26/12/2008

Zimbabwe: Noël 1978 et 2008

 

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Il y a 30 ans, c’était en 1978 si je ne me trompe, j’étais arrivée à Salisbury – aujourd’hui Harare - par avion depuis Johannesburg, puis par « bus » jusqu’à Fort Victoria – aujourd’hui Masvingo. Les Freedom fighters étaient encore en action contre les Selous Scout de Ian Smit et notre Mission se trouvait dans une zone dite sensible.

Ma première impression quand Sr K., venue me chercher à Fort Victoria, stoppe la pick-up, m’intimant de rester tranquille à ma place pendant qu’elle allait au magasin juste en face, mon impression fut : « Il y a un peu de pain, ça sent le pain ! hey ! Jeeh !» Sr K. revient avec du pain enveloppé dans du papier de journal. Elle avait un sourire de pain tout frais, K. ! Pour nous à la Mission, on était gâté, mais eux, les Shonas du village où nous nous trouvions, feraient avec le maïs ordinaire et des branches de cane à sucre qu’on mâche et qu’on suce, et quelques chenilles rôties riche en protéine !

Toute cérémonie nocturne de Noël était interdite. D’ailleurs la moindre des lumières pouvait être prise pour un signal. De toute ma vie, je n’ai jamais vécu une nativité plus vraie, plus profonde. Plus paisible, nous sentions en nous la naissance d’un temps nouveau, d’un pain nouveau !

Source de ce qui suit et que je traduis librement:

http://www.sokwanele.com/thisiszimbabwe/archives/2961

« Les Zimbabwéens n’iront pas chez eux pour une fête quelconque ce Noël 2008, ni l’année passée, ni l’année d’avant et d’avant…les familles sont dispersées, pas d’argent, rien à manger, pas d’eau potable, pas de fuel…pas de médicaments, même pas une aspirine… le choléra, le SIDA HIV menacent les bébés et les jeunes. »

Les vieux meurent jeunes quoi qu’il en soit …ma consœur zimbabwéenne, Sr M. me dit – dans un contact court - que Sr K. a contracté le choléra en essayant de soigner les malades. Mais on espère fort qu’elle va s’en tirer !

Comme en 1978, aucune lumière en cette nuit, la violence rampante par les enfants de ceux-là mêmes que nous défendions il y a trente ans. Pire, les viols, les abductions, même de ceux et de celles qui prient pour que vienne le Sauveur les délivrer à Noël ! Prier est dangereux dans la réalité zimbabwéenne. Chanter le Magnificat vous garantit la taule !

Commentaires

réfugiée sans le savoir - C'est une dame presqu' âgée, elle est très chic et élégante dans sa robe cousue main à grosses fleurs bleues faç, son sac à main tout contre elle, elle pensait quitter le Zimbabwe pour quelques mois, le temps que les choses s'arrangent. Eh bien non ! Les choses ne s'arrangent pas bien au contraire, elles empirent. Je n'ose pas le lui dire, son beau visage de femme aux traits indiens me décrivent l'inquiétude qui perce et qui semblent demander :" Et si je devais ne jamais plus rentrer chez moi." Elle a récemment enterré son fils mort d'une rupture d'anévrisme aux States , il a fallu courir après son visa qu'on ne voulait pas lui délivrer, tandis que les Américains toujours très pressés voulaient absolument tirer la prise qui le maintenait encore en vie, vous comprenez il faut réduire les frais ! Elle reviendra bientôt en Suisse avec cet immense chagrin de la disparition de son fils, puis elle repartira voir ses enfants ailleurs, mais le Zimbabwe pour elle c'est peut-être fini, elle ne le verra sans doute plus.
Elle ne sait pas encore qu'elle est devenue réfugiée malgré elle condamnée à passer d'un pays à l'autre, chez les uns et les autres.

Écrit par : duda | 02/01/2009

merci de ce vrai témoignage!

Écrit par : cmj | 02/01/2009

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