20/04/2008

Au revoir

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Parce que les blogs me révèlent des visages, des comportements, des manières de communiquer, des manières de penser, de faire avancer la pensée, j’ai envie de vous dire combien je vous apprécie et combien c’est bon de faire chemin avec vous, des plus proches aux plus lointains si proches!

Je pars demain pour une semaine de retraite. Puis pour deux semaines de vacances! C’est quoi une retraite? Pour les sœurs, c’est se retrouver, une vingtaine peut-être, en un lieu silencieux, faire silence, méditer, se laisser inspirer par une personne qui, deux fois par jour, durant huit jours, essayera de vous dire quelque chose qui peut nourrir votre méditation ou non, c’est selon.

Le thème proposé cette année est: «La résurrection aujourd’hui et, la violence, la souffrance et la mort ne peuvent avoir le dernier mot.»

On écoute les conférences (en allemand) ou on ne les écoute pas, c’est selon. Il n’est donc nullement question de bourrage de crâne, tout au contraire, pour ce qui me concerne, il s’agit de reprendre mon souffle pour mieux me libérer des camisoles de force qu’on endosse ou qu’on essaie de nous faire endosser. C’est selon. Donc je vais prier, comme on dit, mais j’espère que cela ne sera pas du copié-collé, cela serait trahir la fantaisie de Dieu en moi. Le Conseil de Jésus:

" Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites: ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu'on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret.» (Mt 6 : 6,5)

Prier, c’est quoi?

Ecoutez: "Il (A. Desarzens) en hérita avant tout un goût pour la prospection microscopique des formes et des figures, une passion pour

le vertige de l' infiniment petit - qui, comme on sait,

rejoint par voie mystique l' infiniment grand…".

Et les binoculaires de A. Desarzens "sont devenus

de véritables instruments de prière".


"Par voie mystique l' infiniment petit rejoint l' infiniment grand".

(Chronique de Gilbert Salem, 24 heures, 10.12.05)

Encore du même auteur in «Le Puzzle amoureux»:

«Quand on est une foule en sa propre solitude, on est une population planétaire.
A l'image du paradis, l'être humain est doué
d'une capacité d'hébergement infinie.»

Prier le cœur ouvert, n’est-ce pas ça l’hébergement?

Durant ces huit jours «hors espace temps» (presque), la prière évoluera aussi au-delà du tête-à-tête avec Jésus que j’aime nommer de son vrai nom araméen Yeshuah, pour le rejoindre dans sa réflexion. Là au désert comme le montre si bien l’artiste russe Ivan Kramskoy (1872)

 

Il réfléchissait sur le sens de sa vie en Palestine, sous le joug des romains, sous la férule des «pouvoirs et des dominations». Il était et vivait du travail de ses mains parmi les artisans, les paysans de sa région. Il faisait «de l’analyse sociale» comme nous du temps de l’apartheid et aujourd’hui encore!

Quelles sont les causes réelles de l’invasion de l’Irak?

Les causes réelles de la chasse aux demandeurs d’asile chez nous?

Les causes réelles, structurelles, des murs construits entre Israël et la Palestine?

Les causes réelles des murs en construction entre le Mexique et les USA?

Les causes réelles du silence face à la folie d’un Mugabe? Du silence criminel d’un Mbeki son ami?

Les causes réelles de la mise en scène carnavalesque d’un Bush pour célébrer l’anniversaire de celui dont on dit qu’il serait le «vicaire de Jésus»… où??? au désert de la société italienne à la dérive? au Golgotha, à la prison d'Abou Ghraib? à Guantánamo? à Harlem? au Bronx? dans les couloirs de la mort de Houston, Texas?

Qu’est-ce que Jésus pense de tout cela? S’il en trouve les causes profondes, que dit-il? Que lui dit son ABBA, notre ABBA dans son cœur et le mien? Pendant ma retraite dans le confortable silence de la Maison mère? Mon désert.

Mais surtout, après l’analyse sociale, après l’éclairage de l’Evangile, la Bonne Nouvelle, c’est quoi? des sermons, des discours? quelle action pour faire «la volonté de Dieu» concrètement? Avec qui? Comment? Dans quel but? Quel est notre rêve? Celui de Jésus le Palestinien alias celui de Martin Luther King? et le rêve de tous ceux et celles qui ont faim et soif de justice en termes de pain, d’eau potable et de dignité humaine? Qu’a pensé Jésus, sur sa montagne en disant qu’ils étaient heureux, en marche vers la survie, ou la Vie en plénitude? (Sermon sur la montagne: Mt 5 :1-12) Il leur promet la nourriture, la consolation, le «royaume» dans le langage de son temps, aujourd’hui il dit: Il dit quel type de société en fait? Un Etat providence? Une démocratie qui écrase les minorités, les étrangers? Une Suisse selon l’UDC?

Jésus se pose la question. Tout seul en prière au désert, tenté par la violence, l’orgueil, l’amitié des puissants. Confronté à la terrible tentation de changer les choses vite et bien et par la violence, Il dira NON! NON! NON! Comme Rosa Parks, Martin Luther King, Steve Biko, Madiba, comme Doris Lessing, comme Rosa Luxembourg qu’on ne saurait nommer et tant d’autres… de nombreux, nombreux inconnus dont seuls leurs familles, leurs enfants, leurs amis se souviennent et qui ont dit NON aux oppresseurs pour nous tous. Jésus a dit NON pour dire OUI aux gens autour de lui, et bien au-delà de son pays et bien au-delà de son temps. Il a dit NON à l’autorité dominatrice pour dire OUI à l’AMOUR. Je penserai à tous les blogueurs que je respecte et que j’aime et qui tissent un réseau d’amitié active à perte de vue… J’espère, si tout va bien, revenir le mardi après la Pentecôte… et l’Esprit souffle où il veut, on ne sait d’où il vient ni où il va (Jean 3: 7-15).

18/04/2008

Porte-toi bien, Aimé Césaire!

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So for now, 'hamba khahle' 'go safely'! My Friend! Annie me disait: «On ne peut séparer la littérature de l’histoire des gens». A la question: «Vous êtes fier de votre action politique ou de votre œuvre poétique?» Aimé Césaire a répondu:

«Elles vont ensemble. Pendant les conseils municipaux, je m'absentais: pas physiquement, bien entendu, mais pour écrire en secret. Un beau jour de vacances, j'extirpais les papiers de ma poche, c'était un poème. Ma poésie est née de mon action. Je n'ai jamais voulu faire une carrière poétique,… écrire: c'est dans les silences de l'action».

Je sais qu’il y a eu à Soweto, au plus dur de la lutte, des combattants de la liberté «poètes». Nadine Gordimer les encourageait, ce fut le temps de la poésie des townships. Quel feu de Vie! Puis 1994 et le suffrage universel, déjà l’inspiration faiblit:

"we are free at last… free at last

we are free at last

we are window-shopping baps

en français:

" nous sommes enfin libres

enfin libres

nous sommes enfin libres

nous sommes des yuppies noirs qui font du lèche-vitrines

montés sur des chaussures à talons hauts

nous glissons sur du carrelage de marbre

nous patinons, hyper marchons avec les blancs "

Après l'euphorie de la libération, l'heure de la désillusion a donc sonné. Plus rien à dire quand on croit tout avoir! Tout? C’est-à-dire RIEN. On en est là. La couleur de la peau a changé au sommet de la hiérarchie, mais la pyramide pèse de tout son poids sur les racines: plus noires qu’avant.

Le souvenir d’un Aimé Césaire, de la révélation lumineuse de la négritude peut raviver ce qui paraît trop vite passé: «Black is Beautiful!»

C’est vrai que le mouvement de la conscience noire se déploie au fur et à mesure que l’Afrique des racines crie NON et NON aux multiples pièges des systèmes capitalistes!

Voici Aimé Césaire:

«Ecoute le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs!»

Mais Césaire était lucide sur les dérives de chefs africains ivres de pouvoir, Mugabe aujourd’hui!

Mandela avertissait ses compatriotes sud-africains en 1994: «N’ayez pas peur de ceux et celles qui s’opposent à vous, ayez peur de votre propre pouvoir!»

Porte-toi bien! Aimé Césaire!

So for now, 'hamba khahle' 'go safely'!

Souviens-toi de nous…

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14/04/2008

Place de la Palud, c'est vis-à-vis

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C’était tout comme;

«Un p'tit coin d'parapluie
contre un coin d'paradis»

Quatre jours à La Palud, c’est un cadeau

se mêler aux piétons le jour du marché, mercredi

ou bien samedi matin… chez Annie et tous les amis

Ce p’tit quart d’heure vaudois, à quatre, au Raisin

Avec ces deux gars qui’s marrent comme c’est pas possible

Et Zabulon et moi qui sourions sagement

Il pleut, quelqu’un m’offre un p’tit coin d’parapluie

un trou dans les nuage et revoilà le soleil

le parapluie disparaît… et le paradis reste

par alternance

des renoncules

enfin le dernier jour un p’tit tour vers Belmont sur les hauteurs,

je découvre

le partage des rêves, des luttes, des échecs du Jura au Tessin

avec des truffes qui ne demandent qu’une chose:

être mangées puisqu’on les aime

puis revenir vers la Palud, la Mercerie où

le p’tit chien malade attend son médicament et une caresse

pour repartir vers la double crème de la belle Gruyère

et la rue du marché

une expérience humaine

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08/04/2008

Le Zimbabwe aujourd'hui

985645386.jpgLa foi d’un peuple à l’infinie patience – à l’impitoyable épreuve des élections au «Pays des pierres», le Zimbabwe bien-aimé!

Le seul objet dans mon petit coin de méditation: c’est une madone noire zimbabwéenne sculptée dans du bois proche de la Mission «Driefontein» et que j’ai reçu en cadeau avant de quitter le pays en 1980 juste après son indépendance.

Cette femme zimbabwéenne tisse un arc-en-ciel des fils douloureux de l’histoire de son merveilleux pays, l’histoire d’un peuple à l’infinie patience, patience sous la domination blanche, patience sous la domination noire… en espérant que cette patience au-delà de l’entendement humain, engendre une étincelle d’indépendance.1436116719.jpg

 

Mais la grande et passionnée Doris Lessing, qui a grandi, vécu, lutté et souffert au Zimbabwe, avait écrit en 2003 dans le Monde Diplomatique:

«Vous tenez entre vos mains le bijou de l’Afrique, dirent les présidents Samora Machel du Mozambique et Julius Nyerere de Tanzanie à M. Robert Mugabe le 18 avril 1980, jour de l’indépendance du Zimbabwe, et maintenant, prenez-en grand soin…»

Vingt-trois ans plus tard, le bijou est bien abîmé. […] Le nom d’un seul homme est attaché à ce désastre. Ou plutôt cette tragédie. Celui de M. Robert Mugabe. Contrairement à la réputation qu’il avait à ses débuts, le président zimbabwéen n’a jamais été qu’un petit homme sans envergure. Il a apporté la tragédie à son pays.…»
(Extrait de «Pleure, ô Zimbabwe bien-aimé», par Doris Lessing, Le Monde diplomatique
, en août 2003).

Doris, moi, mes consœurs et amis, et le peuple de ce pays bien-aimé, restons dans l’incertitude, l’angoisse en attendant le dénouement des élections d’il y a une semaine et dont Mugabe ne veut pas faire connaître les résultats. Car il a perdu. Il préfère sa geôle à sa liberté et à la survie de son peuple que sa folie est en train de massacrer. Un peuple à l’infinie patience. Doris Lessing de retour au Zimbabwe il y a quelques années:

«Et si l’on pousse jusqu’aux villages, on sent la force du peuple. Les Shonas par exemple, sont bien dans leur peau, pleins d’humour et d’initiative. Ils ont un seul défaut: ils sont trop patients. J’ai entendu un jour un célèbre écrivain zimbabwéen s’en plaindre: «Quel est notre problème? Nous vous avons tolérés trop longtemps, vous autres Blancs, et maintenant nous tolérons cette bande de voleurs.» Ces voleurs; c’est Mugabe et sa clique.

Mais Mwari, le Dieu du Mashonaland, du Zimbabwe et de l’Univers, souffle quelque part, où il veut, on ne sait trop où, un souffle de raison pour Mugabe peut-être… un souffle de vie pour ce peuple héroïque, ce peuple bien-aimé…

C’est ma prière ce soir auprès de la Vierge noire, une belle femme, une mère, une épouse qui libère qui elle enfante!