29/05/2008

Zimbabwe Grassroots

Les racines.

1454314649.jpgLes petites gens. Au Zimbabwe, à certaines périodes de la lutte, nous avons été témoins du courage humble et héroïque des «grassroot people». Je l’ai vu. Quand j’ai eu le temps, j’ai écrit une réflexion sur ce que nous étions en train de vivre là (je m’abstiens de nommer des lieux) dans ce pays en guerre. Je raconte entre autres l’histoire de notre petit moulin à blé à la Mission. Les gens venaient moudre le précieux grain pour en faire du pain. Un jour l’armée (de Smit) vint «charger» sur des camions, sans avis préalable, les personnes présentes pour récolter les céréales mûres dans les immenses fermes des Blancs de l’époque. Deux semaines plus tard, ces personnes sont ramenées auprès du petit moulin à grain; elles sont exténuées. Le propriétaire donne à chacun un billet de quelques dollars. Qu’est-ce qui se passe alors? Les ouvriers, d’un commun accord, jettent ces dollars aux pieds du blanc qui les ramasse et s’en va (page 227 de «Histoire inavouée de l’apartheid» chez l’Harmattan). L’immense courage de la résistance passive! Incroyable endurance et foi d’un peuple en sa dignité d’homme. Cela passe par le refus - alors que tu as faim – des dollars de l’establishment! Pour arriver finalement à une indépendance illusoire puisque les structures d’injustice restent verrouillées, et que nos héros se transforment en oppresseurs d’une couleur de peau différente! (Au fait c’est bien plus complexe que cela et je ne peux y réfléchir en ce moment). Après les élections du 25 mars 2008, un deuxième tour est reporté au 27 juin 2008, et Mugabe par les médias sous son contrôle: «Promet un repas à ceux qui voteront pour lui!» L’assiette et la fillette: elle vient à l’école de la Mission. Au milieu du jour elle reçoit une assiette de nourriture (de survie) comme les autres enfants. Elle ne mange pas. Ma consœur lui demande pourquoi elle ne mange pas. La fillette: «Ma Maman m’a dit de rapporter ça à la maison pour ma petite sœur». Elle ajoute: «C’est incroyable de voir des petits enfants prendre soins de leurs parents sidéens dans les abris d’à côté…»

Et ma consœur de poursuivre: «Il est totalement surprenant de voir le courage du peuple zimbabwéen en cette période de crise aiguë. La joie et l’espérance suintent à travers la souffrance et les larmes. C’est héroïque. Les pauvres gardent leur foi en Dieu, une foi invincible qui les sauve du désespoir et, plus étonnant encore, les rend optimistes… Entre-temps nous continuons «d’élever la voix là où les droits humains sont méprisés, où la vie des gens est menacée». Nous trouvons la force de nos actions dans la prière, et nous agissons avec les moyens dont nous disposons» (ma traduction d’une lettre récente du Zimbabwe via l’Afrique du Sud).

Doris Lessing (dans son discours au reçu du Prix Nobel de littérature) dit: «Au Zimbabwe – qu’elle visitait il y a quelques années – elle a vu des enfants avides d’un morceau de pain, d’un peu d’eau potable mais aussi elle a senti une faim encore plus aiguë de livres! Plus rien pour nourrir l’esprit, à quoi bon le corps?…» (Je cite de mémoire) Le taux d’alphabétisation en 2003: 90,07% grâce à une approche holistique de l’éducation.

Avec les racines, la base, nous gardons le cap sur la vie qui surgit de l’expérience de mort que nous vivons. C’est Jésus aujourd’hui.

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