06/09/2008

Méditation dominicale

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Pour dire un merci respectueux à Josef  Zisyadis pour son bref commentaire au sujet de la « Prière et des tentations de Jésus au désert » de la semaine dernière (31 août 2008). Le commentaire était la citation ci-dessous :

" Si je donne de la nourriture aux pauvres, ils me traitent de saint. Si je demande pourquoi les pauvres n'ont pas de nourriture, ils me traitent de communiste"
Dom Helder Camara
archevêque brésilien
1909-1999 C’est au soir de sa vie que ce diminutif d’évêque, Helder Camara a prononcé ces paroles. Elles résument ce qu’il a essayé de faire, et ce qu’il a souffert, au creux de la faille planétaire, faille qu’il aurait pu nommer : « L’injustice au Brésil où il est né, et dans le monde entier, dès qu’il eut la possibilité de jeter un regard au-delà des frontières de son pays vibrant de vitalité, de gens passionnés, aujourd’hui encore, de paysans sans terre, expropriée par ceux qui ont l’argent et les armes. Il a vécu proche d’eux, il a senti ce qu’ils ressentaient. Leurs espoirs aussi.

Il a pensé qu’il pourrait s’engager, à l’exemple de Jésus en devenant prêtre, c’est-à-dire selon le bon pape Jean XXIII, en étant « le serviteur des serviteurs »,  et selon Jésus, celui qui vit, qui travaille de ses mains, qui gagne son pain et le partage autour de lui.  Comme Michée, très pratique, le dit : « Ce que Dieu attend de toi,

c’est pratiquer la justice,

aimer tendrement,

marcher humblement avec ton Dieu » (Mi. 8 :6)

Ce qui me fait penser qu’à l’époque des prophètes, comme à celle de Jésus et comme aujourd’hui, les gens sont en manque de justice, en manque, de tendresse, en manque d’amitié pour avancer. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais je voudrais savoir. Les pauvres ont le droit de savoir pourquoi ils sont pauvres, idem pour les mal-aimés, idem pour les paralysés.

Mais la Mission des prophètes, de Jésus, est de travailler dur, obstinément à renverser ces « manques » par leur contraire, la Vie en plénitude justement.  Dans la pratique. Plus que dans les dogmes, les sacrifices et les rhétoriques !

Helder Camara, comme Oscar Romero, se sont convertis à Jésus en le rencontrant chez les gens qui l’entouraient, les gens sans terre, ni comptes en banque, ni actions en bourse, ni assurances maladie, ni pouvoir, ni rien de ce qui fait la solidité, le prestige, Oh ! si fragiles, des systèmes du monde globalisé et du libéralisme sauvage ici et maintenant. Et qui angoissent les riches.

Voir le monde d’en bas force l’engagement et la lutte, avec les moyens à notre portée, là où nous sommes, un engagement aux ramifications de solidarité active et interactive. Le mini-évêque Camara, comme Romero, comme Desmond Tutu, comme Jacques Gaillot (http://www.partenia.org/). Actifs et interactifs pour la même cause dans des réalités différentes.

Pour les détenteurs des systèmes, y compris l’ecclésiastique, ces convertis, comme Jésus, sont une menace, un danger. Nous n’avons plus qu’à choisir :

Rester cois, sagement au-dedans des institutions, « donner de la nourriture aux pauvres » au jour le jour, patiemment, calculer combien on peut partager quand on a pris soin de tous nos besoins. On se garde de soupçonner les Bienfaiteurs d’hypocrisie, nous faisons partie du lot.

Si vous agissez ainsi, alors, vous serez facilement promu chef, (de toutes sortes), respectés. « ILS » dit Helder Camara, " me traitent de saint" .

Il a vécu cela douloureusement jusqu’à la fin de ses jours, Helder ! Exemple : Jean-Paul II lui rend hommage lors de son voyage au Brésil en 1979. C’est vrai que le petit Camara a partagé son toit et son pain avec ceux qui avaient faim et soif et étaient sans domicile fixe. Le chef de l’Eglise catholique lui rend hommage. C’est bien. Merci.

Mais dans une même trajectoire, le même chef « lui nomme, en 1985, un successeur qui se charge de faire table rase de toute son action pastorale libérationniste ». Le conservateur Dom José Cardoso succède donc à Camara et commence le démantèlement minutieux des petites communautés de bases créées par H. Camara. Le séminaire de Camara, à Récife pour la formation de prêtres selon le cœur et la vision de Jésus sera fermé…

Pourquoi ? Pourquoi donc ? En prenant collectivement conscience de leur propre dignité d’homme, les gens de la rue pourraient un jour prendre la parole et interpeller les pouvoirs et les dominations. Et revendiquer leurs droits basiques. On ne peut imaginer une telle audace du haut de l’échelle hiérarchique. Pour ces autorités, la question posée : « Mais pourquoi sommes-nous pauvres et marginalisés » vient de Marx donc du « communisme, donc c’est athée, donc c’est un péché… ou alors, la question émane de Jésus qui dit au paralytique : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ».  (Jean 5 :8). A l’impératif. Pour les chefs, c’est faire de la politique ! Selon moi, c’est de la politique authentique puisque, pour une fois, elle est centrée sur les besoins de chacun, donc c’est dangereux et « ILS » ils te  traitent de communiste". Voilà ce qu’a vécu Helder Camara toute sa vie. Voilà, cher Josef, je pense que ta citation de Mgr Camara est appropriée à ce que tu es, et à ce que tu fais avec beaucoup d’autres, qu’ils appartiennent à un Parti politique ou pas. L’important est le réseau de relations qui se construit par de simples petites remarques, appréciations et critiques. D’où ma reconnaissance.

Voir également : « L’injustice sociale tue » « L’injustice sociale tue »

 http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-09-02-inegalites

Vous souvenez-vous de la visite en Suisse de Dom Helder Camara ? C’était le 11 juin 1989 : « Grand concert du partage à Fribourg. Exécution de la "Symphonie des deux mondes" sous la direction de Pierre Kaelin avec la participation de Dom Helder Camara, de l'abbé Pierre et de Mjguel A. Estrella. » http://www.fr.ch/bcuf/Dynamic.aspx?c=1377 Helder Camara parfois nommé l’évêque rouge. Intéressant. http://crlib72.free.fr/1999_Camara_Hourdin.htm

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