts quotidiens!

Est-ce un rêve? Un cauchemar? Le plus étrange, c’est que Benoît 16,  en 2006 - 2007, s’en soit pris à Jon Sobrino,  et « le condamne au silence » ! Jon Sobrino est le survivant du massacre de la communauté des six jésuites, (ainsi qu’une employée et sa fille) assassinés le 19 novembre 1989 ! Pourquoi s’en prendre à lui ? Lisez la lettre de Sobrino à son Supérieur après avoir reçu la « notification vaticane » http://www.culture-et-foi.com/critique/sobrino_lettre_kol...

«Je ne crois pas qu’il soit bon de passer sous silence, le problème de fond (de la curie et du pape). C’est, semble-t-il, de vouloir substituer à une Église « difficile », celle qui suit [Jésus], et qui travaille à unifier la lutte pour la foi et la justice ... de lui substituer une Église « facile », de liturgies et de dévotions, avec des œuvres de charité, mais qui ne se pose pas de grands problèmes pour promouvoir la justice. Et ainsi, grandir en nombre» (c'est moi qui ai modifié certains caractères du texte, mis en italique, gras, ou souligné).

Se sentir « chez soi » dans cette Église « facile », serait trahir l'Église « difficile » des petites communautés de base, des marginaux, des grassroots, des femmes, des enfants « born to hunger ! » en « priant pour eux ». Nous sommes responsables, comme je le comprends, des uns des autres. So help us God.

Voilà ma réflexion en cette veillée de prière, et ma solidarité exprimée gauchement peut-être, afin que ce vingtième anniversaire du martyre au El Salvador, soit une résonance, l’écho des alléluias de Pâques  de jadis et répété vigoureusement lorsque notre mémoire subversive célèbre la Vie à travers la Mort.

22:38 Publié dans Église(s) | Tags : jésuites | Lien permanent | Commentaires (0)

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